Actions et mesures prises par les Archives  à destination  des publics en milieu carcéral et des personnels de justice

 

Service interministériel des Archives de France 

 

Le Service interministériel des Archives de France et le Conservatoire national des archives et de l’histoire de l’éducation spécialisée (CNAHES) ont conclu depuis plusieurs années un partenariat  visant à faciliter la collecte des archives privées produites dans le cadre de la protection des mineurs, particulièrement nombreuses et riches du fait de la forte implication du monde associatif dans ce secteur. Ce partenariat a donné lieu notamment à la tenue de deux journées d’études aux Archives départementales du Maine-et-Loire à Angers, les 28 et 29 juin 2007, « Écrits protégés, écrits ignorés. Problème de sources et de communicabilité », consacrées au  suivi social des jeunes à travers leur dossier.

 

Par ailleurs, le Service interministériel des Archives de France a été sollicité par la Délégation au développement et à l’action internationale (DDAI) afin de faire des propositions sur les volets thématiques du futur texte du protocole d’accord Culture/Justice, qui est destiné à remplacer celui signé en 1990 entre le ministère de la Culture et le ministère de la Justice. Ce protocole a pour objectifs de favoriser la réinsertion des détenus, encourager les prestations culturelles de qualité, valoriser le rôle des personnels pénitentiaires, sensibiliser et associer les instances locales à ces actions. Les modes d’intervention des ministères engagés et des institutions relevant de leur tutelle s’articulent selon deux axes :

1 -  les actions à mener en direction des public relevant de la Justice ;

2 - les actions à mener en direction des personnels de justice.

 

Ces actions se mettent en place selon des modes opératoires spécifiques. Ainsi, les actions en direction des publics en milieu carcéral sont des actions de diffusion (vidéos, CD, ouvrages papier, films, etc.), l’expression et la création (pratiques artistiques et culturelles) et la qualification professionnelle. Les actions en direction des personnels du ministère de la Justice ont trait, quant à elles, à la formation des personnels (formation initiale, formation continue) et à leur accès aux manifestations culturelles.

 

Parmi les pistes possibles d’actions à mener dans les Archives et qu’ont mis en œuvre déjà certains services (à l’exemple des Archives départementales du Loir-et-Cher, des Archives municipales de Lyon, des Archives nationales - site de Paris), il y a  : les prêts ou présentation d’expositions se rapportant à l’histoire et à la mémoire locales, aux notions de démocratie et de citoyenneté, à l’écrit, à la généalogie, aux institutions et administrations républicaines, aux symboles de la Révolution et de la République et à la tolérance ; les ateliers et animation sur ces mêmes thèmes,  les lectures à voix haute.

 

Sur le volet « qualification professionnelle », l’action des Archives pourrait concerner l’emploi ou la formation des personnes dans le cadre d’aménagements de peine (à l’exemple de la Médiathèque du patrimoine du Fort de Saint-Cyr, des Archives départementales de la Mayenne) sur la numérisation, l’indexation ou le traitement d’archives, sur les métiers d’art ou techniques (reliure, restauration, etc.).

 

Enfin, la contribution pourrait porter également sur le volet « Formation des personnels de Justice », au titre des actions en direction des personnels du ministère de la Justice.

 

Archives départementales :

 

« "Les archives en milieu carcéral », Archives départementales du Loir-et-Cher

 

Il s'agit en Loir-et-Cher d'une expérience limitée, mais qui a amené l'ensemble de l'équipe qui intervient en service éducatif, à se poser des questions sur son rôle de "passeur" de l'histoire. C'est à l'occasion d'une manifestation organisée en 2003 par l'académie d'Orléans -Tours, intitulé le Bonheur du livre, que la professeur spécialisée des écoles de la maison d'arrêt de Blois a découvert l'existence du service éducatif des Archives départementales de Loir-et-Cher.

Les Archives départementales possédaient déjà une expérience avec des publics particuliers : une classe SEGPA (Section d'enseignement général et professionnel adapté) et une maison d'accueil de Rmistes et de personnes en cours de réinsertion, dont certains ont un rapport très lointain à l'écrit et une crainte de tout ce qui représente l'administration.

 

L'action menée :

 L'institutrice de la prison a fait un choix parmi les animations que les Archives proposaient :

- une animation autour de la mallette pédagogique sur le chocolat Poulain : le fondateur Auguste Poulain était blésois et ses usines ont profondément marqué le paysage urbain. L’expérience a été de familiariser les personnes emprisonnées qui n'étaient pas blésoise, notamment en proposant une dégustation de chocolat à la fin de la séance ;

- une animation sur le papier, l'écrit et la fabrication du livre.

 

Le public :

8 à 9 détenus, de tous âges, de tous niveaux intellectuels, choisis par l'institutrice parmi les plus ouverts et les plus curieux, sur la base du volontariat. 

Très heureux de cette démarche qui a fait d'eux un centre d'intérêt hors de toute action judiciaire, les détenus ont été plutôt attentifs et intéressés. Cette animation a donné aux participants l’occasion de s’exprimer librement dans un contexte plus détendu.

Les agents qui sont intervenus l’ont fait sur la base du volontariat. Il s'est agi pour ces volontaires d'être à l’écoute afin que la démarche soit valorisante pour les détenus et qu’ils en oublient le statut de prisonnier, mais aussi d’être vigilant dans les réponses données pour ne pas permettre un débat contre la société et le centre de détention.

 

Conclusion :

Les 2 séances de juin 2003 ne se sont pas poursuivies l'année suivante : la population de la prison ne s'étant pas renouvelée, et peu des animations  des Archives y étant utilisables, il n'était pas envisageable de recommencer.

Mais il a été prévu de mettre en place en direction de la maison d’arrêt  une séance sur la Seconde Guerre mondiale en Loir-et-Cher, et une autre, en lien avec le CDRom  que les Archives ont  réalisé avec le CDDP, sur la libération du département.

A la lumière de cette expérience, il faut convenir que les Archives ont bien un rôle social et d'ouverture sur le monde. Si la conscience de s'inscrire dans une histoire commune aide certains détenus à se réinsérer, les Archives du Loir-et-Cher y aurons  contribué…

 

Archives départementales des Alpes-de-Haute- Provence :

Elles mènent des actions sous forme de lecture d'archives de procès et font découvrir les archives  par le personnel greffier des tribunaux.

 

Archives départementales de la Côte-d'Or :

En relation avec l’École nationale des greffiers de Dijon, elles ont fait des prêts de documents, notamment à l’occasion d’expositions organisées par  l'École. Elles organisent des  visites commentées des Archives pour les diverses promotions de greffiers ou pour les greffiers en formation continue.

 

Archives départementales du Maine-et-Loire :

En relation avec la maison d'arrêt d’Angers, elles ont proposé des ateliers pédagogiques.

 

Archives départementales du Var :

Actions : reportage photo dans la maison d'arrêt de Toulon avant sa démolition et sur le nouveau centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède (exposition  inaugurale). Une convention a été signée  avec le directeur des Services pénitentiaires de Marseille.

 

Archives municipales :

 

Archives de Dijon :

En relation avec la SEDAP (Société d’Entraide et d’Action Psychologique) et la  SDAT (Société dijonnaise d’assistance par le travail), les archives municipales ont accueilli des groupes en réinsertion sociale.

 

Archives de Lyon :

Deux actions ont été menées :

Une première en 2002-2003. Elle a été effectué à partir d'une exposition que les archives municipales avaient réalisée sur l'histoire du quartier dans lequel elles venaient  de  s’implanter - territoire qui comprend aussi deux maisons d'arrêt.

Le service d’action culturelle a été en relation avec une formatrice d'une association d'aide à la réinsertion des détenus (A.L.P.E.S.), que les Archives municipales avaient  contactée pour une conférence sur la réalité du monde carcéral. Trouvant intéressant les thématiques de l'exposition (le quartier comme lieux de vie, lieux de passage, lieux de travail), la formatrice  a souhaité voir si un travail avec les détenus pouvait s’enclencher. Le service lui a fourni des reproductions de documents, le catalogue de l’exposition en cours, des fiches muséographiques, ainsi que des conseils sur l'intérêt de tel ou tel document.
 

A partir de cette base documentaire, la formatrice  a débuté une action  qui a rencontré un succès auprès des détenus. Bien qu'enfermés, les jeunes avaient une grande vie de connaître les lieux qui entourent leur prison. Et en allant, plus loin dans leurs réflexions (qui doivent aboutir par la réalisation d'une maquette du quartier),  ils ont demandé à la formatrice de rencontrer un archiviste. 
 

Le responsable du service d’action culturelle des archives municipales, Tristan Vuillet,  est intervenu en prison durant deux  séances afin de répondre aux questions que les détenus  se posaient sur l'histoire du quartier, de la ville de Lyon et, surtout, sur le métier d'archiviste - une intéressante discussion sur la valeur des documents s’en est suivie à cette occasion.
 

Constat : expérience extrêmement enrichissante sur le plan humain mais éprouvante quant au lieu  et au contexte (les deux prisons de Lyon figurent parmi les plus vétustes de France).
 

Les archives municipales ont préféré laisser la formatrice continuer ses actions, lui fournissant toute l'aide dont elle avait besoin. Mais cela n'a pas exclu pas leur  participation pour d’autres projets.

 

La seconde action, menée en 2005 sur l’initiative de l’association A.L.P.E.S., a consisté pour les archives municipales  à accueillir dans son hall une exposition  d'un photographe, Romain Etienne, qui avait effectué un reportage en milieu carcéral.
 

Les Archives de Lyon sont actuellement partenaires actifs d'une association culturelle d'aide à la réinsertion (Axès Libre) ; des projets sont en cours.
 

Par ailleurs, elles ont  vont organiser, à l’automne 2007,  un atelier avec un artiste contemporain dans les maisons d'arrêt à proximité de leur bâtiment..