César François Cassini de Thury, dit Cassini III

Thury-sous-Clermont (Oise), 17 juin 1714 - Paris, 4 septembre 1784

Cassini III, portrait par Jean-Marc Nattier, vers 1750
Miniature sur ivoire
© The Walters Art Museum, Baltimore

Ce fils, petit-fils, père, des astronomes Cassini, mais aussi neveu et cousin de leurs alliés Maraldi, présents à l’Observatoire de Paris et membres de l’Académie royale des Sciences de 1669 à 1793 a connu une carrière fulgurante due à sa position d’héritier intellectuel, mais aussi à ses dons et capacités. Cassini entre à l’Académie le 12 juillet 1735, ayant tout juste atteint sa 21e année, en qualité d’adjoint astronome surnuméraire ; il le devient en titre en 1741 ; puis il accède au rang de pensionnaire astronome le 25 décembre 1745 qu’il tient jusqu’à sa mort survenue le 4 septembre 1784. De ce rang prestigieux et favorable à la science, Cassini commence par des études d’astronomie et de géométrie, avant de se consacrer entièrement à une science en pleine évolution, la géodésie. Dès 1737, associé à son père Jacques Cassini, il parcourt les côtes atlantiques du royaume et réalise des opérations de triangulation (on disait alors dessiner le canevas du royaume). La méthode de la triangulation est l’observation d’angles faite au sommet des clochers permettant de localiser exactement son emplacement par rapport à la méridienne de Paris. En 1739-1740, toujours avec son père et rejoint par l’abbé de La Caille, il effectue une nouvelle mesure d’un segment du méridien de référence passant par l’Observatoire de Paris. Les résultats sont parus en 1744 dans La méridienne de l’Observatoire de Paris vérifiée dans toute l’étendue du royaume par de nouvelles observations. Le 19 juin 1757, Cassini, seul, présentait au roi ses Opérations faites pour la vérification du degré de méridien compris entre Paris et Amiens.

 

Ainsi, en 1744, est éditée la première carte générale de France structurée par des triangles à partir de la méridienne de Paris. Après le littoral, sans tarder, le jeune Cassini se porte sur les frontières du nord de la France notamment celles, stratégiques, mettant le royaume en contact avec ses ennemis héréditaires postés dans les Pays-Bas catholiques (Belgique actuelle) et entame des opérations de triangulation. Ce préalable détermina la suite de la carrière de Cassini III au service de la cartographie scientifique du royaume. À l’en croire, Louis XV, parcourant le champ de bataille de Rocourt près de Liège le 7 juillet 1747, neuf mois après la victoire des armées françaises, lui aurait déclaré carte du secteur en mains : « je veux que la carte de mon royaume soit levée de même, je vous en charge, prévenez-en M. de Machault », alors Contrôleur général des finances.

 

La volonté royale s’exprime au moment où des travaux d’aménagement du territoire doivent s’engager, où une meilleure connaissance statistique de la France est recherchée, et où un perfectionnement de la géographie, des transports terrestres et de la navigation fluviale sont attendus pour asseoir une économie moderne. Ces nouveaux usages nécessitent une cartographie qui rende compte avec précision des détails du terrain en une représentation précise et uniforme de l’ensemble du royaume. Elle est rendue possible par la centralisation du projet mis entre les mains d’un homme destiné à l’étude des astres, mais qui fut moins astronome que géodésien. Dans sa Description géographique de la France parue en 1783, César François Cassini revient sur ce moment déterminant : « rien ne paraissait plus digne de l’attention du ministère, que la connaissance exacte de l’étendue, des limites et de la position des divers lieux qui sont contenus dans ce royaume, dont la beauté et les richesses attirent les étrangers de toutes les parties du monde ». La carte de France dite de Cassini est la première entreprise cartographique d’envergure réalisée sur l’ensemble du territoire français à partir de levés originaux. Cassini, après la mort de son père et mentor, suivit un double objectif : achever la mesure du royaume ; déterminer la position des bourgs, villes et villages « presque innombrable[s] » et tracer les lignes principales, constituées par les rivières et par les grands chemins. Centraliser le commandement était une mesure hardie, elle donna naissance à un outil de gouvernement et « d’aide à la décision » pour le développement de l’économie. Cassini voulant faire œuvre durable s’est surtout attaché à déterminer avec précision la position des clochers, il avait d’ailleurs projeté de publier une carte où ne figuraient que les seules paroisses. Mais l’entreprise s’éternise. À peine dix années se sont-elles écoulées que Cassini, maintenant quadragénaire, revient devant Louis XV pour apprendre que le souverain suspend toute aide financière. En 1756, avec l’opiniâtreté qui sied aux concepteurs déterminés, l’opération bascule d’entreprise de l’État en une compagnie de cinquante actionnaires parisiens et de multiples souscripteurs davantage issus des provinces ; on évoque une forme de « privatisation » de la carte de France avec un modèle économique où la vente des cartes déjà réalisées finance la suite des opérations. Quelques provinces contribuèrent également à la dépense. Cassini III dirigea et mena à bien cette entreprise, la plus vaste qui eût été tentée. À sa mort, manquait une dizaine de feuilles de Bretagne et du littoral aquitain sur les 182 feuilles présentées aux députés de l’Assemblée constituante en 1789.

 

En 1761, il effectua un voyage à Vienne, comptant prolonger jusqu’à cette ville la méridienne de Paris et unir les triangles de la carte de France (carte des triangles de France, publiée en collaboration avec Dominique Maraldi) à divers points pris en Allemagne ; il était à Vienne le 6 juin 1761, jour du passage de Vénus devant le soleil. Il reçut de Louis XV en 1771 le brevet de Directeur général de l’Observatoire de Paris. Il fut ainsi le premier directeur en titre de cet établissement. Il décède de la petite vérole le 4 septembre 1784, laissant de Charlotte Drouin de Vandeuil, fille du président au parlement de Toulouse, Jean Dominique II. On lui doit Addition aux tables astronomiques de Cassini, 1756 ; Observations de la comète de 1531 pendant le temps de son retour en 1682, 1759 ; Description géométrique de la terre, 1775 ; Description géométrique de la France, 1784 ; plusieurs relations de voyages faits en Allemagne, parues en 1763, 1765 et 1775.

 

Rappeler la mémoire de César François Cassini de Thury, c’est à la fois rendre hommage à un savant français du siècle des Lumières, c’est aussi retracer l’histoire de la première cartographie systématique de la France appuyée sur la méridienne de Paris, mère de toutes les cartes modernes du territoire national, inspiratrice de nombreuses entreprises étrangères, dont la conception et la réalisation doit tant à ce grand scientifique.

 

Jean-Yves Sarazin
directeur du département des Cartes et Plans
Bibliothèque nationale de France

 

Voir Célébrations nationales 2006 et 2012