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Premier numéro du magazine Salut les copains

1962

Couverture du premier numéro du magazine
Salut les copains
Collection particulière
© SLC/ARCHIVES FILIPACCHI/SCOOP
 

Jean-Marie Périer et Daniel Filipacchi Collection particulière
© Auteur non encore identifié - SAIF, 2011
 

Tout commence en Amérique en 1956 tandis que Bing Crosby susurre encore à l’oreille de Doris Day des mélodies sucrées chères aux familles pressées d’oublier la guerre. Alors que ce pays représente l’avenir, deux ouragans surgissent qui vont changer la face du monde. Elvis Presley, un chanteur blanc aux déhanchements à faire pâlir les noirs, et James Dean, un jeune acteur qui, en une apparition, symbolise à lui seul la « naissance de l’adolescence ».

 

Dès cet instant, contre toute attente, les jeunes prennent le pouvoir en inventant une musique et une mode dont les clés échappent aux adultes. 

 

En France, les ténors de la chanson française occupent le haut du marché. C’est à ce moment que Daniel Filipacchi a l’intelligence d’aller aux États-Unis avant tout le monde, et de comprendre que ce qui se passe là-bas va forcément arriver chez nous. Il crée alors l’émission « Salut les copains » pour Europe N° 1, très loin d’imaginer que son rendez-vous quotidien engendrera plus tard un phénomène incontrôlable qui débouchera sur la vague « yéyé ».

 

Que veulent donc ces jeunes gens arborant blousons noirs ou cheveux longs ? Rien de plus que chanter et danser pour certains et rien de moins pour d’autres que de changer le monde.

 

En effet, juste après la sortie de l’école, tous les adolescents de France collent leurs oreilles à leur transistor pour écouter la voix de Daniel.

 

Il leur parle sans condescendance, comme à des grandes personnes, il s’intéresse à leur vie sans la juger et leur donne des nouvelles de celui qui les représente tous, Johnny Hallyday, l’idole des jeunes. Ce dernier est aussitôt suivi par un raz de marée qui submerge ce que l’on n’appelle pas encore les médias. Les adultes restent interdits devant ce phénomène, bousculés par une insolence immaîtrisable. Sans le savoir, une génération vient d’inventer le jeunisme.

 

Et c’est par un jour de printemps que le hasard change ma vie en me faisant croiser Daniel Filipacchi, lequel me propose de travailler avec lui pour « un petit journal de musique » qu’il va bientôt lancer. Le premier numéro de Salut les copains tiré à cent mille exemplaires part en quarante-huit heures. Six mois plus tard, le journal s’envole à plus d’un million, devenant ainsi, avec l’émission, le seul lien entre les jeunes et cet univers qui les fascine, celui d’adolescents qui ne pensent qu’à demain. Déclarer aujourd’hui que « c’était mieux avant » est le lot de ceux qui vieillissent. Si les trente furent glorieuses pour certains, ce fut loin d’être le cas pour d’autres, mai 68 en donnera la preuve. Pour moi, bien sûr, comme pour mes compagnons de route, ces temps furent privilégiés puisque nous représentions l’insouciance d’une jeunesse certaine d’avoir raison. Tandis que je traversais les villes de France, allant de Johnny à Cloclo ou d’Eddy à Dutronc, je n’avais qu’à lever les yeux pour voir les chambrettes des adolescents recouvertes de mes photos.

 

Alors bien sûr, j’étais un peu le roi de la piste, et je croyais que la vie serait toujours comme ça.

 

Aujourd’hui une nostalgie légitime envahit les gens de ma génération.

 

On s’imaginait pouvoir changer l’histoire, et c’est l’histoire qui nous a changés.

 

Heureusement, grâce à mes amis chanteurs, je n’étais qu’un rêveur et, Dieu merci, je le suis resté.

 

Jean-Marie Périer
photographe