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Célébrations Nationales 2011
Préface

Il n’est pas facile mais il est passionnant d’établir une liste des individus dignes d’être célébrés ; c’est-à-dire de ceux dont la vie, l’œuvre, la conduite morale, les valeurs qu’ils symbolisent sont, aujourd’hui, reconnues comme remarquables. Cela n’est pas facile car les ressorts de l’admiration possèdent leur histoire. Tel qui a été, un jour, célébré se trouve par la suite ignoré, disqualifié voire conspué. En revanche, tel qui a été longtemps oublié bénéficie, parfois, d’un renouveau de gloire. Plus précisément, l’estimation de ce qui justifie la célébration se fonde sur des représentations, souvent transitoires, du héros, du grand homme, de l’artiste, du savant voire du saint.

 

L’intérêt de ce volume résulte du rassemblement de ces figures successives. Comme chaque année, il s’agissait, pour le Haut comité, de les présenter toutes, grâce à la prise en compte de ce qui a pu, au cours des siècles, fonder l’admiration. C’est ce jeu entre la reconnaissance passée et ce qui justifie l’admiration actuelle qui sous-tend cet ouvrage. Les auteurs ont retenu ce qui, selon les modes d’appréciation qui se sont relayés ou qui se sont empilés, méritait d’être célébré et dont la mémoire devait être revivifiée.

 

De ce fait, la qualité de ce volume résulte de ce que les auteurs, en bons historiens, ont évité de se soumettre à l’immédiat pour reconnaître aussi les mérites de ceux qui, après avoir eu leur heure de gloire, commençaient sinon d’être oubliés du moins d’être victimes d’un déficit de mémoire. La liste ici présentée montre bien la diversité des modes de reconnaissance de la grandeur qu’il convient de prendre en compte et la nécessité de surmonter l’oubli par la célébration.

 

Afin de mieux me faire comprendre, je choisirai quelques exemples. Longtemps, des individus ont mérité d’être exaltés parce qu’ils se conformaient au modèle du héros plutarquien. Les défenseurs de la patrie, ceux qui s’étaient couverts de gloire grâce à de hauts faits militaires se devaient d’être célébrés. Depuis le milieu du XXe siècle, les mérites de ces hommes illustres tendent à ne plus guère être reconnus. Les saints, conformes à un modèle prégnant sur l’ensemble du territoire national durant des siècles, n’ont pas été considérés par la République comme dignes de beaucoup d’honneurs. Or, voici qu’ils retrouvent une présence sourde, grâce à l’emprise du compassionnel, à l’attention nouvelle portée au bienfait, au bénévolat, au dévouement. Le grand homme des Lumières, le philosophe, les promoteurs du progrès scientifique, utiles à l’humanité, les fondateurs de la République, à la fin du XIXe siècle, correspondent eux-mêmes à des modèles dont les récents sondages d’opinion révèlent qu’ils sont en net déclin dans les mémoires. Les grands artistes qui ont naguère – comme ce fut le cas sous le Consulat – fait l’objet, dès l’école, d’une injonction d’admiration ont, eux-mêmes, perdu de leur prestige.

 

Il convenait donc aux auteurs de ce volume de reconnaître la diversité des modèles et d’éviter toute exclusive, de montrer, en célébrant les anniversaires de 2011, toute la richesse mémorielle qui résulte du rassemblement des figures qui, au cours des siècles, ont mérité de survivre dans les mémoires. C’est là une façon de révéler, de proposer à l’admiration des jeunes générations des hommes et des femmes qui ont construit l’histoire nationale. En adoptant une optique compréhensive à l’égard du passé, en luttant de ce fait contre l’excès du présentisme qui constitue la grande tentation de notre société – laquelle, spontanément, ne sait plus guère exalter que ce qui échappe à la profondeur temporelle –, les auteurs de ce volume nous incitent à la réflexion sur ce qui fonde la commémoration et la célébration.

 

La saveur du livre résulte, en outre, de la découverte, au fil de cette navigation dans le temps, de la contiguïté d’hommes et de femmes dont les mérites furent différents mais tous incontestables. La célébration des anniversaires n’est pas qu’occasion de reviviscence du souvenir, elle permet aussi de repérer des simultanéités qui éclairent l’histoire des siècles passés.

 

Alain Corbin
membre du Haut comité des Célébrations nationales
professeur émérite à l’université Paris 1
Panthéon-Sorbonne