Paul Ramadier

La Rochelle, 17 mars 1888 Rodez, 14 octobre 1961

Paul Ramadier (au centre de la photo) en visite à Limoges, 1947
Archives départementales de l’Aveyron
© Lucien Lavaux
 

Avocat, issu d’une famille catholique, Paul Ramadier s’engage au début du XXe siècle dans la mouvance socialiste sous l’influence de Jean Jaurès, puis d’Albert Thomas. Organisateur du parti socialiste SFIO dans l’Aveyron, il professe un socialisme moral et humaniste, comptant sur le régime républicain et les réformes qu’il rend possibles pour instaurer le règne de la justice sociale.

 

Sa carrière politique commence après la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il est grièvement blessé. Élu maire de Decazeville en 1919, il y met en œuvre une politique de socialisme municipal avant d’être élu député de l’Aveyron en 1928. Dans les luttes internes du parti socialiste autour de la participation au pouvoir, il se range clairement dans le groupe qui préconise cette participation et une alliance gouvernementale avec les radicaux. Aussi fait-il partie de la cohorte des parlementaires qui démissionnent de la SFIO en 1933 après la condamnation des « néo-socialistes » partisans de la participation et de la révision du marxisme. La victoire du Front populaire auquel il adhère lui ouvre la porte des responsabilités gouvernementales. Il sera successivement sous-secrétaire d’État aux Travaux publics (1936-1938), puis ministre du Travail jusqu’au 21 août 1938, date à laquelle il démissionne pour marquer son désaveu de la remise en cause par Daladier de la loi des 40 heures.

 

Ayant refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940, déchu par Vichy de ses fonctions municipales, il retrouve un rôle politique à la Libération dans les rangs de la SFIO. Réélu député de l’Aveyron, il exerce à nouveau des fonctions ministérielles dans les gouvernements provisoires des années 1944-1946. Mais il va surtout jouer un rôle fondamental dans la pratique politique de la IVe République. Premier président du Conseil désigné par le président Auriol en janvier 1947, il crée le précédent de la « double investiture » (celle du président du Conseil investi sur son programme, puis celle du gouvernement sur sa composition, alors que la Constitution ne prévoyait que la première), contribuant ainsi à modeler la république nouvelle sur les pratiques de la IIIe République. En mai 1947, les ministres communistes ayant voté contre la confiance au gouvernement auquel ils appartenaient, Paul Ramadier met fin à leurs fonctions, excluant ainsi le parti communiste du jeu politique pour plusieurs décennies. Désavoué par la direction du parti socialiste conduite par Guy Mollet, il résiste à cette pression en refusant de démissionner. Après son retrait en novembre 1947, il exerce encore d’importantes fonctions ministérielles (ministre d’État, ministre de la Défense), avant que son échec aux élections législatives de 1951 le contraigne à une semi-retraite. Réélu en 1956, il retrouve le poste de ministre de l’Économie et des Finances dans le gouvernement Guy Mollet de 1956-1957, fonction dans laquelle il sera le créateur de la « vignette automobile », taxe destinée à financer un fonds national de solidarité.

 

Le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 signifie la fin de sa carrière politique. Symbole d’une IVe République vilipendée, bien qu’il se soit rallié au Général, il est battu aux élections de l’automne 1958.

 

Serge Berstein
professeur émérite des universités
à l’Institut d’études politiques de Paris