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Paul Lafargue et Laura Marx-Lafargue

Santiago de Cuba, 15 janvier 1842 Draveil (Essonne), 26 novembre 1911 et Bruxelles, 26 septembre 1845 Draveil (Essonne), 26 novembre 1911

Photographie de l’époque
© Roger-Viollet
 

Le nom de l’auteur du Droit à la paresse, réfutation du droit au -travail de 1848 est évoqué lors de chaque débat sur la durée du travail, car dans ce pamphlet écrit en 1883 Paul Lafargue explique aux travailleurs qui cherchent à gagner plus en travaillant jusqu’à 15 heures par jour qu’ils feraient mieux de lutter pour l’amélioration de leurs salaires et conditions de vie.

 

Né à Cuba de grands-parents bordelais, juif, mulâtre et caraïbe, Paul Lafargue, étudiant à Paris et disciple de Blanqui, participe à la création de l’Association internationale des travailleurs (Première Internationale) et, exclu à vie de l’université de Paris, part terminer ses études de médecine à Londres où il est subjugué par la pensée de Karl Marx, et aussi par sa fille cadette Laura Marx qu’il épouse en 1868. Le couple va consacrer sa vie à la vulgarisation et à la diffusion de la pensée marxiste en France.

 

Exilé en Espagne puis à Londres et de retour à Paris après -l’amnistie des Communards, Lafargue crée avec Jules Guesde le Parti ouvrier français (POF), au programme directement inspiré du marxisme. Journaliste, essayiste, polémiste, entretenant une correspondance quasi-journalière avec Friedrich Engels, Lafargue parcourt la France pour prêcher la révolution prolétarienne et annoncer l’inéluctable effondrement du capitalisme.

 

À partir de 1889, il axe son combat sur la journée de travail de 8 heures et la célébration du 1er mai. Bouc émissaire du gouvernement après le massacre de Fourmies le 1er mai 1891, il est condamné à un an de prison et élu député pendant son incarcération, à l’issue d’une campagne qui passionne les milieux populaires et lui acquiert une célébrité -nationale.

 

Après la fusion du POF dans la SFIO unitaire créée par Jean Jaurès, Lafargue se consacre aux relations avec les partis socialistes et révolu-tionnaires européens. Lénine, en exil à Paris, a de longs entretiens avec « le gendre de Marx ».

 

En 1896, Laura Marx-Lafargue, traductrice des œuvres de son père et fidèle soutien de son époux dans ses luttes, hérite d’une part importante de la fortune de Friedrich Engels. Le couple Lafargue, qui a jusque-là vécu dans la gêne, achète une belle propriété à Draveil (Seine-et-Oise auj. Essonne) où, au début du XXe siècle, il vit d’une manière hédoniste, tout en n’oubliant pas les combats d’une vie et en recevant chaleureusement ses amis de l’ancien POF.

 

Le 26 novembre 1911, Paul Lafargue, apparemment en bonne santé mais proche de la limite de 70 ans qu’il s’était fixée à lui-même, mettait fin à ses jours, écrivant dans son testament : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse, qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles, ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi-même et aux autres ». Il entraînait dans la mort son épouse Laura. Bien que cette dernière ait toujours partagé les actions de son mari, le fait qu’elle n’ait pas laissé de dispositions testamentaires a créé un malaise qui ne sera jamais dissipé.

 

Jacques Macé
historien