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Louis Blanc

Madrid, 29 octobre 1811 Cannes (Alpes-Maritimes), 6 décembre 1882

Estampe de l’époque
Musées de Mâcon (Musée des Ursulines)
© Musées de Mâcon / B. Mahuet
 

Fils d’un inspecteur général des finances, Jean-Charles Blanc, et d’Estelle Pozzo di Borgo, Louis Blanc est né à Madrid le 29 octobre 1811. Étudiant brillant au collège de Rodez où il se passionne pour Rousseau, il part ensuite à Paris, avec son frère Charles. Abandonnés par leur père, et après avoir été dans le dénuement le plus total, ils travaillent à l’Institution Jubé où le premier enseigne les mathématiques et le second le dessin. Rapidement, Louis accepte un poste de précepteur auprès du fils de Hallette, constructeur de machines à Arras, entre 1832 et 1834. C’est à cette époque, dans la ville de Robespierre, qu’il se mêle au monde du travail industriel et en écoute les préoccupations.

 

De retour à Paris en 1835, il est journaliste, historien, et homme politique. Exilé en Angleterre après l’émeute du 15 mai 1848, d’où il publie notamment son Histoire de la Révolution Française, il revient en France au lendemain de Sedan. Aux élections de février 1871 il est élu premier représentant de la Seine avec plus de voix que Victor Hugo ou Gambetta et il préside l’Union républicaine dès 1872. D’une remarquable constance jusqu’à sa mort en 1882, proche de Clemenceau, il n’a eu de cesse, en tant que député, de tenter la mise en œuvre de ses idées.

 

Deux thèmes marquent l’ensemble de son œuvre : le travail et l’État. Deux moyens sont alors à mettre au programme des réformes républicaines : l’association et le suffrage universel.

 

Le projet de Louis Blanc consiste à trouver un équilibre politique entre son idéal socialiste et la liberté que la république doit garantir. S’il s’agit de sortir de l’état de nature des relations économiques pour un nouveau contrat social, il ne faut violenter personne. C’est par l’éducation et à la lumière de l’expérience associative que le changement de société doit s’opérer.

 

Défenseur de la séparation de l’Église et de l’État, pour l’éducation primaire gratuite et obligatoire, contre la peine de mort, pour une centralisation politique et une décentralisation administrative, pour l’union des classes, il appelle également de ses vœux la mise en mouvement d’ateliers sociaux.

 

Acteur éphémère de la vie politique après février 1848 où il lutte, sans moyen, contre les ateliers nationaux promus par le gouvernement provisoire, du Luxembourg, il encourage la création d’ateliers sociaux conformément à son programme d’Organisation du Travail publié en 1839.

 

Depuis la Campagne des Banquets et tout au long de sa vie, il promeut le suffrage universel et la représentation proportionnelle à l’Assemblée. Le mode de scrutin choisi est celui de Hare (proportionnel). La démocratie est pour lui le seul régime permettant de faire en sorte que l’intérêt des gouvernés soit également celui des gouvernants. Afin de garantir l’équilibre, il nuance le propos en réaffirmant la nécessaire autonomie des communes, l’absence de président de la République élu au suffrage universel, la responsabilité et la révocabilité de l’élu, ainsi que des principes fondamentaux tels que la liberté d’expression, de réunion et d’association.

 

Célébrer nationalement sa naissance rend hommage à la pensée d’un homme que Maurice Agulhon présentait comme « l’un des plus authentiques fondateurs de l’idée socialiste en France » ainsi qu’à ses quelques messages qui « pourraient peut-être bien définir, entre les prétentions maintenues d’une certaine droite et l’ouvriérisme exclusif d’une certaine gauche, la voie étroite de la République moderne ».

 

Benoît Charruaud
docteur en droit
chargé de cours à l’université de Haute-Alsace