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Jean-Pierre Levy

Strasbourg, 28 mai 1911 - Paris, 26 décembre 1996

Faux permis de conduire au nom de Jean-Paul Leblanc utilisé par Jean-Pierre Levy sous l’Occupation
Coll. part. © DR
 

S’il y a un qualificatif dont Jean-Pierre Levy s’enorgueillissait et qui a pesé dans le choix qu’il fait dès l’automne 1940 de se ranger dans l’illégalité, c’est celui d’alsacien. Né à Strasbourg en 1911, le milieu-judéo alsacien auquel il appartient affiche un attachement sans réserve pour « la mère patrie ». Lorsque la guerre de 1914 éclate, ses parents s’expatrient en Suisse pour ne pas être allemands. Le retour en 1919 s’effectue dans une atmosphère exaltante ; inscrit au lycée Fustel-de-Coulanges, Jean-Pierre bénéficie d’excellents professeurs chargés d’inculquer aux élèves la culture française et l’amour de la liberté. La perte de son père à dix ans lui fait endosser des responsabilités d’adulte qui forgent son caractère. Ingénieur commercial à 18 ans et demi, il est employé dans une entreprise de filature (Weill et Cie) dont l’un de ses cousins est l’associé. Après son service militaire qui lui apparaît comme le signe de son appartenance à la communauté nationale, il est envoyé à Lyon et effectue plusieurs stages dans des villes du Sud où il noue des contacts qui lui seront utiles par la suite.

 

Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé comme lieutenant de réserve d’artillerie ; il est alors frappé par le manque de combativité de son entourage. À l’annonce de l’armistice, en juin 1940, le soulagement est quasi général à ses côtés et il est l’un des rares à réagir. Démobilisé, il se fixe à Lyon où l’appelle son travail et où il retrouve sa famille. Grâce à des réfugiés alsaciens et à ses relations professionnelles, il s’agrège à différents groupes lyonnais dont France-Liberté. Aux dires de ses camarades, il eut le premier l’idée d’étendre la propagande et d’éditer un journal clandestin autour duquel se crée le mouvement du même nom. Le numéro 1 du Franc-Tireur sort en décembre 1941. Bien qu’étant le plus jeune et le moins engagé politiquement, Jean-Pierre Levy apparaît comme le responsable. Sa profession de cadre commercial lui permettant de circuler librement, il crée des noyaux Franc-Tireur en Rhône-Alpes et dans le Sud. Arrêté à plusieurs reprises, il réussit à s’en sortir grâce au dévouement de ses amis.

 

Dans la phase unificatrice qui s’ouvre sous la direction de Jean Moulin, Jean-Pierre Levy joue un rôle pondérateur. Il soutient sans réserve l’envoyé du général de Gaulle et c’est à cause de son action discrète et efficace que s’opère la fusion des trois mouvements de zone sud. Son voyage à Londres en avril 1943 marque une étape dans son parcours : il est fait Compagnon de la Libération par de Gaulle. À son retour, il se fixe à Paris où il est arrêté et emprisonné. Il n’en sort qu’en juin 1944.

 

Après la Libération, Jean-Pierre Levy ne se lance pas dans la -politique mais embrasse une carrière de haut fonctionnaire. Directeur des industries et des textiles de 1947 à 1970 au ministère de l’Industrie et du Commerce, il s’engage au sein du comité des œuvres sociales de la Résistance. « Modeste et résolu », selon les termes du général de Gaulle, il a accompli son devoir sans faiblesse.

 

Dominique Veillon
directrice de recherche au CNRS