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Colloque de Poissy

9 septembre ? 14 octobre 1561

Estampe de Frans Hogenberg
Musée national du château de Pau
© RMN / René-Gabriel Ojéda
 

Le colloque qui se tint au prieuré royal Saint-Louis à Poissy, entre le 9 septembre et le 14 octobre 1561, évoque traditionnellement l’ultime tentative du pouvoir royal pour parvenir à une concorde religieuse susceptible de prévenir le déclenchement d’une guerre civile.

 

Réunissant prélats et théologiens catholiques derrière le cardinal de Lorraine, ainsi que des ministres des églises réformées menés par Théodore de Bèze, le colloque avait pour dessein de trouver un compromis doctrinal et disciplinaire acceptable par tous. Cet objectif -initial trahissait à lui seul le changement de politique adopté au sommet de l’État. Longtemps, sous François Ier et surtout Henri II, les autorités civiles et religieuses avaient usé de la répression pour faire face au surgissement de la Réforme. Tout change en 1560 avec la nomination de Michel de L’Hospital comme chancelier et surtout la mort prématurée de François II qui fait de Catherine de Médicis la régente du royaume. Comme elle -l’explique plus tard dans une lettre adressée à Sébastien de L’Aubespine, ambassadeur en Espagne, « il fallait aussi changer de médicaments » car ayant « durant vingt ou trente ans, essayé le cautère pour arracher la -contagion de ce mal d’entre nous, et nous avons vu par expérience que cette violence n’a servi qu’à le croître et le multiplier […] », ajoutant qu’il fallait donc désormais « suivre la voie de la douceur ».

 

À une époque où se répondent mutuellement violences catholiques et actes iconoclastes huguenots, Catherine de Médicis et le chancelier peuvent compter sur ceux que Calvin désigne de façon péjorative comme des « moyenneurs ». Nourris d’irénisme érasmien, ces « fidèles entre deux chaires » croient pouvoir ouvrir une voie moyenne entre catholicisme et protestantisme, assurant ainsi le retour à l’unité rligieuse et le maintien de la cohésion de l’État. Le contexte européen semble favorable à l’heure où la troisième session du concile de Trente – qui fixera pour longtemps le dogme et le rituel catholique – ne s’est pas encore tenue et où des exemples récents en Allemagne (paix d’Augsbourg, 1555) et en Angleterre (compromis élisabéthain, 1559-1563) ont montré la possibilité d’un accommodement.

 

Très vite cependant les discussions se heurtent à l’intransigeance des représentants des deux Églises, en particulier sur le problème de l’eucharistie. Dès le 9 septembre, Bèze déclare qu’au cours de la cène le corps du Christ « est éloigné du pain et du vin autant que le plus haut ciel est éloigné de la terre », incitant les tenants de l’orthodoxie catholique à protester de façon véhémente. Les tentatives ultérieures du cardinal de Lorraine, de théologiens catholiques modérés comme Claude d’Espence, et de certains ministres protestants pour proposer une confession acceptable par tous sont rejetées. Le 14 octobre 1561, le colloque se clôt sur un constat d’échec.

 

La concorde religieuse devenue « rêve impossible », il restait au pouvoir royal le choix de la guerre ou de la concorde civile perçue comme l’acceptation provisoire de l’altérité confessionnelle en attendant la réconciliation dogmatique espérée. Alors que les événements précipitent le royaume dans l’abîme des violences, la concorde civile survit dans les édits de pacification qui scandent les troubles. C’est cette politique qui triomphe finalement avec l’édit de Nantes signé par Henri IV le 30 avril 1598.

 

Grégory Champeaud
docteur en histoire moderne de l’université de Bordeaux III
professeur d’histoire en section européenne

Cf. Célébrations nationales 2004