Clovis

466 – Paris, 27 novembre 511

Clovis et Clotilde
Détail de l’esquisse pour le décor de la coupole de l’église Sainte-Geneviève, par Antoine-Jean Gros, vers 1811
Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, Petit Palais
© Petit Palais / Roger-Viollet
 

Le 27 novembre 511 mourait à Paris, le roi des Francs Clovis à l’âge de quarante-cinq ans. « Il fut enseveli dans la basilique des saints apôtres que lui même avait construite avec la reine Clotilde ». Son tombeau fut placé à côté du sarcophage contenant le corps de sainte Geneviève décédée en 502. Ceci explique pourquoi cette église de plan rectangulaire précédée par un portique à triple colonnade, dédiée en signe d’unité avec Rome à Pierre et Paul, les colonnes de l’Église, finit par prendre le titre de Sainte-Geneviève. La procédure était exceptionnelle. L’enterrement auprès d’un saint martyr, Denis par exemple, aurait été plus conforme à la pratique. Or Geneviève n’était pas martyre, mais une simple diaconesse à la fonction contestée, et de plus c’était une femme. Le roi voulait ainsi honorer celle à laquelle il devait l’axe général de sa politique : l’unité des Gallo-Romains déchirés par une guerre civile entre partisans des hérétiques ariens et adeptes du catholicisme romain, sans compter son action en faveur de son baptême qui avait eu lieu à Reims, le 25 décembre 499, après qu’elle lui eut ouvert les portes de Paris dont il fit sa capitale. Plus tard, en 548, Clotilde vint le rejoindre à ses côtés. L’église des fondateurs connut par la suite de nombreuses reconstructions pour finir démolie de 1801 à 1807. La crypte romane ne fut point fouillée. Nous ignorons si leurs corps se trouvent ou non sous le sol de l’actuelle rue Clovis. Seul le gisant de Clovis sculpté au XIIIe siècle fut transféré à Saint-Denis où il se trouve encore.

 

Le fondateur de ce royaume avait inauguré son règne en tant que gouverneur de la province romaine de Belgique Seconde et « roi » des troupes auxiliaires romaines d’origine franque. Fonctionnaire d’un empire romain d’Occident pourtant disparu, il n’en défend pas moins les frontières contre les Alamans puis contre les Wisigoths. Païen puis chrétien, il voit dans ce dernier peuple maître de l’Aquitaine l’ennemi de Rome qu’il a prise en 410 et le champion de l’hérésie arienne. Sa conversion au catholicisme romain est un acte personnel, après avoir longuement tergiversé. Le baptême ne fut pas imposé au peuple franc, mais la campagne d’Aquitaine en 507 fut précédée d’un édit prenant sous la protection royale les prisonniers de guerre gallo-romains emmenés au combat par les Wisigoths. Cette unité religieuse et politique, voulue par Clovis, fut renforcée après sa victoire par les titulatures romaines que lui accorda l’empereur romain d’Orient Anastase. Consul et patrice, il est en quelque sorte un vice-empereur et coiffe le diadème impérial. Tout en confirmant la loi salique, code de droit privé des Francs, il adopte le Bréviaire d’Alaric, abrégé de droit romain qu’il étend à tous les Gallo-Romains, y compris aux Francs en droit public. De même, il continua la frappe des monnaies romaines. Enfin, le 10 février 511, il convoque à Orléans un concile des évêques de Gaule, lequel confirme l’union de l’Église et de l’État promulguée par l’empereur en 392.

 

Son œuvre inachevée n’en a pas moins posé les fondations d’un royaume où l’État est antérieur à l’Église.

 

Michel Rouche
professeur émérite à l’université de Paris IV-Sorbonne