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Création de la maison de couture Yves Saint Laurent

décembre 1961

La robe Mondrian fut créée pour la collection automne-hiver 1965. Taillée dans un épais ersey Racine, ce best-seller du couturier fit la couverture de Vogue et du Harper’s Bazaar américain qui salua « l’abstraction qui s’impose, le vêtement de demain »
© Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, DR

En blouse blanche, comme son mentor Christian Dior, Yves Saint Laurent est ici dans son studio de travail, face à ses dessins et à son associé Pierre Bergé
© Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, DR

En 1957, Yves Saint Laurent est nommé, à 21 ans, modéliste de la maison de couture Christian Dior après le décès de son fondateur. Il libère le corps féminin avec les formes décintrées de sa collection Trapèze. La mode devra désormais compter avec ce jeune créateur qui s’inspire de la rue.

 

Incompris chez Dior, Saint Laurent fonde sa maison de couture avec Pierre Bergé en décembre 1961. Il s’installe au 30 bis rue Spontini à Paris dans le 16e arrondissement. Les deux hommes inaugurent un duo à succès mariant l’art et le business. Dès 1962, le couturier pose les fondements d’un style singulier qui s’affirme d’année en année par des détournements, des métissages et des créations révolutionnaires. Caban, blouse de paysan, trench-coat, saharienne, jumpsuit, pénètrent dans la sphère de la haute couture. Un genre novateur se dessine entre le féminin et le masculin. Son premier smoking de 1966 et son tailleur pantalon de 1967 synthétisent l’allure que les femmes modernes souhaitent donner à un pouvoir nouvellement acquis. En 1966, le lancement de « Saint Laurent Rive gauche » fait date dans l’histoire du costume. Un couturier propose pour la première fois un prêt-à-porter qui met la création à la portée de toutes. « À bas le Ritz, vive la rue ! » proclame-t-il.

 

Auparavant la collection dite Mondrian de 1965 inaugurait une généalogie d’hommages rendus à l’art africain, Picasso, Diaghilev, Apollinaire, Cocteau, Aragon, Braque, Van Gogh... Le couturier convoque ses « fantômes esthétiques » choisis dans la littérature, le cinéma, le théâtre et le monde de Marcel Proust. Les voyages de la pensée le conduisent sur les territoires imaginaires de l’Inde, du Maroc, de la Russie, de l’Espagne ou de la Chine. En 1974 la maison de couture s’installe au 5 avenue Marceau (Paris, 16e arrondissement). Il s’échappe de la mode en signant de très nombreux décors et costumes de théâtre, films et ballets. En 1983, le Metropolitan Museum of Art de New York inaugure la première rétrospective consacrée à un couturier vivant. Marguerite Duras écrit dans la préface du livre Yves Saint Laurent et la photographie de mode publié en 1987 : « Quand une robe d’Yves Saint Laurent apparaît dans un salon ou à la télévision, on crie au bonheur, parce que la robe qu’on n’avait jamais imaginée était celle-là même qu’on attendait et cette année-là justement. On est le désert qui attendait la robe. »

 

En 2002, l’annonce de la fermeture de la maison de couture est suivie d’un défilé rétrospectif au Centre Georges Pompidou clôturant 40 années de création. Le 1er juin 2008, Yves Saint Laurent décède à l’âge de 71 ans. À ses obsèques, Pierre Bergé dépeint un trait essentiel de la personnalité du couturier « ... Français, comme un vers de Ronsard, un parterre de Le Nôtre, une page de Ravel, un tableau de Matisse ». Au-delà de l’héritage que constituent les cinq mille vêtements, quinze mille accessoires et les milliers de croquis conservés par la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, demeure un puissant message : « Les modes passent, le style est éternel ».

 

Florence Müller
historienne de l’art
professeur associé à l’Institut français de la mode