Création de l’Académie royale de danse

mars 1661

Ballet « La nuit », Louis XIV en Apollon - Dessin vers 1660
Bibliothèque nationale de France
© RMN / Agence Bulloz

La fondation en mars 1661 de l’Académie royale de danse à l’initiative de Louis XIV est un acte majeur de l’histoire de l’art chorégraphique occidental.

 

Sans équivalent dans d’autres pays, cette institution est la troisième académie qui voit le jour en France après l’Académie française (1635) et l’Académie royale de peinture et de sculpture (1648), avant même l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres (1663), l’Académie royale des sciences (1666) et, surtout, l’Académie royale de musique (1669) – devenue l’Opéra de Paris – avec laquelle elle ne fusionnera jamais.

 

Elle est le fruit de la passion de Louis XIV pour la danse, discipline qui fait alors partie de l’éducation de tout jeune seigneur au même titre que l’escrime et l’équitation. Il la travaille dès l’âge de sept ans et en a à peine treize lorsqu’il fait ses débuts de danseur dans le Ballet de Cassandre. À quinze ans, il incarne le Soleil levant dans le Ballet de la nuit (1653), ce qui lui vaut le surnom de Roi Soleil. Danseur émérite, il multiplie ensuite les prestations dans les ballets jusqu’en 1669, année de ses 31 ans.

 

Conformément aux lettres patentes qui lui donnent le jour, enregistrées par le Parlement le 30 mars 1662, l’Académie a pour objet de rétablir l’art de la danse dans « sa première perfection » et de « l’augmenter autant que faire se pourra », le roi constatant « qu’il y a peu de personnes dans [sa] cour et dans [sa] suite en état d’entrer dans [ses] -ballets et autres semblables divertissements de danse ».

 

Au nombre de treize, les premiers « académistes » sont les maîtres à danser les plus en vue du royaume, dont Henri Prévost, maître à danser du roi, François Galland du Désert, celui de la reine, Jean Renauld, celui du duc d’Orléans, frère du Roi, Guillaume Reynal, celui du Grand Dauphin.

 

L’installation de l’Académie royale de danse provoque l’émoi des confréries de ménétriers auxquelles revenait le privilège d’enseigner la danse depuis le Moyen Âge. En 1664, un libelle intitulé Le mariage de la musique avec la dance est publié contre les « prétendus Académiciens ». La querelle s’apaise en 1695 par un arrêt solennel accordant sensiblement les mêmes droits aux deux parties.

 

Bien que l’objet de l’académie soit de théoriser et de normaliser la danse, aucun document relatif à ses travaux ne nous est parvenu. Peu à peu, ses membres sont recrutés davantage dans les rangs du ballet de l’Opéra de Paris et ils se consacrent surtout à la formation des danseurs, participant ainsi à la transmission de la « belle danse », ancêtre de la danse classique, ainsi qu’à la naissance de l’école française de danse et à son rayonnement à travers l’Europe.

 

Disparue dans le courant des années 1780, l’Académie royale de danse constitue le premier acte politique en faveur de la danse et témoigne, dès cette époque, d’une quête d’indépendance de l’art chorégraphique par rapport à la musique, laquelle ne se formalisera qu’au milieu du XXe siècle, près de trois cents ans plus tard.

 

Philippe Le Moal
inspecteur de la création artistique
au ministère de la Culture et de la Communication
coordinateur de l’inspection danse