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Lettre d'information
Célébrations Nationales 2011
Autres anniversaires signalés

Dresser chaque année la liste des Célébrations nationales oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur des personnalités et des faits majeurs, propres à éclairer la réflexion contemporaine. Mais d’autres anniversaires, dont la notoriété est peut-être moindre, ont aussi pour certains d’entre nous une valeur affective, pour tous une portée éducative. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture et de notre patrimoine.

 

Les notices de cette rubrique ont pour auteurs Charles-Louis Foulon, Sylvie Frenkiel et Guy Mourlon.

 

Institutions et vie politique

Antoine Pierre Joseph Marie Barnave
Grenoble, 22 octobre 1761 - Paris, 29 octobre 1793

Né à Grenoble le 22 octobre 1761, Antoine Barnave y devient avocat au parlement à 20 ans. Son Avis aux campagnes du Dauphiné, appel à la révolte, contribue à son élection de député du Tiers aux États généraux. Brillant orateur, il est l’un des fondateurs de la société des Amis de la constitution et de la liberté, ancêtre du club des Jacobins. Mais Barnave, élu président de la Constituante en octobre 1790, ne souhaite pas que la royauté disparaisse. Il s’oppose à la fin de l’esclavage comme au suffrage universel et affirme : « un pas de plus dans la ligne de l’égalité, et c’est la ruine de la propriété. »
Retiré en Dauphiné, il est décrété d’arrestation le 15 août 1792. Dans sa prison grenobloise, il rédige son Introduction à la Révolution française ; il l’explique par l’évolution pluriséculaire de la société et exprime son regret que la passion révolutionnaire ait empêché la naissance d’un État constitutionnel. Transféré à Paris où le Tribunal révolutionnaire le condamne à mort, il est guillotiné le 29 octobre 1793.

Littérature et sciences humaines

Saint-Pol-Roux
Marseille, 15 janvier 1861 - Brest, 18 octobre 1940

Programme des manifestations
« Quarante ans dans le dix-neuvième, quarante dans le vingtième, la terrestre existence de Saint-Pol-Roux est exactement balancée sur un couteau qui est l’aube de notre siècle » : l’observation d’André Pieyre de Mandiargues sur celui que Mallarmé appela son fils ne suffit pas à comprendre ce poète symboliste, fêté aussi par les surréalistes comme un précurseur.
Né dans le quartier marseillais de Saint-Henri, Pierre-Paul Roux gagne Paris en 1882 et y publie trois volumes de poèmes en prose entre 1893 et 1907. Son « idéoréalisme » cherche à montrer que l’homme ne vit pas dans la forêt de symboles évoquée par Baudelaire mais au milieu de contraires qu’il lui faut tenter d’unir.
Refusant de publier presque tous ses textes après 1907 parce que l’encre « respire la mort », il défend le retour à l’oral avec La Synthèse légendaire qui, en 1926, est dite en plein air par 250 récitants. S’il a l’impression de « découvrir la vérité du monde » dans son manoir breton de Camaret, des -soldats allemands tuent sa gouvernante et le blessent grièvement le 24 juin 1940. Il meurt le 18 octobre ; pour saluer le vieux chantre de l’amour humain, « poète assassiné », Vercors lui dédie Le Silence de la mer.

 

Alfred Binet
Nice, 8 juillet 1857- Paris, 18 octobre 1911

Programme des manifestations
Pédagogue et psychologue, Alfred Binet est connu pour sa contribution essentielle à la psychométrie. Après l’obtention de sa licence de droit, il engage des études de médecine. Il complète sa formation éclectique par des cours de psychophysiologie et de clinique psychiatrique. Puis il travaille à l’hôpital de la Salpêtrière où l’hypnose et la suggestion sont des thèmes d’expérimentation nouveaux et fertiles. Nommé directeur du laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne, il est considéré comme le véritable créateur de la psychologie expérimentale française. En 1905, à la demande du gouvernement français, il cherche un moyen de dépister les enfants en grande difficulté scolaire. Il publie alors une échelle métrique de l’intelligence, élaborée avec le docteur Théodore Simon, qui mesure le développement de l’intelligence des enfants en fonction de l’âge. La stratégie retenue est ouverte, aucun indicateur n’est a priori écarté, fût-ce la graphologie, la céphalométrie ou la chiromancie ; cependant seuls les indicateurs suffisamment pertinents sont retenus. Ce travail sera le point de départ de nombreux tests, en particulier celui du quotient intellectuel (Q.I.).

 

Emil Michel Cioran
Rasinari, (Roumanie), 8 avril 1911 - Paris, 20 juin 1995

Programme des manifestations
Philosophe et écrivain d’origine roumaine, Emil Cioran voit son premier ouvrage, Sur les cimes du désespoir, publié en 1934. Établi à Paris en 1937, il écrit en français dès 1949.
Son œuvre, dont le titre le plus marquant est De l’inconvénient d’être né (1973), est marquée au sceau du pessimisme, du nihilisme et de la désillusion, mais non dénuée d’ironie acide. Ainsi écrit-il dans Syllogisme de l’amertume : « la Création fut le premier acte de sabotage ».
Cet insomniaque obsédé par la mort – la seule donnée certaine – illustre, à travers ses aphorismes ou des textes plus longs, l’absurdité de la condition humaine et la souffrance d’exister : « Nous avons perdu en naissant autant que nous perdrons en mourant. Tout ».
De fait, l’art, l’écriture, dans lesquels il a tenté de trouver un salut par l’élégance du style et un discours iconoclaste, ne demeurent pour lui qu’une illusion, un remède temporaire à la lucidité.
Cultivant l’ascétisme, il a mené une existence modeste et retirée, refusant les prix. Estimé de son vivant par le milieu littéraire et apprécié de nos jours, il nous laisse méditer cette pensée : « Heureux en amour, Adam nous eût épargné l’Histoire ».

 

André Roussin
Marseille, 22 janvier 1911- Paris, 3 novembre 1987

Né à Marseille le 22 janvier 1911, fils d’assureur, André Roussin étudie le droit avant de gagner Paris où il suit les cours du comédien Fernand Ledoux. Journaliste au Petit Marseillais de 1933 à 1935, il rejoint la troupe de Louis Ducreux dès 1934 puis intègre la Compagnie des quatre saisons qu’anime André Barsacq (voir Célébrations nationales 2006).
Acteur et auteur à partir de 1936, il connaît son premier triomphe en 1947 avec La Petite Hutte jouée 1 500 fois à Paris et montée à Londres par Peter Brook. Le succès mondial de son ménage à trois le consacre comme pilier du théâtre de boulevard. Parmi sa vingtaine de pièces, Bobosse et La Mamma sont spécialement remarquées grâce aux talents que déploient  François Périer et Elvire Popesco. Prix Beaumarchais 1977 de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, il la préside en 1984.
L’Académie française l’avait élu en 1973 au 7e fauteuil ; il succédait au critique littéraire Pierre-Henri Simon et fut accueilli par le critique théâtral Jean-Jacques Gautier. Deuxième comédien reçu sous la Coupole, il y fut remplacé par l’helléniste Jacqueline de Romilly, qui a salué « sa voie droite et triomphante et sa tendresse pétillante ».

 

Émile Henriot
Paris, 3 mars 1889- Paris, 14 avril 1961

Lorsqu’il disparut le 14 avril 1961, Émile Henriot siégeait au 9e fauteuil de l’Académie française depuis le 12 avril 1945. Il avait été distingué comme historien des lettres, ancien journaliste au Temps et critique littéraire du Monde ; mais, succédant au romancier Marcel Prévost, il sut rappeler que la Compagnie l’avait honoré dès 1924, par son Grand prix du roman pour Aricie Brun ou les Vertus bourgeoises.
Fils du caricaturiste Henri Maigrot dit Henriot, né le 3 mars 1889, il avait été poète avant de publier ses romans ; il les reconnaissait modestement comme des « livres du second rayon ». Il dut sa célébrité et son influence à ses milliers d’articles et à ses études critiques dont les sept volumes de Courrier Littéraire qui analysent la production littéraire du XIIIe au XXe siècle.

 

Armand Robin
Plouguernével (Côtes-d’Armor),
19 janvier 1912 - Paris, 30 mars 1961

Huitième enfant d’une famille de cultivateurs, il doit à son acharnement le privilège d’échapper aux servitudes du terroir et de poursuivre des études. Exceptionnellement doué, il est admissible à l’agrégation de lettres. Puis il se lance dans l’aventure sans fin de la connaissance : après le grec, le latin, l’anglais, l’allemand, il apprend le russe, l’espagnol, l’italien. Son bagage lui permet très vite de gagner sa vie : rédaction des Bulletins d’écoutes qu’il rédige à partir de l’écoute des émissions radiophoniques internationales, et en même temps publications de traductions et d’œuvres originales. Son premier titre (1940) dit le choix déjà fait de l’exil et du don de soi : Ma vie sans moi. Deux ans plus tard, il termine un étrange roman : Le temps qu’il fait. Il y relate les drames dont il fut l’acteur ou le témoin. Cette évocation émouvante peint un univers où la réalité se mêle à la fiction. De 1943 à 1953 les traductions se succèdent ; puis, en 1958, deux volumes de Poésie non traduite à partir d’auteurs chinois, russes, arabes, suédois. Dès ses premiers essais, il a rêvé de « coïncider avec toute la souffrance et toute la joie présente à chaque moment du monde ».

 

Beaux-arts, musique et cinéma

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville
Narbonne (Aude), 25 décembre 1711 - Paris, 8 octobre 1772

Compositeur et violoniste français, Mondonville reçut dès son enfance, vraisemblablement de son père musicien à la cathédrale de Narbonne, une éducation musicale et sa formation de violoniste. À l’âge de 19 ans il se met à parcourir la France. Engagé comme premier violon au théâtre de Lille, il écrit ses premiers motets, qu’il fait entendre à Paris. Ses succès, tant comme exécutant que comme compositeur, lui valent le titre de musicien de la chambre du roi et, plus tard la surintendance de la chapelle de Versailles. Pendant la « querelle des Bouffons » (1792-94), appuyé par Madame de Pompadour, il se posa comme le champion de la musique française contre la musique italienne. Son opéra Titon et l’Aurore trancha la question : le jour de la représentation, l’opéra était envahi par ses partisans et ce fut un triomphe. Le lendemain le renvoi des « Bouffons » était décidé. En 1755 il obtint la direction du Concert spirituel et fit exécuter des motets de sa composition qui furent particulièrement goûtés. Grâce à une parfaite maîtrise orchestrale et vocale, il apporta au genre du grand motet (genre dominant du répertoire de la Chapelle royale jusqu’à la Révolution) une couleur, un dramatisme inconnus jusque-là, qui font de ses œuvres des morceaux d’anthologie de la musique baroque.

 

Louis-Léopold Boilly
La Bassée (Nord), 5 juillet 1761 - Paris, 4 janvier 1845

Programme des manifestations
Fils d’un sculpteur sur bois, Louis-Léopold Boilly s’initie très jeune à la peinture et au trompe-l’œil.
À Paris, ses scènes de genre sentimentales ou galantes, qui évoquent Greuze et Fragonard, le font connaître : il expose au Salon dès 1791.
Se démarquant de la peinture d’histoire, ce portraitiste talentueux va peu à peu assimiler la précision de l’école hollandaise du XVIIe siècle pour composer des œuvres plus complexes, aux personnages nombreux, comme Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey. Dans ses tableaux, véritables « instantanés » du quotidien, dont la sobriété formelle et la spontanéité des attitudes équilibrent une composition élégante, il peint, non sans humour, la vie moderne et ses contemporains.
En précurseur sensible aux mutations sociales, il décrit minutieusement les Parisiens de toutes conditions dans la diversité de la vie urbaine, restituant le charme discret d’intérieurs bourgeois comme l’ambiance d’un moment dans un café, un cabaret, un théâtre ou une rue.
L’Arrivée de la diligence dans la cour des Messageries, L’Averse, ses nombreux portraits et lithographies (Les Grimaces) constituent une chronique sociale vivante de son époque.

 

Jean-Pierre Aumont
Paris, 5 janvier 1911 - Gassin (Var), 30 janvier 2001

Petit-neveu du comédien Georges Berr, Jean-Pierre Salomons naît à Paris, le 5 janvier 1911. À 20 ans, remarqué par Louis Jouvet, il débute dans la pièce Le Prof d’anglais et apparaît en silhouette dans le film Jean de la Lune. En 1933, Marc Allégret en fait une vedette en lui confiant le rôle du maître nageur de Lac aux Dames ; si Julien Duvivier le transforme en soupirant malheureux de Maria Chapdelaine (1934), il tourne avec les cinéastes les plus célèbres – Marcel L’Herbier, Anatole Livtak, Maurice Tourneur – avant que Marcel Carné ne le distribue dans Drôle de drame et Hôtel du Nord en 1937 et 1938.
Réfugié aux États-Unis, la Metro Goldwyn Mayer le prend sous contrat pour sept ans en 1942 ; marié l’année suivante à l’actrice Maria Montez, il s’engage dans les Forces Françaises Combattantes. Après la guerre, il se partage entre Hollywood et la France où Sacha Guitry et François Truffaut l’utilisent. Acteur de théâtre pour Cocteau en 1934 (La Machine infernale), il le redevient pour Marguerite Duras mais apparaît aussi dans des comédies musicales ; le public apprécia longtemps cet octogénaire charmeur qui voulait « s’amuser en tous lieux ».

 

Alfred Manessier
Saint-Ouen (Somme), 5 décembre 1911 - Orléans (Loiret), 5 août 1993

Programme des manifestations
Inspiré par la lumière et les paysages de la baie de Somme qu’il peint adolescent, Alfred Manessier s’oriente vers la non-figuration dès 1945 (Salve Regina).
Animé par un humanisme authentique et par une spiritualité révélée au cours d’une retraite au monastère de Soligny-la Trappe en 1943, ce grand artiste crée des formes fluides et vibrantes d’intériorité, qui témoignent de l’ineffable rencontre avec le sacré.
Son hommage émerveillé à la nature (Morte-eau) est indissociable de ses représentations de la Passion et de la Résurrection, où ferveur et espoir sont portés par le dialogue éclatant de noirs et de transparences colorées ou irisées. D’autre part, il dénonce énergiquement la misère et les tragédies de l’histoire (Favellas, Le procès de Burgos et Requiem pour Novembre 1956).
Renouvelant l’art chrétien d’après-guerre, il conçoit des tapisseries et surtout des vitraux abstraits, entre autres ceux des églises anciennes Sainte-Agathe des Bréseux et du Saint-Sépulcre d’Abbeville.
Son œuvre sensible et lumineuse, d’une intensité dépouillée, va à l’essentiel. Elle a été récompensée de son vivant par des prix internationaux prestigieux.

Sciences et techniques

Pierre Perrault
Paris, 1611 – Paris, 1680

Les Perrault sont une famille dont tous les membres se soutiennent ; ils présentent d’ailleurs des caractéristiques communes, notamment un jansénisme quasi congénital et une curiosité universelle qui les pousse naturellement vers les sciences. Parmi tous ces garçons – qui sont sept – Pierre est moins célèbre que trois d’entre eux : Charles le conteur, Claude médecin et architecte, Nicolas le théologien. Après avoir été commis de Colbert, puis receveur général des finances de Paris, il se tourne alors vers les lettres et les sciences. En fait, il est surtout connu pour être à l’origine de la science hydrologique. Contrairement à la théorie ancienne qui voyait l’origine des sources dans l’eau de la mer infiltrée sous terre et ressortant, après condensation, dans les grottes, Pierre Perrault propose un autre concept : il mesure le débit de la Seine et la pluie tombée. Après une année il constate que le volume d’eau écoulée correspond à la moitié de ce que le bassin à l’amont de son point de mesure avait reçu ; la différence venant de l’« évapotranspiration ». Sa conclusion fut qu’il n’était nul besoin des anciennes théories pour expliquer l’origine des sources, car en définitive l’eau des rivières vient de la pluie. Il publie en 1674 l’ouvrage fondateur de l’hydrologie moderne : De l’origine des fontaines.

 

Guillaume-François-Antoine de l’Hospital
Paris, 1661 – Paris, 2 février 1704

Fils d’un lieutenant général des armées du roi, il montre dès son enfance de grandes aptitudes pour les mathématiques. Il devait à sa naissance d’embrasser le métier des armes mais sa myopie le poussa à quitter l’armée. Il se livra dès lors exclusivement à ses études favorites. Se liant avec Leibniz et Jean Bernoulli, il invita ce dernier (1691) pour qu’il lui enseigne le calcul différentiel alors naissant et considéré par la plupart des savants comme un mystère. Puis nommé membre de l’Académie des sciences en 1693, il commença à participer à la recherche que se proposaient en défi les illustres géomètres de l’époque. C’est ainsi qu’en 1696 il publie le premier livre français sur le calcul infinitésimal différentiel : L’analyse des infinimens petits pour l’intelligence des lignes courbes. Ce nouveau calcul présente des imprécisions qui seront corrigées au début du siècle suivant grâce à un grand débat ouvert à l’Académie royale des sciences. Le livre contient entre autres particularités nouvelles la règle dite de l’Hospital, qui permet de calculer la valeur d’une limite pour une fraction dont les deux termes tendent simultanément vers zéro. Lorsque le marquis de l’Hospital mourut d’une attaque d’apoplexie, il venait de terminer un second ouvrage : Traité analytique des sections coniques.

 

Découverte de l’île de Clipperton
par Michel Dubocage
(texte de Michel L’Hour, conservateur général du patrimoine, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines)
3 avril 1711

Programme des manifestations
Né le 28 janvier 1676 au Havre, Michel Dubocage s’engage précocement dans la marine où son courage lui vaut d’être nommé lieutenant de frégate à 16 ans puis capitaine corsaire dès 1702. Marin très expérimenté, il est choisi en 1707 par des armateurs dunkerquois pour accomplir un voyage d’exploration commerciale. Après la traversée de l’Atlantique puis un séjour de 14 mois dans le Rio de la Plata, Dubocage double le Cap Horn en janvier 1710, devenant ainsi l’un des premiers cap-horniers français. Il navigue ensuite plus d’un an sur la côte ouest de l’Amérique du Sud avant de traverser le Pacifique. C’est à cette occasion qu’il découvre le Vendredi saint 3 avril 1711 une île qu’il nomme île de la Passion, aujourd’hui Clipperton. Après avoir signé en Chine, à Xiamen, l’un des -premiers traités -commerciaux franco-chinois, Dubocage est de retour au Chili en 1713 d’où, après 3 ans, il reviendra en France le 23 août 1716. Fortune faite, il s’établit au Havre comme armateur et sauve la ville de la famine en 1726 avant de s’éteindre le 10 mai 1727.

 

Aristide Cavaillé-Coll
Montpellier, 4 février 1811 -Paris, 13 octobre 1899

Programme des manifestations
Né dans une famille de facteurs d’orgues, Aristide Cavaillé-Coll se forme très tôt à ce métier aux côtés de son père. Ouvert aux sciences, aussi talentueux sur le plan technique que musical, il invente avec lui et son frère un poïkilorgue (orgue de salon) qui ravit Rossini et reçoit le soutien du ministre Thiers.
Il s’installe en 1833 à Paris où il cultive des relations prestigieuses, et emporte le marché de la réalisation d’un grand orgue à la basilique de Saint-Denis grâce à la modernité de ses propositions.
Cet orgue monumental est novateur par l’adaptation d’un levier pneumatique permettant de diminuer la résistance des touches du clavier (machine Barker), ainsi que par l’introduction de jeux harmoniques et d’une boîte expressive qui favorisent les nuances symphoniques et libèrent l’esthétique romantique. Cet orgue sera suivi de bien d’autres à Paris (églises de la Madeleine et de Saint-Sulpice, cathédrale Notre-Dame…), en province (église Saint-Étienne de Caen, cathédrale de Nancy…), et à l’étranger : une production exigeante, avoisinant cinq cents instruments qui lui vaudra reconnaissance, récompenses et amitiés.
César Frank et Camille Saint-Saëns ont composé sur ses orgues.

Consulter également le site multimédia Aristide Cavaillé-Coll, facteur d’orgues (1999), qui fait partie de la collection Célébrations nationales

 

Invention du pédalier par Pierre et Ernest Michaux
1861

Programme des manifestations
Réparateur à Paris de draisiennes dont le modèle fut conçu en 1817 par Karl Drais von Sauerbronn, le serrurier Pierre Michaux développe avec son fils Ernest, la « michaudine », une draisienne à pédales. Les pieds ne font plus avancer l’engin en effleurant le sol, mais en faisant tourner la roue avant grâce à des repose-pieds disposés sur l’axe de cette roue. Avec un chassis en fonte, une selle réglable et des freins à patin, les deux premiers vélocipèdes sont construits en 1861.
On en dénombre 400 dès 1865 et leur caractère sportif s’affirme, le 31 mai 1868, par une première course dans le parc de Saint-Cloud. Le 7 novembre 1869, son vainqueur James Moore remporte les 123 kilomètres d’un Paris-Rouen en près de 10 heures 30. En 1878, l’invention de la chaîne permet le développement des bicyclettes aux roues égales, triomphatrices dans les premiers Bordeaux-Paris (1891) et Paris-Roubaix (1896). La concurrence entre journaux poussera Henri Desgranges à promouvoir le premier Tour de France cycliste en 1903 (voir Célébrations nationales 2003).
 

 

Édouard André
Bourges, 17 juillet 1840 - La-Croix-en-Touraine (Indre-et-Loire), 25 octobre 1911>
Programme des manifestations
Né en 1840 dans une famille de pépiniéristes, Édouard André a 20 ans quand il participe au développement du parc des Buttes-Chaumont conçu par Alphand. En 1866, il est lauréat d’un concours pour créer un parc à Liverpool et quitte son emploi parisien. Paysagiste, il est chargé de concevoir des espaces verts notamment à Luxembourg, en Uruguay et en Lituanie comme à Montpellier (Champ de Mars) ou à L’Haÿ-les-Roses (la roseraie de Jules Gravereaux).
Rédacteur en chef de l’Illustration Horticole, il dirigea la Revue Horticole plus de 20 ans. Professeur d’art des jardins à l’école nationale d’horticulture de Versailles, ce spécialiste des jardins anglais, rival des frères Bühler, expérimenta dans son propre parc de deux hectares, à La-Croix-en-Touraine, les moyens de créer des perspectives sur des surfaces réduites avec des jardins en creux et des escaliers en ciment imitant le bois. En 1876, il avait rapporté d’une expédition andine, l’Anthurium Andreanum.

 

Olivier Costa de Beauregard
(texte de la Société Olivier Costa de Beauregard)
Paris, 6 novembre 1911 - Poitiers, 5 février 2007

Élève de Louis de Broglie, directeur de recherches au CNRS (1971), il consacra ses recherches à la relativité et à la théorie des quanta, proposant dès 1947 sa propre interprétation du paradoxe EPR (publié en 1935 par A. Einstein, B. Podolsky et N. Rosen), interprétation qui remet en question la notion de temps. Il propose en 1979 une expérience qui sera réalisée par Alain Aspect (Expérience d’Aspect, 1982-1983).
Ses réflexions sur le temps, dont le rayonnement est international, l’ont amené à proposer une conception de la « nature » dans sa spécificité et sa totalité, comme étant « déployée » sur les quatre axes de l’espace-temps relativiste. Olivier Costa de Beauregard ouvre ainsi des horizons nouveaux, non encore épuisés, pour une philosophie de la nature toujours plus large dans laquelle intervient le pouvoir organisateur du psychisme sur la matière.
Cet homme ouvert, curieux, et de très grande culture, était aussi un penseur chrétien. Toute sa vie il a questionné la relation entre science et foi. Il avait notamment été sollicité pour donner une conférence à Notre-Dame de Paris (1979).

 

Création de l’Institut océanographique de Paris
Paris, 23 janvier 1911

Programme des manifestations
Créé par le prince Albert Ier de Monaco au sein d’une fondation reconnue d’utilité publique comprenant également le Musée océanographique de Monaco, l’Institut océanographique de Paris a été inauguré en 1911 par le souverain et le président de la République Armand Fallières.
Initialement destiné à la recherche en océanographie, il a aujourd’hui une mission aussi bien muséologique que d’information et de diffusion des connaissances scientifiques sur le monde marin auprès du grand public, adultes et scolaires.
Son musée présente des expositions de peintures et de photographies en rapport avec la mer, des animations pédagogiques ainsi que des projections cinématographiques thématiques, tandis que ses aquariums permettent d’appréhender toute la richesse des faunes méditerranéenne et tropicale.
Lieu de rencontre pour les étudiants et les chercheurs, l’institut organise des enseignements, édite des publications et abrite une bibliothèque richement documentée.
Ses conférences de vulgarisation abordent des thèmes variés, notamment la biodiversité et son évolution, reflétant parfaitement le caractère holistique de l’océanographie.

Economie et société

Henri Lacordaire
Recey-sur-Ource (Côte-d’Or), 12 mai 1802 - Sorèze (Tarn), 21 novembre 1861

Le plus grand prédicateur catholique de son temps n’eut le temps de siéger qu’une fois à l’Académie française. Il fut effectivement élu le 2 février 1860, deux ans avant sa mort, par 21 voix, au fauteuil 18, en remplacement du comte Alexis de Tocqueville dont il prononça l’éloge. Sa réception sous la coupole fut un véritable événement public et mondain. Malgré ses opinions politiques – articles réclamant notamment la liberté de la presse, la liberté de conscience et la séparation de l’Église et de l’État – et sa réputation sulfureuse, elle eut lieu en présence de l’impératrice Eugénie et de la princesse Mathilde. Albert duc de Broglie lui succéda en 1862.
Voir Célébrations nationales 2002, p. 63

 

Julie-Victoire Daubié*
première bachelière
Lyon, 17 août 1861

Julie-Victoire Daubié, née dans la petite bourgeoisie, fit de bonnes études primaires, obtint à vingt ans un certificat de capacité et devint institutrice.
Souhaitant se présenter au baccalauréat, dont les épreuves se passaient à l’université mais se préparaient dans des lycées alors fermés aux jeunes filles, elle étudia seule les programmes, son frère prêtre l’aidant pour le latin et le grec.
Sa candidature fut rejetée par l’Université de Paris et le ministre de l’Instruction publique, ce qui n’empêcha pas son écrit, La Femme pauvre au XIXe siècle, d’être primé en 1859 par l’Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de Lyon.
Il fallut une multitude de démarches ainsi que le soutien actif de François Barthélémy Arlès-Dufour, industriel saint-simonien et féministe, connu à Lyon et très influent dans les milieux académiques et à la cour impériale, pour la voir enfin autorisée à s’inscrire et à passer l’examen à Lyon, devenant le 17 août 1861 la première femme bachelière de France.
Elle mena ensuite avec succès une carrière de journaliste économique, combattant pour l’émancipation de la femme par l’instruction et la formation professionnelle.
*Bains-les-Bains (Vosges), 26 mars 1824 – Fontenoy-le-Château (Vosges), 26 août 1874.

 

Louis Chevalier
L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), 29 mai 1911  - Paris, 3 août 2001

L’historien et démographe Louis Chevalier a été chercheur à l’INED et professeur à l’IEP de Paris avant d’occuper, en 1952, la chaire d’histoire et structures sociales de Paris au Collège de France.
Durant la première décennie de l’après-guerre, ce pionnier de l’histoire sociale quantitative met les chiffres au service de l’analyse historique, qu’il veut utile à la mise en œuvre non technocratique des politiques d’aménagement du territoire, notamment à Paris.
Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle marque chez cet amoureux de Paris un tournant au profit des images et des représentations : classique de l’histoire démographique et sociale, l’ouvrage est novateur dans ses rapports entre histoire et témoignage littéraire comme dans l’étude des mentalités et des pathologies sociales dans leurs causes et leurs effets. Il a inspiré universitaires, romanciers et cinéastes.
Ses écrits suivants sur les mutations de Paris et de sa population reflètent sa vision originale et critique, entre milieu académique et société contemporaine.
L’Académie des sciences morales et politiques a primé l’ensemble de son œuvre.

 

Adoption par la France du méridien  de Greenwich
9 mars 1911

Le choix du méridien de Greenwich comme premier méridien est arbitraire ; en effet d’autres méridiens furent utilisés au cours de l’histoire, comme le méridien de Paris par exemple. Le méridien de Greenwich est un premier méridien, cela signifie un méridien où la longitude est définie comme égale à 0º. Il passe à travers l’Observatoire royal de Greenwich (banlieue de Londres). Avec le 180e méridien qui lui est directement opposé, il définit les hémisphères est et ouest. Il fut adopté comme standard international en octobre 1884 à la conférence internationale du méridien de Washington. Le méridien de Paris fut alors abandonné à son profit. Ce fut l’objet d’âpres discussions entre Français et Anglais. Parmi les raisons qui feront que Greenwich l’emportera, c’est qu’aux antipodes de Greenwich il n’y a que très peu de terres habitées et de localités. Une autre raison fut l’engagement britannique d’adopter le système métrique en échange de l’acceptation de la France de renoncer au méridien de Paris. Sur les 25 pays présents deux s’abstiendront : le Brésil et la France. En définitive, il faudra attendre le 9 mars 1911 pour qu’une loi adoptant officiellement le méridien international de Greenwich soit promulguée par les députés français.

 

Premier rallye de Monte-Carlo
21 janvier 1911

Le rallye de Monte-Carlo est riche d’une histoire centenaire faite de prestige, de vicissitudes où se mêlent gloire et éclats. Le 21 janvier 1911, dans le but de rivaliser avec la ville de Nice qui organise depuis 1898 la course Paris-Nice, les dirigeants du club Sport Automobile et Vélocipédique de Monaco créent un concours d’élégance automobile : le rallye de Monte-Carlo. D’aucuns disent qu’il s’agissait aussi d’attirer à Monaco une riche clientèle de touristes habitués à Nice, à son carnaval et à ses casinos. La première édition du rallye se déroule du 21 au 25 janvier. Le choix du mois de janvier s’expliquerait par la volonté de prouver la douceur du climat monégasque. Pour cette première compétition financée par la Société des Bains de Mer, vingt voitures doivent rejoindre Monte-Carlo en partant de leur pays d’origine ; certains viennent de Berlin et de Saint-Pétersbourg. Le règlement  prévoit que les participants ne doivent pas dépasser les 25 km/h, car il ne s’agit pas d’une course de vitesse. Un système original de points est établi qui tient compte du kilométrage parcouru, de l’état de la carrosserie à l’arrivée, du nombre des personnes transportées et du confort des passagers. Le premier gagnant du rallye est le Français Rougier parti de Paris.

 

Création de Et maintenant
(Gilbert Bécaud)
1961

Gilbert Bécaud (1927-2001) s’intéresse très tôt à la musique et intègre le conservatoire de Nice. Pianiste, familier de la scène dès 1950, auteur de musiques de films avant de devenir un chanteur compositeur talentueux, il enregistre ses premiers titres dès 1953, et triomphe à l’Olympia en 1954.
En 1961, son célèbre tube Et maintenant, composé sur un texte de Pierre Delanoë, le fait entrer dans la légende et fera le tour du monde, repris dans de nombreuses langues.
Cette chanson populaire sur une rupture amoureuse est inspirée des confidences d’une actrice délaissée qui, appuyée au piano de son hôte, avait murmuré : « Et maintenant, qu’est-ce que je vais faire ? »
Simple, portée par un rythme au staccato évocateur et désespéré, tendue entre un présent et un avenir également impossibles, elle est chantée d’une voix mélancolique et produit sur l’auditeur ému un effet d’intensité et d’authenticité.
« Monsieur 100.000 volts » résistera à la « vague yé-yé » des années 60 et enchaînera les succès en France et à l’étranger, nous laissant le souvenir de son énergie prodigieuse, d’une forte complicité avec le public, d’une voix chaude et rocailleuse, d’un piano incliné et d’une célèbre cravate à pois.

 

Inauguration de l’aérogare-sud d’Orly  par le président de Gaulle
24 février 1961

Sur l’ex-champ d’aviation d’Orly – Villeneuve, l’aéroport d’Orly accueille tous les vols d’Air France à partir de 1952. Devenu exclusivement civil en 1954, il est doté d’une nouvelle aérogare aux structures entièrement métalliques ; conçue par Henri Vicariot et construite à partir de 1957, elle se déploie sur 700 mètres de long et 70 mètres de -profondeur. Le général de Gaulle l’inaugure le vendredi 24 février 1961 en déclarant : « Si jamais un ouvrage justifia la fierté de ceux qui l’ont édifié de leur cerveau et de leurs mains, c’est bien celui que voilà, à la rencontre du ciel et de la terre ».
Les dimensions du grand hall et de la terrasse en surplomb des pistes attirent vite plus de visiteurs que la Tour Eiffel ; en 1963, on en dénombre trois millions évoqués par Gilbert Bécaud dans Dimanche à Orly. Le trafic passe de six millions de passagers en 1965 à neuf millions en 1969, malgré le couvre-feu exigé par les riverains, sur l’horaire 23 h 30 - 6 h 00 dès avril 1968. Orly-Sud et Orly-Ouest (inauguré le 26 février 1971) ont servi, en 2005, à près de 25 millions de passagers.

 

Premier concert de Johnny Hallyday à l’Olympia
21 septembre 1961

Fils d’un comédien belge, Jean-Philippe Smet naît à Paris. Après de brèves études musicales, il devient l’un des rockers français avec Richard Antony, Dick Rivers et Eddy Mitchell. À la différence de ce dernier, chanteur vedette des Chaussettes noires, il conquiert seul sa célébrité au Golf Drouot, sous le pseudonyme de Johnny Hallyday – du nom de scène des cousins qui l’ont élevé. En 1960, il est parrainé par Line Renaud pour son premier passage télévisé et chante en vedette à l’Alcazar de Marseille.
Programmé par Bruno Coquatrix à l’Olympia, du 21 septembre au 9 octobre 1961, l’« idole des jeunes » fait salle comble et lance la mode du twist. François Reichenbach lui consacrera un film biographique, J’ai tout donné, en 1972, quinze ans avant qu’il ne reçoive le Grand prix national de la chanson. Avec sa « rock’n’roll attitude », celui qui va chanter « un soir de juin en 1943, je suis né dans la rue par une nuit d’orage » s’installe pour plusieurs décennies en tête des hit-parades.