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Léon Jouhaux

Paris : 1er juillet 1879 - 28 avril 1954

Léon Jouhaux à son bureau
Institut CGT d’histoire sociale – Montreuil
© Photothèque Institut CGT d’histoire sociale

Issu d’un milieu modeste (un père employé et une mère cuisinière), Léon Jouhaux abandonne à 15 ans une scolarité prometteuse et entre à la manufacture d’Aubervilliers. Il fréquente les milieux libertaires, milite à la C.G.T. où il devient représentant fédéral des allumettiers. C’est un militant discret (1906-1909), ce qui contribue à son élection à la tête de la C.G.T. en 1909. Considéré comme le « porte-parole » de Victor Griffuelhes, son prédécesseur, Léon Jouhaux s’inscrit d’abord dans la continuité du syndicalisme révolutionnaire qu’il modère à petites touches. Il consolide l’organisation confédérale tout en restant réservé à l’égard de la S.F.I.O.

 

Durant la Première Guerre mondiale, Léon Jouhaux et la majorité de la C.G.T. abandonnent leur discours révolutionnaire et, dans le cadre de l’Union sacrée, se réorientent vers « la politique de présence ». Août 1914 ouvre la seconde phase de l’histoire de la C.G.T. et façonne un nouveau Jouhaux qui prend conscience de la force de l’État et de la complexité de l’économie ; il en sera marqué jusqu’à sa mort.

 

Après 1918, il affronte les conséquences résultant, pour le mouvement syndical, du conflit mondial et de la Révolution russe. Fin 1921, il ne peut empêcher la scission de la C.G.T. : durant quinze ans, la C.G.T. « confédérée » animée par Jouhaux s’oppose à la C.G.T. « unitaire », des communistes. Il défend, sans grands résultats, « la politique de présence », tout en gagnant peu à peu une stature internationale par son action au Bureau international du travail. En 1935, pour répondre à la crise économique, il propose un programme de la C.G.T. reposant sur la notion d’un Plan de l’économie.


À partir de 1934, l’unité syndicale devient envisageable et Léon Jouhaux y est favorable. Reconduit à la tête de la C.G.T. lors de sa réunification en mars 1936, il représente le courant majoritaire. Mais la victoire de la gauche aux -élections législatives en mai puis les grèves qui suivent modifient la donne. Jouhaux refuse toute participation de la C.G.T. au gouvernement puis participe aux accords Matignon (7 juin 1936) : relèvement des salaires, statut des conventions collectives, semaine de 40 heures et congés payés, votés peu après. Toutefois, la progression de la C.G.T. se fait principalement au profit des unitaires. Puis, l’évolution du contexte international contribue à affaiblir la -position de Léon Jouhaux dans une C.G.T. divisée en unitaires, confédérés et pacifistes.

La guerre venue, après avoir vécu la nouvelle scission de la C.G.T. (septembre 1939), il se réfugie dans le Midi. Arrêté un an plus tard, il est mis en résidence forcée à Cahors, à nouveau arrêté en novembre 1942, livré aux Allemands en mars 1943 et interné. Libéré en mai 1945, il reprend, formellement, sa place à la tête de la C.G.T. Toutefois, il symbolise une génération en perte de vitesse devant la progression communiste. Il doit subir une troisième scission de la C.G.T., qui entraîne la création de Force ouvrière. Élu président de cette nouvelle confédération, il suit d’assez loin son activité et se concentre sur son action internationale.

 

D’Aubervilliers à l’Organisation internationale du travail, le parcours de Léon Jouhaux a été considérable. Ce tribun, bon orateur, qui a peu écrit mais qui savait écouter, « sentir » un milieu syndicaliste qu’il connaissait parfaitement a très fortement marqué de son empreinte le syndicalisme de notre pays.

 

Michel Dreyfus
directeur de recherches au C.N.R.S