Joseph-François Dupleix est destitué de sa charge de gouverneur des établissements français de l’Inde

4 août 1754

Gravure de Marie-Jeanne Champion de Cernel
d’après Antoine-François Sergent - 1789
© AKG / Paris

De 1742 à 1754, le gouverneur Joseph-François Dupleix développe une politique d’entente diplomatique avec les princes du sud de l’Inde et d’occupation militaire de quelques points stratégiques, qui préfigure et annonce celle qui sera conduite quelques années plus tard par les Britanniques.

 

Dupleix hérite d’une situation favorable pour les Français. Il dispose d’un excellent point d’appui fortifié, la citadelle de Pondichéry, construite au début du XVIIIe siècle par des ingénieurs militaires, détachés des forces royales, sur le modèle de celle de Tournai, édifiée par Vauban. Selon les Hindous, Pondichéry, située sur un terrain concédé par le nabab de Trichinopoly, est le plus fort établissement militaire européen en Inde par la qualité de ses fortifi-cations, la puissance de son artillerie et l’importance de sa garnison. Il résiste à plusieurs sièges menés tant par des armées locales que par des forces européennes. Il bénéficie aussi d’une bonne situation diplomatique, grâce à l’action du prédécesseur de Dupleix, le gouverneur Benoît Dumas. En 1740, celui-ci avait accepté d’abriter le trésor du nabab de Trichinopoly, qui devait se défendre contre un rival. Ce dernier vaincu, le seigneur hindou, reconnaissant, obtenait de l’empereur mogol une patente de nabab pour le gouverneur de Pondichéry, dignité qui faisait de lui l’égal des grands féodaux de l’Inde, distinction qu’aucun Européen n’avait reçue jusqu’alors.

 

Le nouveau gouverneur de Pondichéry est parfaitement compétent. En Inde depuis vingt ans, il a été douze ans directeur du comptoir de Chander-nagor, alors principal établissement commercial français. Il s’y est révélé « aussi instruit de la politique mogole que s’il eût été un seigneur mahométan, élevé à la cour de Delhi ». Il met à profit deux victoires françaises obtenues en 1746, durant la guerre de Sept ans : la première contre les Britanniques à Madras ; la seconde contre l’armée du nabab d’Arcate, allié des Anglais, qui tente de venir à leur secours. Les princes les plus puissants du sud de l’Inde, en particulier le nabab du Carnatic et le soubab du Deccan, signent des accords avec les -vainqueurs et en attendent une protection militaire. En échange de l’installation de quelques soldats français dans des positions stratégiques, Dupleix obtient des marchés de cotonnades, alors le principal produit recherché par les Européens, et un revenu « fixe et assuré », grâce à un prélèvement sur les impôts.

 

Cette politique n’est pas comprise en France. Les directeurs s’inquiètent de l’augmentation des effectifs militaires et ils adressent plusieurs mises en garde à Dupleix : « On ne veut que quelques établissements en petit nombre pour aider et protéger le commerce. Point de victoire, point de conquêtes, beaucoup de marchandises et quelque augmentation de dividende ». Ne recevant pas de réponse satisfaisante, ils décident, avec l’accord du gouvernement, d’envoyer en Inde un directeur chargé de faire revenir Dupleix en France, de faire rentrer à Pondichéry les contingents installés dans l’intérieur du pays, et de passer un accord avec les Britanniques pour un partage des zones d’influence. L’abandon de la politique de Dupleix ne suscite aucune réaction en métropole : c’est, assure Voltaire, « une querelle de commis pour de la mousseline et des toiles peintes ».

 

Philippe Haudrère
membre de l’Académie de Marine
professeur à l’université d’Angers