Aliénor d'Aquitaine

Vers 1122 – Fontevraud, 31 mars ou 1er avril 1204

Dessin du sceau et du contresceau d’Aliénor d’Aquitaine
avec les mentions respectives :
(Crux) ALIENOR’ DEI GRACIA REGINE ANGLORUM,
DUCISSE NORMAN’ ;
(Crux) ALIENOR’ DUCISSE AQUITANORUM
ET COMITISSE ANDEGAVOR
Bibl. nat. de France, coll. Clairambault
© Cliché bibliothèque nationale de France

Aliénor, fille de Guillaume X d’Aquitaine (1126-1137), devient en quelques semaines duchesse d’Aquitaine (avril 1137) et reine de France par son mariage avec Louis VII (juillet 1137). À la cour de France, elle apporte tout à la fois des possessions territoriales immenses (situées entre le littoral de l’Atlantique, les bassins du Rhône et de la Dordogne et la basse vallée de l’Adour) et sa culture.

 

Aliénor et Louis VII s’entendent vite assez mal. Lors de la deuxième croisade (1147-1149), où elle accompagne le roi, Aliénor est soupçonnée – à tort ou à raison – d’adultère ; l’idée de divorce, une première fois avancée, est abandonnée grâce à l’intervention du pape Eugène III. Mais le couple n’a pas d’héritier mâle et Suger, conseiller écouté de Louis VII, meurt en janvier 1151 ; la procédure de divorce est engagée et le concile de Beaugency (21 mars 1152) le prononce, sous prétexte de consanguinité entre les époux.

 

En mai 1152, Aliénor épouse Henri Plantegenêt, duc de Normandie et comte d’Anjou, qui devient, en novembre 1154, roi d’Angleterre. Le couple est couronné à Westminster le 19 décembre suivant. Les époux, sans être vraiment en désaccord, vivent séparés pendant près de vingt ans. Pourtant, naissent de cette union huit enfants, dont Richard Cœur de Lion (1157-1199), Jean Sans Terre (1166-1216) et Aliénor (1161-1214), future mère de Blanche de Castille. Aliénor et Henri II chevauchent continuellement leurs immenses possessions. Pour faire pièce aux indocilités des Poitevins, Henri II confie, en 1168, l’administration du Poitou à Aliénor. À Poitiers, la reine vit entourée d’artistes et de troubadours, dont Bernard de Ventadour ; elle suscite nombre d’œuvres littéraires tant en langue d’oïl (notamment Brut de Wace, Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure) qu’en langue d’oc (Girart de Roussillon). Mais, impliquée dans la révolte des princes royaux contre Henri II (1173), elle est arrêtée et emprisonnée en Angleterre jusqu’à la mort du roi (mars 1189).  Libérée peu après, elle fait preuve, en dépit de son âge, d’une activité débordante : elle délivre alors, comme reine douairière, la plupart de la centaine d’actes intitulés à son nom ; elle réunit la rançon nécessaire à la libération de Richard Cœur de Lion, qu’elle s’empresse d’aller chercher en Empire (1194). Puis, à la mort de ce dernier (mars 1199), elle confie le trône d’Angleterre à Jean Sans Terre au détriment de son petit-fils Arthur ; au cours de l’hiver 1199, elle va en Castille pour prendre sa petite-fille Blanche, destinée à épouser Louis, fils de Philippe Auguste. Au printemps 1200, elle se retire à Fontevraud, où elle meurt (31 mars ou 1er avril 1204) et est inhumée.

 

Jean Dufour
directeur d'études à la IVe section
de l'Ecole pratique des hautes études