Célébrations Nationales 2004
Autres anniversaires signalés

Proposer, chaque année, une liste de « célébrations nationales » oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur les faits majeurs propres à éclairer la réflexion contemporaine et sur des personnalités, des œuvres, des événements, qui paraissent devoir être mis particulièrement en valeur comme les repères d’une mémoire nationale. Mais d’autres anniversaires, dont la notoriété n’est pas forcément moindre, ont aussi, pour certains d’entre nous, une valeur affective, pour tous une portée éducative. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture, de notre histoire et de notre patrimoine.

Les notices de cette rubrique ont pour auteurs Charles-Louis Foulon et Arlette Grimot qui ont été aidés ponctuellement par Danièle Neirinck (Saint-Guilhem-Le Désert, Gabriel Tarde) et par M. J. Ménard pour le Mémorial de Pascal.

 

Vie politique et institutions

Fondation de Jumièges
654
Célèbre de nos jours pour ses ruines romantiques, Jumièges fut fondé par Saint Philibert. Ce monastère colombanien puis bénédictin prospéra sur les restes d’un ancien castrum romain dans une presqu’île.
Philibert y construisit trois chapelles, y aménagea un port, y creusa des puits, y développa l’agriculture. Le monastère s’enrichit des droits de passage sur le fleuve. Cette circulation assura son rayonnement, notamment vers l’Angleterre et l’Irlande. Les dortoirs abritaient soixante-dix religieux. Les invasions normandes portèrent un coup fatal à la première abbaye en 844. Elle fut relevée vers 930 par Guillaume Longue Épée.

 

Fondation de Saint Guilhem
Le-Désert -
804

Qui est ce Guillaume qui, en 804, fait aux moines de Gellone une importante donation sur ses biens fonciers personnels ? C’est un grand de l’Empire, un parent de Charlemagne, le duc de Toulouse.
Il est fils du comte Thierri d’Autun et de la fille de Charles Martel, Aude, donc le cousin de l’Empereur. Son duché, il l’a conquis par les armes. Il a aidé Louis, le roi d’Aquitaine, à battre les Arabes qu’il a arrêtés à Carcassonne. Avec lui, il a repris Barcelone.
Mais il se fait vieux et pense à l’au-delà. Sous l’influence du grand Benoît d’Aniane, le « mentor » de Louis, il aide à l’installation de moines bénédictins à Saint-Sauveur de Gellone, dans un « désert ».
En 806, il s’y retire, y meurt en 812. Il a offert à l’abbatiale une relique de la croix du Christ qui lui vient de Charlemagne grâce à laquelle Gellone entre sur le « chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ».
Peu à peu, les maisons se construisent autour de l’abbaye Saint-Sauveur. Un village naît. Il portera le nom de Guillaume, canonisé en 1066 : Saint-Guilhem-du-Désert. Au XIIe siècle, Gellone perd son nom et devient elle aussi l’abbaye de Saint-Guilhem-du-Désert.

 

La fondation de Port-Royal-des-Champs
1204

L’abbaye de Port-Royal-des-Champs est fondée en 1204, selon la règle cistercienne, éloignée de « toute ville, château, village ou agglomération humaine quelconque ». Elle fait partie d’un réseau très dense qui comprend, au milieu du XIIIe siècle, 960 abbayes de moniales dont 320 en Allemagne et 160 en France.
En 1609, l’abbesse Angélique Arnaud décide d’y réinstaurer l’austérité de Saint Bernard. Avec Saint-Cyran, confesseur des religieuses après 1635, l’abbaye devient le pôle du jansénisme ; Pascal y médite aux Granges cependant que Racine s’instruit dans les petites écoles.
Les condamnations royales et ecclésiastiques aboutissent à la destruction de l’abbaye en 1710. François Mauriac a évoqué le long escalier de terre reliant les Granges aux ruines de l’abbaye, « seul reste de ce lieu sacré qui n’ait pas changé depuis
300 ans ».

 

La commise de la Normandie
1204
Déjà entre 1192 et 1194, Philippe Auguste avait tenté de reprendre la Normandie à Richard Cœur de Lion, jusqu’à la défaite de Fréteval. Une nouvelle occasion s’offre à lui quand, en 1202, Jean sans Terre, frère de Richard, assassine son neveu Arthur, duc de Bretagne, héritier légitime du trône d’Angleterre. Sommé à comparaître devant la cour des pairs par Philippe Auguste, il s’y refuse et, en application du droit féodal, ses fiefs en France lui sont confisqués pour être rattachés au domaine royal. En Normandie, la citadelle de Château-Gaillard tombe le 6 mars 1204 après un siège de plusieurs mois et la soumission de la province s’achève avec la prise ou la reddition de Caen, Falaise, Arques, Verneuil et du Mont Saint-Michel. Philippe confirme les droits, franchises et coutumes des communes et du clergé. Suivent en 1205 l’Anjou, la Touraine et le Poitou. Seule la Guyenne résiste et reste sous domination anglaise.

 

Philippe II le Hardi
Pontoise,
17 janvier 1342 - Hal (Halle), Belgique, 27 avril 1404

Héros de la bataille de Poitiers (1356), Philippe le Hardi reçoit la Bourgogne en apanage de son père, Jean le Bon, en 1363. Son mariage avec Marguerite de Flandre (1369) lui promet cette province. Ses territoires exigent une administration attentive. Plus souverain que grand féodal, il protège les intérêts de ses sujets en favorisant des trêves avec l’Angleterre et accroît sa puissance par d’habiles mariages, jetant ainsi les jalons d’un rêve qui voulait unir le Rhône au Rhin et la Bourgogne au Zuydersee. À la mort de Jean le Bon (1380), c’est en exerçant la régence du royaume de France qu’il trouve le champ véritable de sa politique, la folie de Charles VI assurant, à partir de 1392, son maintien définitif au pouvoir. Au tournant du siècle, les ambitions rivales de Louis d’Orléans, frère du roi, annoncent les prochains troubles civils.
Son goût du pouvoir se double de celui du faste. C’est un mécène entouré. Il ordonne, pour en faire le Saint-Denis des ducs de Bourgogne, la construction de la chartreuse de Champmol, où œuvre Claus Sluter.

 

Occupation française de Saint-Pierre-et-Miquelon - 1604
Si l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon n’est réellement occupé qu’en 1604, des contrats du début du XVIe siècle illustrent une présence de pêcheurs bretons dans ses eaux où Jacques Cartier demeura six jours, en 1536, au retour de sa 2e expédition canadienne.
Base des pêcheurs terre-neuvas français opérant depuis des navires d’environ 200 tonneaux, l’archipel vit de la préparation des morues séchées, souvent exportées vers les Antilles, et se peuple d’Acadiens après 1713.
Jusqu’au traité de Paris de 1814, les îles furent alternativement neuf fois françaises ou anglaises. Leur attachement à la France se marqua aussi bien pendant la période révolutionnaire qu’en 1905 où l’arrivée d’un consul britannique suscita des protestations. En 1941, le ralliement à la France libre fit l’objet d’un véritable plébiscite, prélude au nouveau statut des îles, devenues territoires d’outre-mer en 1946 puis départements d’outre-mer en 1976.

 

Le Parlement rétablit en France la Compagnie de Jésus
Janvier 1604

Renvoyés en 1594, les jésuites n’ont pas mis dix ans à rentrer en grâce puisque, dès 1603, des lettres patentes d’Henri IV leur ont permis d’avoir quatorze collèges. Bien que leur fondateur Ignace de Loyola soit mort depuis 1556, ils manifestent ainsi leur influence croissante alors que la création de l’ordre ne remonte qu’à 1540. En 100 ans, ils vont passer de 1000 à  15 000 membres et de 150 à 550 fondations où s’instruiront 150 000 élèves attirés par la réputation de leurs premiers collèges (Messine, 1548 ; Rome, 1551).
Leur longue formation sur une décennie les ancre dans leur siècle cependant que leur vœu spécial d’obéissance au pape les structure solidement. Ils sont aussi célèbres par leurs exercices spirituels et une doctrine de la grâce qui les opposera aux jansénistes et à Pascal qui les dénoncera dans ses Lettres provinciales.

 

Implantation du Carmel en France
octobre 1604

En 1598, l’Édit de Nantes met un terme à la guerre civile et la paix de Vervins à la guerre avec l’Espagne, et c’est au-delà des Pyrénées que ceux qui, à Paris, aspirent à ressourcer la spiritualité religieuse, vont trouver leur inspiration. C’est le cas de
Mme Acarie qui, issue de la noblesse de robe, aurait souhaité être religieuse, et de son cousin, Pierre de Bérulle, parent du chancelier Séguier, clerc séculier déjà directeur de conscience réputé. En 1601, Mme Acarie a une vision : Dieu l’a choisie pour introduire en France le Carmel réformé par Thérèse d’Avila. Sa flamme et sa position sociale, l’activité diplomatique de Bérulle, l’engagement de François de Sales, triomphent des réticences devant l’introduction de nouveaux ordres. Dès l’automne 1604, le nouveau Carmel parisien, marque du renouveau de la vie contemplative en France, essaime en de nombreuses fondations. Mme Acarie s’implique également dans l’essor des Ursulines, vouées à l’éducation des filles, qui feront en Nouvelle-France œuvre de pionnières.

 

L’Acadie passe sous domination britannique
1654

L’Acadie, clef du Saint-Laurent et des grands lacs, voies royales de l’expansion territoriale et commerciale, suscite des convoitises que ne connaîtront ni le Nouveau-Brunswick ni le Maine, enjeu entre la France et l’Angleterre.
La paix de Saint-Germain-en-Laye (29 mars 1632), rend à la France ses territoires d’Amérique sans apaiser les rivalités.
L’épisode de 1654 se greffe sur des conflits internes à la colonie, occasion saisie par l’amiral Sedgwick : parti vers la Nouvelle-Amsterdam (future New York) pour une expédition devenue caduque par la paix intervenue entre l’Angleterre et les Provinces-Unies, il se détourne vers l’Acadie. Le traité de Westminster (15 octobre 1655) reconnaît la possession de ces territoires à l’Angleterre, à quelques exceptions près, dont Port-Royal.
Les conflits ne s’interrompent pas pour autant et les traités se succèdent jusqu’au traité de Paris (10 février 1763), par lequel la France cède définitivement à l’Angleterre ses possessions en Amérique septentrionale.

 

Seize Académies structurent l’Instruction Publique 
14 juin 1854

Après la loi Guizot du 28 juin 1833 qui a développé l’instruction primaire, la loi Falloux du 15 mars 1850 a favorisé l’enseignement confessionnel. Le ministre Hippolyte Fortoul, s’il supprime les agrégations d’histoire et de philosophie, s’emploie à mettre à égalité les enseignements littéraire et scientifique (10 avril 1852). Puis il fixe les limites territoriales des Académies dans lesquelles les Recteurs, chanceliers des universités, vont s’appuyer sur les inspections départementales d’Académie.
S’il revient aux préfets de nommer ou révoquer les instituteurs communaux, les inspecteurs d’académies et leurs inspecteurs primaires contribuent à la scolarisation des garçons et des filles (respectivement environ 2,5 et 1,5 millions). Cependant, en 1863, on dénombrera encore comme non scolarisés près de 25% des 4 millions d’enfants de neuf à treize ans.

 

La politique anti-religieuse du gouvernement Combes 
1904

Après la loi de 1901 sur les associations et ses dispositions de combat1 contre les congrégations religieuses, piliers de la lutte anti-dreyfusarde, le gouvernement Combes entend renforcer la laïcisation de l’État. Après avoir affirmé à Tréguier que les établissements congréganistes sont des « foyers d’insurrection morale contre la République », il fait voter le 5 juillet 1904 la loi leur interdisant d’enseigner à partir du 3 janvier 1905, même s’ils disposaient d’autorisations.
Le pape Pie X, élu en août 1903, ne montrant pas la modération de Léon XIII qui avait prôné le ralliement des catholiques au régime légitime (Inter innumeras, 20 février 1892), la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican intervient le 30 juillet 1904 .
En décembre, est abrogé l’article 298 du Code civil interdisant le remariage d’un époux adultère divorcé ; dès le printemps, les crucifix ont été retirés des prétoires et les députés ont prévu la suppression, sur 10 ans, des écoles religieuses. Vingt-deux ans après la loi établissant la neutralité religieuse des programmes d’ enseignement, la marche vers la République laïque a repris vigoureusement.

 

Naissance de Jean Zay
4 août 1904

Fils de journaliste, né à Orléans, Jean Zay y fut avocat avant d’être élu, à 28 ans, député radical du Loiret. Sous-secrétaire d’État en janvier 1936, il fut choisi par Léon Blum, le 4 juin, comme ministre de l’Éducation nationale. Il garda son poste 39 mois et prit de multiples initiatives : allongement d’un an de la scolarité obligatoire, orientation professionnelle, droits des auteurs, création du centre national de la recherche scientifique.
Pour avoir fondé la phonothèque nationale, la réunion des théâtres nationaux, le festival de Cannes, les musées d’Art moderne et des arts et traditions populaires, Jean Zay apparaît comme le premier véritable ministre des Affaires culturelles.
En assassinant, le 20 juin 1944, ce républicain franc-maçon, la milice illustra la haine de l’État français pour l’œuvre du Front populaire.

 

Le premier Tiercé
22 janvier 1954

Le pari mutuel urbain, autorisé par l’État depuis avril 1930, est dynamisé par André Carrus avec des paris sur trois chevaux joués dans l’ordre ou le désordre. Après le premier record de gains (6,4 millions de francs pour 116 gagnants en 1957), le tiercé est popularisé par la télévision.
En dix ans, le montant des enjeux sur les courses (dont 80% joués au tiercé) atteint 4 415 millions de francs soit plus du double des sommes dépensées pour des achats de livres (2 087 MF) et à peine moins que les 5 064 MF consacrés aux achats d’autos. 70 % des fonds sont redistribués aux joueurs gagnants et 6 % à la filière hippique française.
En France, les loteries et paris sont considérés comme des ressources budgétaires au moins depuis un édit de François Ier du 21 mai 1539. Mais après le lancement du quarté en 1976 et du quinté plus en 1989, le tiercé ne représente qu’environ 11 % des 6,41 milliards d’euros d’enjeux du P.M.U. collectés par près de 8 000 guichets auprès de 6,5 millions de parieurs dont 40 % de femmes.

 

Terrorisme en Algérie
novembre 1954

Dans la nuit de la Toussaint 1954, une trentaine d’attentats simultanés sont commis dans les régions d’Alger, de Constantine et d’Oran. Ils sont revendiqués par le Front de libération nationale récemment créé par Hocine Aït Ahmed, Krim Belkacem, Ahmed Ben Bella et Mohamed Boudiaf. Le 6 novembre, François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, dénonce « les meurtriers et émeutiers (qui) ont dressé contre eux la force française (…). L’Algérie c’est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne ». Des années d’opérations de maintien de l’ordre commencent qui s’achèveront par les accords d’Évian et l’indépendance algérienne. En 1990, le président de la République dira : « Il a fallu une guerre de sept ans pour parvenir à ouvrir les esprits ».

Littérature et sciences humaines

Abbon de Fleury 
Orléans, vers 945 - La Réole, 13 novembre 1004

Offert dès l’enfance au monastère bénédictin de Saint-Benoît-sur-Loire (Fleury), il parfait ses connaissances à Paris, Reims et Orléans. De retour à Fleury, il enseigne, compose un traité de mathématiques et combat ceux qui annoncent la fin du monde pour l’an mil. Il est appelé par Saint Oswald, archevêque d’York, à prendre la direction de l’école abbatiale de Ramsay, d’où il aurait envoyé le « sacramentaire de Winchcombe » conservé à Orléans. Après son ordination, il regagne Fleury. Élu abbé en 988, il réclame l’indépendance des monastères vis-à-vis de tout pouvoir autre que celui du pape. Il contribue à l’élaboration de la doctrine sur le pouvoir pontifical, développe le thème de la tripartition fonctionnelle de la société et lutte contre le relâchement de la vie monacale. Il fait connaître ses réflexions en de nombreux écrits tant philosophiques que scientifiques ou religieux, faisant de Fleury un foyer de la vie intellectuelle de l’époque.

 

Le mémorial de Pascal
23 novembre 1654

L’événement le plus important de la vie religieuse et intime de Pascal, consigné sur-le-champ dans l’« écrit le plus extraordinaire qui soit sorti de [sa] plume », n’aurait été connu, si cet écrit à valeur à la fois d’attestation et d’engagement, de mémorial, n’avait été découvert à sa mort, cousu dans la doublure de son pourpoint. Il s’y trouvait en deux exemplaires, l’un sur papier, sans doute l’original, l’autre, sur parchemin, avec quelques variantes.
Par quelle expérience Pascal est-il passé durant cette nuit de 1654, qu’il a visiblement tenue pour le sommet de sa vie ? Ce fut une « nuit de feu » pour reprendre l’expression qui accorde une place capitale au signe du feu (le mot lui-même apparaît au centre du texte). Dans la symbolique biblique de Pascal, le feu est le symbole de Dieu, tel qu’il se manifeste à Moïse dans l’épisode du buisson ardent. Un Dieu qui se révèle pour ce qu’il est, un Dieu vivant, présent dans le cœur. Aussi bien, le feu divin est-il aussi chaleur, il fait naître l’émotion, l’amour, la joie, là où ne régnaient que sécheresse et froideur. Ce que Pascal éprouve c’est l’enthousiasme, au sens étymologique, marque tangible de ce qu’il appelle « conversion », point de départ d’une vie nouvelle inspirée par la résolution : « Oubli du monde et de tout hormis Dieu. »

 

Élie Catherine Fréron crée L’année littéraire -
1754

Célèbre par l’épigramme de Voltaire :
« L’autre jour au fond d’un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron

Ce fut le serpent qui creva »,

ancien élève des Jésuites, professeur à Louis-le-Grand, il ne tarde pas à se consacrer à la critique littéraire. Il lance en 1745 le périodique Lettres de la comtesse de … sur quelques écrits modernes, qui prend en 1754 la forme définitive de L’Année littéraire, et paraît par cahier tous les 10 jours, regroupés pour former huit volumes par an pendant 22 ans. Il y mène un combat acharné contre les Encyclopédistes, qui lui rendent bien son hostilité. Polémiste de talent, son recueil lui vaut l’aisance et la protection de Marie Lecksinska et du roi Stanislas. Si la postérité retient l’éclat de ses querelles plus que le contenu de ses écrits, il fut cependant sincère dans ses engagements au point de mourir de saisissement en apprenant, le 10 mars 1776, que le garde des sceaux supprimait le privilège de L’Année littéraire.

 

Charles-Nicolas Cochin, dit Cochin le fils, publie les Observations sur les antiquités d’Herculanum 
1754

Cet ouvrage de Charles-Nicolas Cochin, peintre, graveur et critique d’art, écrit en collaboration avec Jérôme Charles Bellicard (1726-1786), graveur et architecte, à qui l’on doit une grande partie des planches, est le premier qui accompagne d’illustrations la description des sites antiques bien que les découvertes d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748) aient été rapidement suivies de publications. Le voyage de Cochin, effectué sous l’égide de Mme de Pompadour, en compagnie entre autres de Soufflot, lui fournit l’occasion d’une œuvre où il peut pleinement exprimer ses réticences vis-à-vis de la profusion du style rococo et rocaille pour prôner la retenue et la discipline de l’Antique. Il jette ainsi les bases du style Louis XVI, dont la sobriété s’accompagne d’éléments décoratifs empruntés à l’Antiquité. L’exigence esthétique de clarté et de rationalité dont il se fait le héraut reflète l’évolution du siècle vers les philosophies des Lumières.

 

Pierre Claude Nivelle de la Chaussée - Paris, 1692 – 14 mars 1754
Neveu d’un fermier général, il dédaigne la fortune et se voue aux lettres. Pour donner au théâtre un genre nouveau, qui tînt à la fois de la comédie et de la tragédie, sans conflits princiers ni bourgeois ridicules, il écrit des œuvres alors baptisées « comédies larmoyantes », ce qui traduit combien ce mélange des genres choque les contemporains. Toutefois, un critique du temps apprécie : « Doit-on prescrire à l’art des limites, quand la nature n’en a pas ? ». Ses œuvres, telle Mélanide, 1741, que Fréron considérait comme un modèle du genre, veulent conduire à la vertu par l’émotion en montrant des personnages de condition honorable confrontés à des circonstances délicates. La Gouvernante (1747) s’inspire – fait divers réel – d’un magistrat qui répare sur sa fortune personnelle le préjudice qu’il a causé. Voltaire voyait en lui « un des premiers après ceux qui ont du génie ». En 1736, il est élu à l’unanimité à l’Académie française, et la postérité voit en lui l’un des pères du drame français.

 

Charles Seignobos
Lamastre, 1854 - Ploubazlanec, 1942

Issu d’un milieu protestant républicain, après l’École normale et un voyage d’études en Allemagne, il entame une brillante carrière universitaire à la faculté des lettres de Dijon, où il obtient son doctorat en 1883 en soutenant une thèse sur le régime féodal en Bourgogne.
Il ouvre alors un cours libre à la Sorbonne, et devient en 1898 le suppléant d’Ernest Lavisse ; il obtient en 1921 une chaire d’histoire politique des temps modernes. Pacifiste et dreyfusard, il fait valoir ses idées en les ancrant dans une perspective historique. Resté dans les mémoires comme l’auteur de manuels scolaires, il contribue à la publication de l’Histoire de France dirigée par Lavisse pour la période 1848-1914, et ses ouvrages personnels (L’Histoire de la civilisation (1884-1886), L’Histoire politique de l’Europe contemporaine (1897)) l’imposent comme le maître à penser de toute une génération d’historiens. Affirmant pour principe que « tout ce qui n’est pas prouvé doit rester provisoirement douteux », sa rigueur exclut tout ce qui peut prêter à des interprétations subjectives.

 

Gérard de Nerval publie Les Filles du Feu et Les Chimères
1854

Lorsqu’en janvier 1854, l’éditeur Giraud publie Les Filles du Feu, leur auteur est depuis août 1853 l’hôte de la clinique du Dr Blanche à Passy.
Pendant cette difficile période, il ordonne des œuvres parfois esquissées antérieurement en deux recueils qui accomplissent le sens de sa création, l’un de prose, Les Filles du Feu, l’autre de poésie, Les Chimères, dont le 1er sonnet, « El Desdichado », a été publié en décembre 1853 par Dumas, dédicataire des nouvelles, dans sa revue Le Mousquetaire.
De l’évocation, au fil des sept nouvelles des Filles du Feu, de la diversité des destins et des lieux : le Valois de son enfance, illuminé de nostalgie et d’histoire, l’Amérique, l’Allemagne, et, surtout, l’Italie, où le feu secret des volcans répond au flamboiement du soleil, à l’itinéraire spirituel des Chimères, où croyances et cultures apparaissent comme les multiples facettes d’un même diamant : l’univers, où « un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres », transparaît le cheminement personnel de l’écrivain.

 

Gabriel Tarde
Sarlat, 12 mars 1843 - La Roche-Gajeac, 12 mai 1904

Une vie très simple de notable de province « monté » à 53 ans à Paris, une fois rendu célèbre par ses écrits. On peut ainsi dépeindre Gabriel Tarde qui fut d’abord un humaniste à la manière du XIXe siècle, un juriste, le meilleur criminaliste de son temps, un philosophe adepte de Cournot et un sociologue. C’est à Sarlat où il est simplement juge d’instruction qu’il apprend à connaître, à interpréter les comportements humains en étudiant les délinquants et criminels qui se succèdent dans son bureau. Rendu célèbre par La criminalité comparée et La philosophie comparée tout autant que par ses démêlés avec Lombroso et l’école italienne de criminologie (il réfute la théorie du criminel né), il met en valeur le rôle de l’invention et de l’imitation dans les comportements individuels et collectifs. Nommé en 1893 directeur de la statistique judiciaire au ministère de la Justice, il termine ses jours couvert d’honneurs (Collège de France, Académie des sciences morales et politiques) tout en continuant à publier.

 

Le prix Nobel de Littérature attribué à Frédéric Mistral
1904

Trois ans après avoir décerné son premier Nobel de littérature à Sully Prudhomme, de l’Académie française – préféré à Tolstoï –, l’Académie suédoise couronne simultanément le dramaturge espagnol José Echegaray et Mistral que Lamartine avait salué dès 1859, à la parution de Mireille, comme un des chanteurs divins.
Proposé par les provençalistes d’Allemagne dès 1901, le fondateur du Félibrige (*) remercie le jury, le 23 novembre 1904, de l’effet incomparable qu’aura le prix « pour le salut et la glorification de notre langue de Provence ». Le 10 décembre suivant, Af Wirsén célèbre le vénérable vieillard de Maillane, la simplicité homérique de Mirèio et les monuments impérissables élevés à la lengo d’O.
En Mistral l’Académie distingue des travaux « d’une importance transcendante et consacrée par l’expérience », un homme « qui a voué toute sa vie à une idée, le relèvement et le développement des intérêts spirituels de son pays natal, sa langue et sa littérature ».
*. Qui fête ses 50 ans : voir la notice supra, p. 164-166.

 

Attribution du premier Prix Fémina
1904

En réaction au jury masculin du prix Goncourt, Mme de Broutelles crée, avec une vingtaine de collaboratrices du journal Fémina – jeune rival du Petit écho de la mode – le prix Fémina Vie heureuse. Un jury féminin est chargé de l’attribuer à une œuvre d’imagination et couronne Myriam Harry pour La conquête de Jérusalem. En 1905, Romain Rolland sera lauréat pour Jean-Christophe dont la publication en feuilleton est intervenue dès 1904 (*).
La parité hommes-femmes des lauréats a été globalement respectée sur le siècle et se retrouve dès la décennie 1904 à 1913 bien que trois lauréates soient élues sous pseudonymes masculins. En un siècle, les jurées (12 depuis 1951) ont distingué une future membre de l’Académie Goncourt (en 1958, F. Mallet-Joris) et deux des premières femmes membres de l’Académie Française (Marguerite Yourcenar, prix 1968 pour L’œuvre au noir ; Florence Delay, prix 1983 pour Riche et légère).
*. Voir supra la notice de B. Duchatelet, p. 170-171.

 

Les éditions Plon lancent la collection Terre Humaine - 1954
C’est avec le livre de Jean Malaurie, Les derniers rois de Thulé, que commence la collection Terre Humaine. De Claude Lévi-Strauss en 1955 à Margaret Mead en 1963, elle vise à faire connaître des sociétés et des coutumes en utilisant les enquêtes des anthropologues et des sociologues.
Si, du grand Nord à la forêt amazonienne et à l’Océanie, de nombreux titres concernent des peuples dont les modes de vie sont menacés par l’évolution du monde moderne, d’autres volumes s’attachent, dans la tradition de Georges-Henri Rivière, aux arts et traditions populaires de régions françaises.
Deux des grands succès de la série seront Le horsain, les souvenirs d’un curé du pays de Caux, Bernard Alexandre et surtout Le cheval d’orgueil de Per Jakez Hélias, ethnologie du pays bigouden. La collection, forte de 83 titres à la fin de 2003, a dû son succès à la curiosité pour des mondes en voie de disparition du fait des bouleversements écologiques, économiques et politiques du monde.

 

Fondation de la Fédération Nationale d’Achat des Cadres (FNAC)
1954

André Essel et Max Théret fondent la fédération nationale d’achat des cadres, dans l’intention de vendre des matériels variés, avec des rabais de 7 à 25 %, à travers cinquante magasins agréés. Ils consacrent au matériel photo une pièce de leur siège social avant d’ouvrir un premier magasin à Paris, en 1957.
Avec le développement de la consommation, la vente des produits bruns (téléviseurs, électrophones, magnétophones) constitue, avec les laboratoires d’essais, la base du succès de la FNAC. Elle deviendra, dans les années 70, le premier libraire de France avec des remises de 20 %, interdites en 1981 par la loi sur le prix unique des livres.
Dans sa chaîne de magasins avec expositions et débats, la FNAC, devenue un élément du groupe Pinault-Printemps-Redoute, est un acteur de la vie culturelle, fière d’une gamme de 32 000 produits techniques et de références pour 100 000 CD et 150 000 livres.

Arts

Pose de la première pierre du piédestal de la statue équestre de Louis XV
22 avril 1754

Commandée en 1748, la statue équestre du roi Louis XV doit être installée sur la future place de la Concorde. Elle doit être l’œuvre du sculpteur Edme Bouchardon, auteur dès 1730 d’un Louis XV en Apollon.
Premier prix de l’Académie en 1723, un an après son départ de Chaumont-en-Bassigny où il était né en 1698, Edme Bouchardon a passé neuf ans à Rome. Professeur épris de classicisme, il a bénéficié toute sa vie de grandes commandes dont celle pour l’église Saint-Sulpice de Paris où il acheva 10 des 24 sculptures prévues dans son contrat de 1734.
Dessinateur de l’Académie des inscriptions depuis 1737, sculpteur pour Versailles de groupes du bassin de Neptune (1736-1739) et d’un bas-relief destiné à la chapelle du château (1737-1747), Bouchardon disparut en 1762 et la statue équestre de Louis XV fut achevée par Jean-Baptiste Pigalle, son successeur désigné ; elle fut détruite en 1792.

 

Ouverture du cimetière du Père-Lachaise 
1804

En 1804, l’achat des 17 hectares de l’ancienne propriété du confesseur de Louis XIV permet la création de l’enclos de sépulture publique pour l’Est parisien prévu par un arrêté du préfet Frochot dès le
21 février 1801. L’architecte Brongniart conçoit des tombes au milieu d’un jardin à l’anglaise avec un mur d’enceinte pour déposer des cendres. Les cimetières du Nord et du Sud (Montmartre et Montparnasse) étant plus demandés, il n’y eut que 635 inhumations dans les dix ans qui suivirent.
Pour relancer le cimetière, l’installation de tombes illustres fut décidée : Héloïse et Abélard (novembre 1816), La Fontaine et Molière (mars 1817). L’inhumation de Beaumarchais, celles de Masséna et d’autres morts napoléoniens assurèrent le succès au point qu’il fallut faire cinq extensions jusqu’en 1850. Dans les 44 hectares de l’implantation définitive, on dénombrait 17 000 monuments en 1860. La partie ancienne du Père Lachaise a été classée en 1962.

 

Pierre Julien - Saint-Paulien, 20 juin 1731
Paris, 17 décembre 1804

Lauréat du grand prix de Rome en 1765, il y séjourne de 1768 à 1772 et croise Van Loo et Boucher. Rentré avec des moulages d’antiques qui nourriront son œuvre, il travaille avec son maître Coustou au mausolée du Dauphin et de la Dauphine à la cathédrale de Sens. Reçu à l’unanimité à l’Académie en 1778 avec comme morceau de réception son Gladiateur mourant (1779), il reçoit des Bâtiments du roi des commandes pour la série des « grands hommes de la France » (on lui doit La Fontaine et Poussin). La grande occasion de montrer son génie s’offre en 1785, par la commande des sculptures destinées à la laiterie de la reine à Rambouillet, conçue par Hubert Robert. Doué d’un sens de l’observation et d’un goût de la nature qui adoucissent la veine antique de son inspiration, on vante la « beauté ravissante, le rendu et l’exécution superbe, [des] formes [qui] tiennent beaucoup de l’Antique… » Ses œuvres les plus significatives sont conservées au musée du Louvre et au musée Crozatier du Puy-en-Velay.

 

Lucien Coutaud
Meynes
13 décembre 1904 - 21 juin 1977

Artiste dont le talent va des marges du surréalisme à la redécouverte des lumières de l’impressionnisme, la rigueur de son dessin trouve son accomplissement dans son œuvre de graveur. Sa peinture met en scène sa mythologie personnelle, imprégnée d’érotisme et de merveilleux, où des personnages ciselés par la précision déchiquetée du trait rappellent sa formation initiale d’orfèvre. Son registre, tantôt poétique, tantôt tourmenté, reflète sa sympathie pour Robert Desnos, Paul Éluard ou Kafka. Son approche du corps, qui le désarticule pour en sonder le mystère, en fait un exceptionnel décorateur de théâtre : ses collaborations avec Claudel, Giraudoux, Dullin ont marqué l’histoire de la scène.
Auteur de cartons de tapisseries, membre fondateur du Salon de Mai, professeur à l’ENSBA de 1964 à 1975, son œuvre est particulièrement bien représentée à la BnF (département des arts du spectacle), dans les musées de Nîmes, et le musée national d’art moderne s’enorgueillit d’avoir reçu en donation « L’escalier de mademoiselle Phèdre ».

 

Antonin Dvorák 
Nelahozeves (Bohême), 8 septembre 1841 - Prague, 1er mai 1904

Connu du grand public pour sa « Symphonie du Nouveau Monde » (n° 9), symptomatique de l’œuvre en ce qu’elle associe une écriture classique et des thèmes populaires, Dvorák, violoniste et organiste avant d’aborder la composition, est remarqué par Brahms. Sa carrière le mène de Prague et des capitales européennes à la direction du conservatoire de New York (1892-1895) avant de revenir dans son pays natal. Son œuvre-phare ne doit pas éclipser une création variée dont la musique de chambre constitue la meilleure part : trios et quatuors à cordes d’un lyrisme discret, concertos d’une ampleur souveraine. Ses œuvres vocales ont, à l’exception de son opéra La Roussalka, moins bien supporté l’épreuve du temps. Admirateur de Mozart et de Schubert tout en restant fidèle aux airs folkloriques et aux légendes de son enfance, la rigueur de son écriture musicale s’allie à la fraîcheur et à la sensibilité de ses lignes mélodiques.

 

Aristide Bruant crée « à la Bastille ! »
1904

C’est l’année où il est admis dans la Société des gens de lettres que le chansonnier populaire Aristide Bruant crée la chanson Nini-Peau-d’Chien dont le refrain « à la Bastille » est resté célèbre.
Né à Courtenay le 6 mai 1851, expéditionnaire aux chemins de fer du Nord en 1875, il a été applaudi dans les cabarets les plus connus comme Le Chat Noir et Le Lapin Agile. Au faîte de sa renommée, l’ancien propriétaire du Mirliton dirige l’Époque, boulevard Beaumarchais.
Auteur de chansons pour Paulus et Yvette Guilbert, immortalisé avec écharpe rouge et chapeau noir grâce à Toulouse-Lautrec, Bruant a chanté le peuple pittoresque de Paris, le Montmartre canaille et sa rue Saint-Vincent, la Goutte d’or et Ménilmontant.
Premier à exprimer « le pathétique de la crapule » selon Anatole France(*), l’auteur de Les Bas-Fonds de Paris et L’argot au XXe siècle, est tenu pour un précurseur de Céline.
(*)Sachant qu’il considérait sans haine et « comme des infirmes », les gens faisant le mal, des journalistes l’appelèrent parfois « chantre de la crapule » : cf. célébrations nationales 2001, p. 117.

 

Mireille proposée pour enseigner la Chanson au Conservatoire - 2 mars 1954
L’officiel du spectacle du 2 mars 1954 publie un papier d’humeur de Sacha Guitry déplorant que le Conservatoire ne confie pas à Mireille un enseignement du chant pour celles et ceux « qui piaillent vainement ». Avec l’appui du directeur de la radio Paul Gilson et du directeur de France IV Jean Tardieu, Mireille va choisir de créer un petit conservatoire de la chanson. Ses débuts officiels auront lieu, avec le concours de Jacqueline Joubert, au 37, rue de l’Université, dans le studio 38 du club d’essai de la Radio-Télévision-Française, le dimanche 18 mai 1955*.
* On trouvera donc l’article sur le petit conservatoire dans la brochure 2005 des célébrations nationales.

 

Sciences et techniques

Henri IV décide le creusement du canal de Briare
1604

Si la Fossa Mariana, creusée entre Arles et la mer en 104 avant J.-C., peut être considérée comme le premier canal de la future France, le canal de Briare est le premier canal de jonction entre les bassins de la Seine et de la Loire, via le Loing et la Trézée.
Conçu par H. Cosnier, il est le premier canal dont le bief de partage soit alimenté par une source, indépendamment des fleuves mis en communication. Il bénéficia des écluses à sas perfectionnées par Léonard de Vinci, dans ses dessins du Codex atlanticus, à la fin du XVe siècle.
Creusé à partir de juin 1605 par près de 12 000 terrassiers, bénéficiant à Rogny d’une échelle de sept écluses pour franchir une colline de plus de 30 mètres, il fut ouvert à la navigation en 1642 alors que le chantier espagnol de la Fossa Eugenia, entre Rhin et Meuse, avait été stoppé dès 1628.

 

Bernard, Germain, Étienne de Laville, comte de Lacépède publie son Histoire des cétacés
1804

C’est déjà parvenu au faîte de sa carrière scientifique et politique, sa passion pour la musique passée au second plan depuis belle lurette, que Lacépède publie son Histoire des cétacés, prolongement direct de son Histoire naturelle des poissons (1798-1803). Lié avec Jussieu, Lavoisier, Franklin, collaborateur de Buffon qui se cherchait un successeur, titulaire avec Lamarck de la 3e chaire de zoologie au Muséum d’histoire naturelle, celle des reptiles et des poissons, créée pour lui après la Terreur, il inaugure dans ces deux ouvrages des idées novatrices qui annoncent le transformisme, dont Lamarck ne jettera les bases qu’en 1809, et plus loin encore, les théories de Darwin, dans des réflexions telles que : « Sachons voir ce qui sera dans ce qui a été et, par une pensée hardie, créons pour ainsi dire l’avenir en portant le passé au-delà du point où nous sommes »

 

Le développement des chaussées en asphalte
1854

Si le Second Empire est l’âge des chemins de fer, l’immense effort d’équipement du pays se perçoit aussi dans le domaine routier. Sur l’initiative de P. Mérien, des revêtements d’asphalte, déjà utilisés sur des trottoirs parisiens, se développent sur les chaussées ; ils s’y substituent surtout aux pavés de grès.
Le noir de l’asphalte – un brai de pétrole – devient, aux yeux d’écrivains comme Maupassant, une des couleurs des villes et le signe de leur modernité.
Le réseau routier français, doté d’un corps de cantonniers en 1852, équipé de bornes kilométriques à partir de 1853, comportera 38 500 kilomètres de routes classées en 1870 ; les premiers essais de goudronnage y commenceront en 1904 pour remplacer le macadam, invention écossaise faite de trois couches de pierre et graviers compressés sur sol bombé.

 

Inauguration de la faculté des lettres et des sciences de Douai
1854

Ville florissante depuis le Moyen Âge, centre intellectuel et religieux depuis que Philippe II d’Espagne y créa une université inaugurée en 1562, ville militaire et parlementaire depuis 1714 après son rattachement à la France par le traité d’Aix-la-Chapelle (1668), Douai voit son université supprimée par la loi du 25 février 1795. Rétablie en 1808 quand Napoléon Ier crée l’Université impériale, elle est à nouveau supprimée sous la Restauration, puis rétablie par Napoléon III en 1854. Sur décision impériale, Pasteur (1822-1895) en est nommé doyen, en raison de l’importance de ses recherches, bien qu’il ne soit pas un universitaire. La ville lutte pour maintenir son statut de grand centre régional vis-à-vis de la nouvelle capitale, Lille, et réussit à conserver la Cour d’appel installée depuis 1804 et l’École des mines instituée en 1878 ; le 7 novembre 1991, un décret y a établi un pôle universitaire juridique, rattaché à l’université d’Artois

 

Henri Sainte-Claire Deville met au point un procédé de préparation industrielle de l’aluminium par électrolyse
1854

L’aluminium est dérivé de la bauxite, minerai dont Pierre Berthier découvre en 1821 un important gisement aux Baux-de-Provence. En 1854, Henri Sainte-Claire Deville met au point un procédé de fabrication par électrolyse recourant à l’usage du sodium et non plus du potassium qui permet une production plus importante. L’aluminium n’en reste pas moins rare et précieux, utilisé principalement en orfèvrerie et horlogerie. Le 1er métal ainsi obtenu sert à forger des couverts pour Napoléon III, qui accorde au chimiste son soutien financier pour ouvrir une usine expérimentale à Salindres (Gard). Il présente de l’aluminium pur à l’Exposition internationale de Paris en 1855.
Sainte-Claire Deville, professeur de chimie à la faculté des sciences de Paris en 1853, membre de l’Académie des sciences en 1861, jette ainsi les jalons d’un secteur essentiel de l’économie française, des industries alimentaires et pharmaceutiques aux transports, en passant par le bâtiment et les équipements sportifs.

 

Auguste et Louis Lumière mettent au point la plaque autochrome
1904

Les frères Lumière présentent à l’Expositon universelle de 1900 des épreuves de la photographie en couleurs rêvée dès les 1res recherches de Niepce. En 1904, Louis Lumière publie dans un message à l’Académie des sciences le procédé de la plaque autochrome : disposer sur une plaque de verre un réseau de grains de fécule de pomme de terre, recouvert de gélatino-bromure d’argent comme pour une photographie en noir et blanc, puis d’une superposition de filtres orangé, vert et violet, que la lumière traverse avant d’atteindre la couche sensible. Les grains ainsi colorés forment une image quasi impressionniste.
La production industrielle commence en 1907 et, jusque dans les années 30, ce procédé reste le seul procédé de photographie en couleurs à s’imposer sur le marché.
La plus impressionnante collection est due à Albert Kahn qui, à partir de 1909, envoie ses collaborateurs photographier dans le monde entier pour constituer les « archives de la planète ».

 

Paul Sabatier
Carcassonne, 5 novembre 1854 - Toulouse, 14 août 1941

Préparateur de Berthelot au Collège de France (1878) après avoir été l’élève de Sainte-Claire Deville à l’École normale supérieure, il enseigne à l’université de Bordeaux puis, avant d’en devenir en 1905 le doyen, à celle de Toulouse, à laquelle il reste fidèle malgré des offres flatteuses.
Ses travaux portent sur la chimie des sulfures, l’étude des séléniures et les oxydes d’azote qui jouent un rôle charnière entre ses recherches en chimie physique minérale et ses travaux sur la catalyse hétérogène qui lui vaudront, en 1912, le prix Nobel de chimie.
Resté à l’écart de l’événementiel, il marque l’histoire de la chimie par son apport à la classification des éléments, ses prises de position sur la thermochimie et la mise au point de procédés dont on explore encore les potentialités.

 

Le vaccin contre la poliomyélite
1954

C’est en 1954 et 1955 que les professeurs Salk et Lépine mettent au point, aux États-Unis et en France, les premiers vaccins contre la poliomyélite. La vaccination contre la polio deviendra obligatoire en France en 1964 évitant une multiplication de graves infirmités.
La maladie ne sera considérée comme disparue du continent européen qu’en 1999, deux ans après son éradication du Pacifique Sud et sept ans après l’observation au Pérou du dernier cas américain.
L’organisation mondiale de la santé considère qu’il n’y a plus d’endémie que dans
23 pays, dont 6 en Asie et 17 en Afrique. La communauté européenne participe aux campagnes de vaccination auxquelles contribue le groupe français Aventis-Pasteur.

 

Oléoduc Le Havre
Paris
1954

Né en 1863 aux États-Unis, le pipeline fut utilisé par les militaires américains entre la Grande-Bretagne et Cherbourg dès août 1944. À l’automne, un autre PLUTO (pipe line under the ocean) débitait à Boulogne 3 500 tonnes de pétrole par jour cependant que les camions alliés brûlaient quotidiennement 756 000 litres d’essence.
En 1954, la TRAPIL – société des transports pétroliers par pipeline – mit en exploitation un oléoduc à partir du Havre pour fournir en carburants la région parisienne. Aux 240 kilomètres de ce premier oléoduc civil de 25 centimètres de diamètre, se sont ajoutés quelque 5 000 kilomètres de canalisations civiles traitant, pour la France, près de 25 millions de tonnes de pétrole.

 

L’emploi en cuisine des revêtements anti-adhésifs
1954

Découvert le 6 avril 1938 par le chimiste américain Roy Plunkett, le polytétrafluoroéthylène est plus connu sous le sigle PTFE et comme le Téflon, marque déposée de Dupont de Nemours. Ce revêtement anti-adhésif a une résistance mécanique élevée et une grande inertie chimique et thermique permettant son utilisation à 260° C. Il s’est révélé imperméable à l’eau et aux graisses, immunisé contre les assauts des bactéries, champignons et moisissures ; son application sur apprêt au métal d’ustensiles de cuisine a permis l’évolution des cuissons.
C’est en 1954 que ce polymère fluoré commence à être utilisé sur des fonds de poêles préludant à la vogue de la cuisine sans graisses ajoutées. Le développement des connaissances sur le caractère cancérigène des graisses cuites et les évolutions de la diététique ont contribué à son développement.