Leon Battista Alberti

Gênes, 14 février 1404 – Rome, 19-25 avril 1472

Autoportrait, en bronze, recto
1432–1433 ou 1438 ca
Paris, BnF, cabinet des médailles, monnaies et antiques
© cliché Bibliothèque nationale de France

Alberti est à la fois une figure emblématique de l’aventure intellectuelle et artistique du Quattrocento et un acteur singulier de ce qu’il conviendrait d’appeler la révolution humaniste. Ses écrits et ses réalisations architecturales ou artistiques, tout en contribuant de manière déterminante à faire de la Renaissance ce qu’elle fut, ouvrent des champs que celle-ci a délaissés ou qu’elle n’a entrepris de labourer que tardivement.

 

Fils naturel mais reconnu de l’exilé florentin Lorenzo degli Alberti († 1421) et de la « belle et noble veuve » génoise Bianca Fieschi († 1406), il a surtout vécu entre le nord et le centre de l’Italie actuelle : en particulier à Venise et à Padoue (où il fréquenta la célèbre école de Barzizza), puis à Bologne (dont l’université le fit en 1428 docteur en droit) et à Rome (où il entra vers 1431 au service de la Curie) ainsi qu’à Ferrare et, notamment entre 1434 et 1443, à Florence.

 

Extrêmement riche et variée, son œuvre écrite s’articule pour l’essentiel autour de trois grands axes renvoyant à trois modes distincts mais complémentaires d’acquisition de la connaissance, trois modes qui correspondent naturellement à trois formes d’écriture distinctes : le traité, le dialogue et le lusus (ou ludus), qui traduisent et illustrent autant d’attitudes fondamentales de l’intellectuel tel qu’Alberti le conçoit et le définit. Si le dialogue et le traité sont en soi, chez lui, des formes « constructives », alors que le ludus est avant tout « réactif », chacune de ces trois formes correspond à un univers particulier. Le traité, pourrait-on dire, appartient au monde sensible de la nature, d’une nature organisée selon des lois et des règles exactes, accessibles à une connaissance qui, du De pictura au De re aedificatoria et du De statua ou De cifris en passant par la brève grammaire De la langue toscane et par une Descriptio urbis Romae, non moins originale, apparaît précise et virtuellement exhaustive. De son côté, le monde du dialogue est celui des opinions et des expériences de chacun, celui des données subjectives dont l’intelligence présuppose une enquête qui, du De familia au De iciarchia, se fait « en commun », dans un cadre social. Enfin, des Intercenales au Momus et au-delà, le ludus relève de la face cachée des deux premiers mondes, de cet espace où les certitudes scientifiques perdent de leur sens et les diverses constructions des opinions (dialogue) ou des sensations (traité) s’écroulent et sont tournées en dérision.


Dans la seconde partie de sa vie, à partir surtout de son retour à Rome en 1443, Alberti approfondit ses intérêts techniques et artistiques et intensifie son activité architecturale. Ses contacts avec le patricien florentin Giovanni Rucellai ainsi que son intervention dans le programme « religieux » de celui-ci remontent toutefois, probablement, aux années 1439-1442 ; ils conduiront notamment à la réalisation de la façade de Santa Maria Novella (terminée en 1470) et à la conception de la loge et de la façade du palais de Via della Vigna ainsi que de celle de la chapelle Rucellai (1467) dans l’église, aujourd’hui désaffectée, de San Pancrazio. Vers 1470, toujours à Florence mais exécutant une commande du marquis Ludovic Gonzague, Alberti œuvrera aussi pour la tribune de la Santissima Annunziata, qui ne sera achevée qu’en 1477. Pour ce même seigneur, il avait à cette date déjà conçu l’église de San Sebastiano à Mantoue et allait -l’année suivante (1471) fournir les dessins pour celle de Sant’Andrea, toujours à Mantoue. Entre-temps, il avait projeté pour Sigismondo Pandolfo Malatesta le célèbre Temple de Malateste de Rimini, dont les travaux (1450 à 1468), confiés sur place à Matteo dé Pasti, seront interrompus par la mort du commanditaire. Il ne reste pratiquement aucune trace des autres projets et des éventuelles interventions architecturales d’Alberti à Ferrare (notamment pour le clocher de la cathédrale), à Urbino (dans le palais ducal) ou à Rome (dans l’ambitieux programme urbaniste de Nicolas V). Mais ces réalisations, dont le Sant’Andrea et le Temple de Malateste représentent indiscutablement les chefs-d’œuvre, suffisent à faire de lui le plus grand – peut-être à côté de Brunelleschi – des architectes de la Renaissance.

 

Francesco Furlan
directeur de recherche
à l’université de Paris VIII et CNRS