Jean-Jacques Régis Cambacérés

Montpellier, 18 octobre 1753 - Paris, 8 mars 1824

"autographe de Cambacérés
et son portrait d'une ressemblance parfaite"
aquarelle anonyme sur une lettre
Archives de la Banque de France
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Le Conventionnel
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Il naît le 18 octobre 1753 au sein d’une famille d’ancienne noblesse de robe montpelliéraine. Après des études de droit, homme des Lumières, libertin et franc-maçon, mais aussi Pénitent blanc, il entre à la Cour des comptes du Languedoc. Il s’engage politiquement dès 1772.

 

Il est élu président du tribunal criminel de l’Hérault en 1791, puis député à la Convention dont il dirige le comité de législation. Il ne vote pas la mort du roi. En août 1793, il présente un projet de Code civil novateur, qui est balayé par la Terreur. Fin 1794, un deuxième projet est à peine discuté car, Robespierre renversé, Cambacérés accède au gouvernement et doit faire face à la guerre tant aux frontières qu’à l’intérieur du pays.

 

Cambacérés veut la paix, contacte les cours d’Europe et obtient la reconnaissance de la République, malgré l’Angleterre et l’Autriche. Mais ses efforts, secondés par ceux de Carnot et Sieyès, ne peuvent maintenir un état de droit à l’intérieur du pays.

 

Sous le Directoire, député au Conseil des Cinq Cents, Cambacérés présente en vain un 3e projet de Code civil. Non réélu en 1797, il crée avec succès un cabinet juridique et fiscal.

 

Après Brumaire, Bonaparte lui offre d’être son second. Cambacérés utilise son expérience politique et ses liens avec les milieux économiques pour consolider le régime et aider le Premier consul à mener les réformes nécessaires à la naissance d’une France nouvelle. Cambacérés dirige le Conseil d’État dont il fait l’atelier des lois : le Code civil est enfin voté en 1804. Il crée l’organisation judiciaire.

 

Bien qu’il se soit opposé à l’empire héréditaire, il en est nommé archi-chancelier par Napoléon, qu’il remplace lors de ses absences longues et fréquentes. Cambacérés poursuit l’œuvre législative : codes de commerce, pénal, de procédure, etc. ; administrative : création de la Cour des comptes ; judiciaire : réforme de 1810 et statut des avocats. Dans le souci de restructuration de la société, il patronne les obédiences maçonniques et la gestion d’une noblesse originale. Napoléon lui fait confiance et le couvre d’honneurs. Grimod de la Reynière le déclare prince des amphitryons.

 

En 1809, Napoléon veut amender la constitution. Cambacérés diffère jusque fin 1813, évitant un retour durable à l’absolutisme en France. Il se retire lorsque l’Empereur renvoie le Corps législatif. Napoléon lui confie néanmoins sa famille. Cambacérés est fidèle, revient aux Cent-Jours puisque Napoléon revient à la constitution. En 1816, fuyant la Terreur blanche, il se réfugie en Belgique. Rentré à Paris en 1818, il écrit ses Mémoires et meurt le 8 mars 1824.

 

Discrédité par les royalistes qui craignent ses révélations et désavouent ses opinions politiques, il est occulté par les bonapartistes qui ne peuvent reconnaître ses mérites sans relativiser ceux de leur héros. Les moralistes du XIX e siècle étouffent ses positions sur le divorce, l’adoption, les droits des enfants naturels. Le lynchage médiatique de 1814 est repris par les historiens jusqu’à la découverte récente d’archives qui éclairent le rôle essentiel de ce Père fondateur de notre France moderne.

 

Laurence Chatel de Brancion
docteur en histoire