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Léonard de Vinci

Vinci, 15 avril 1452 - Château du Cloux (auj. manoir du Clos-Lucé), près d'Amboise, 2 mai 1519

Autoportrait Turin,
Bibliothèque royale, s.d. © AKG Paris

La Vierge à l'enfant avec Sainte Anne
Paris, Musée du Louvre
© AKG Paris

Léonard de Vinci miroir profond et sombre où des anges charmants, avec un doux souris tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre des glaciers et des pins qui ferment leur pays

 

Léonard de Vinci, l'un des phares de l'humanité selon le célèbre éloge de Charles Baudelaire, fils naturel d'un jeune notaire, Piero, et de Caterina, fille de paysans, naquit le soir du 15 avril 1452 vers 22h30 dans le bourg de Vinci, à une trentaine de kilomètres de Florence. Il mourut le 2 mai 1519 à Cloux - non pas dans les bras de François 1er, selon une tradition qui remonte à Giorgio Vasari - et fut inhumé dans l'église Saint-Florentin d'Amboise.

 

Il se forma à Florence dans l'atelier de Verrocchio, orfèvre, sculpteur et peintre, avec qui il collabora à la réalisation du Baptême du Christ (Florence, Offices). Dans ces années de jeunesse, Léonard réalisa les célèbres études de draperies peintes à la grisaille sur toile dont le Louvre possède six exemplaires. " La draperie doit être arrangée de manière à ne pas sembler inhabitée, c'est-à-dire qu'elle ne paraisse pas être un amas de draps déposés par le porteur " ; sa finalité " est d'habiller et d'envelopper avec grâce les membres qui les portent ", écrivit-il dans son Traité de la peinture.

 

Héritier de la grande tradition du naturalisme florentin, se méfiant des pures spéculations philosophiques, Léonard s'intéresse tout particulièrement aux sciences empiriques. Dans le domaine de la peinture, il atteint une sorte de " naturalisme universel " appris dans l'atelier de son maître et perfectionné au contact de la peinture flamande. Dans les œuvres de la première période florentine, l'artiste atteint un équilibre parfait entre personnages et nature : du Portrait de Ginevra de Benci (Washington, National Gallery) peint vers 1474-1476, à l'Annonciation (Florence, Offices) réalisée vers 1472-1475. Dans ce tableau, le profil de l'ange qui se détache sur le fond sombre des feuillages est défini par un rapport très subtil entre l'ombre et la lumière et fait preuve d'une extraordinaire diffusion des contours (sfumato) qui caractérisera toute sa production picturale.

 

Esprit de génie infatigable, Léonard se rend à Milan au service de Ludovic le More de 1482 à 1499 : il y réalise le projet d'un colossal monument équestre en bronze, des décors de fêtes, sans jamais abandonner l'art de la peinture. Naissent ainsi une série de chefs-d'œuvre : le Portrait d'un musicien vers 1485-1490 (Milan, Pinacoteca Ambrosiana), le Portrait d'une dame de la cour de Milan dit à tort " La Belle Ferronnière ", vers 1495-1500 (Paris, Louvre), tous deux peints selon un goût cher à la tradition lombarde, le Portrait de Cecilia Gallerani dit " La Dame à l'hermine ", vers 1489-1491 (Cracovie, musée national) et la Vierge aux rochers commandée en 1483 par la Confrérie de San Francesco Grande, dont on connaît deux versions (Louvre et Londres, National Gallery).

 

Hormis ces tableaux de chevalet, Léonard peignit entre 1495 et 1497, pour les dominicains de Santa Maria delle Grazie, la Cène où il sut " exprimer le trouble des Apôtres, anxieux de savoir qui trahissait leur maître " selon le témoignage de Vasari. Ce chef-d'œuvre fut aussitôt célèbre et souvent copié. Vasari rapporte que Louis XII avait tenté de faire détacher du mur la Cène pour la transporter en France : c'est le début de la fortune française de Léonard. Ce roi se porta acquéreur de la première version de la Vierge aux rochers et probablement de la Belle Ferronnière.

 

Au moment de l' invasion du Milanais par le roi de France Louis XII, Léonard passe par Mantoue (décembre 1499-début 1500) où il réalise le Portrait d'Isabelle d'Este (Paris, Louvre). Après un bref séjour à Venise, il est de nouveau à Florence où il reste jusqu'en 1506-1508 : la Seigneurie lui commande une fresque qui devait représenter la bataille d'Anghiari pour la salle du Grand Conseil du Palazzo Vecchio. À Florence, il rencontre le terrible Michel-Ange à qui la Seigneurie avait commandé la bataille de Cascina pour la même salle, et le jeune Raphaël qui ne resta pas insensible à la peinture du maître de Vinci. Dans la cité toscane, il commence quelques chefs-d'œuvre qui le suivirent jusqu'à son installation en France : la Vierge à l'Enfant avec Sainte Anne destinée au maître autel de l'église de la SS. Annunziata, le Saint Jean-Baptiste en Bacchus et le très célèbre Portrait de Lisa Gherardini dite La " Joconde ", tous acquis par François 1er en 1518 et aujourd'hui conservés au Louvre.

 

La Joconde, dominée par une parfaite symbiose entre personnage et paysage, représente le manifeste de sa théorie dans le domaine du portrait : " le bon peintre a essentiellement deux choses à représenter : le personnage et l'état de son esprit ".

 

Après un nouveau séjour à Milan, Léonard passe en 1513 au service du cardinal Giuliano de Médicis, neveu du pape Léon X, en compagnie de Salaì et de Francesco Melzi. À Rome, il retrouve le "divin" Raphaël au sommet de sa carrière, Michel-Ange mais aussi Bramante, Baldassarre Peruzzi et Sebastiano del Piombo.

 

En 1517, Léonard accepte l'invitation du roi de France François 1er et s'installe à Cloux près d'Amboise en compagnie de Salaì et de Francesco Melzi. Nommé " premier peintre du roi ", il touchait une pension de 2000 livres par an, somme très élevée qui témoigne de la renommée de son talent.Le cardinal Luis d'Aragon lui rendit visite le 10 octobre 1517 ; son secrétaire Antonio de Beatis, qui nous a laissé une page célèbre de cette rencontre, écrivit : " Notre maître se rendit avec nous tous dans un faubourg voir messire Léonard de Vinci, un vieillard de soixante-dix ans, le peintre le plus célèbre de notre temps.Il montra au cardinal trois tableaux : le portrait d'une dame florentine […] ; un Saint Jean-Baptiste enfant et la Madone avec l'Enfant assis sur les genoux de sainte Anne. Trois ouvrages absolument parfaits. Mais on ne peut plus attendre de belles choses venant de sa main : il a la main droite paralysée ".En effet, Léonard n'a guère peint à la fin de sa vie en France : il s'est consacré à la conception de canaux, à des projets architecturaux et à l'organisation des fêtes royales. Comme nous l'avons déjà signalé, ces trois tableaux, aimés par le peintre plus que toute autre chose, furent achetés par François 1er en 1518 et intégrèrent ainsi les collections royales où se trouvaient la Vierge aux rochers et la Belle Ferronnière, acquises auparavant par Louis XII.

 

Si la fortune de Léonard en France commence bien avant son installation, le XIXe siècle français a beaucoup regardé l'œuvre et la vie de Léonard : de Stendhal à Ingres, un mythe autour de Léonard de Vinci s'est créé.Le peintre toscan fait désormais partie de l'histoire nationale : il devient le manifeste du mécénat royal de François 1er ; celui-ci aurait assisté le maître jusqu'à sa mort (Ingres, La mort de Léonard de Vinci dans les bras de François 1er, 1817, Paris, Musée du Petit Palais).

 

À la fin du siècle, l'historiographie française s'est définitivement emparée de la figure de Léonard pour le naturaliser. André Suarès dans son Voyage du Condottiere écrit : " De tous les Italiens, il est le seul universel : et le plus vaste esprit entre tous.D'ailleurs, comme Virgile, en dépit de son poème national, est le moins romain des poètes latins, Léonard est moins Italien qu'un autre. Ce n'est point sans raison qu'il ne peut se fixer à Florence où il est né, ni à Milan où le prince l'emploie […]. On ne doit pas au hasard que Léonard ait fini de vivre en France, plus honoré, plus goûté, mieux compris que partout ailleurs.Si la France avait eu un génie universel qui fût artiste, il eût été plus semblable à Léonard qu'à personne ".

 

Gennaro Toscano
maître de conférences à l'université de Lille 3
conseiller scientifique de l'École nationale du Patrimoine