Aristide Aubert Dupetit-Thouars

Château de Boumois, près de Saumur (Maine-et-Loire), 31 août 1760 – Aboukir (Égypte), 1er août 1798

Bataille navale d’Aboukir où, le 2 août 1798,
le capitaine Dupetit-Thouars trouve la mort sur son vaisseau, Le Tonnant
Gravure colorisée (XIXe siècle)
© Musée national de la Marine

Issu d’une famille de vieille noblesse, il entre à 9 ans au collège militaire de La Flèche. L’esprit enfiévré par la lecture de Robinson Crusoé, il fugue plusieurs fois pour se faire engager comme mousse mais, rattrapé, il finit ses études à l’École royale militaire à Paris (octobre 1775). Sorti dans le régiment de Poitou, il pose en vain sa candidature à participer au troisième voyage de Cook. Il obtient de quitter l’armée pour assumer sa vocation maritime, réussit brillamment le concours d’admission aux gardes-marine à Rochefort (février 1778) et prend part aux principaux combats de la guerre d’indépendance américaine. Lieutenant de vaisseau (1786), il effectue des travaux hydrographiques dans l’archipel grec et en mer de Marmara. Sitôt connue la disparition de La Pérouse, il organise une expédition de recherche et ouvre une souscription. En décembre 1791, l’Assemblée nationale lui octroie 10 000 francs tout en déclarant l’entreprise nationale. Louis XVI souscrit pour la même somme et fait Dupetit-Thouars chevalier de Saint-Louis. La souscription n’ayant pas donné les fonds suffisants, Dupetit-Thouars vend ses biens et ceux de sa famille. Le 6 septembre 1792, il appareille sur le Diligent, un chasse-marée de 52 tx, avec 32 hommes. Aux îles du Cap-Vert, il porte secours à 40 Portugais et fait distribuer des vivres aux habitants de Saint-Nicolas souffrant de disette, mais son équipage décimé par une épidémie le contraint à faire escale dans l’archipel brésilien de Fernando de Noronha. Arrêté, son bâtiment pillé et perdu, il est emprisonné à Lisbonne jusqu’en avril 1793. Entre-temps, promu capitaine de vaisseau, il a été destitué comme noble, aussi gagne-t-il les États-Unis. Pendant trois ans, il recherche le passage du Nord-Ouest. Rentré en France en février 1796, il est réintégré dans la marine. Promu chef de division, il prend en mai 1798 le commandement du Tonnant affecté à l’expédition d’Égypte. En rade d’Aboukir, il s’efforce vainement de convaincre Brueys d’appareiller au lieu d’attendre au mouillage l’attaque de la flotte anglaise de Nelson. Craignant le pire, il fait clouer son pavillon sur le mât pour signifier son refus de se rendre. Une fois la bataille engagée le 1er août, le Tonnant livre un duel à bout portant avec trois vaisseaux anglais. Blessé au pied, amputé, Dupetit-Thouars enfonce sa jambe dans un baril rempli de son. Il expire à son banc de commandement sans avoir vu le Tonnant amener son pavillon ni la flotte française subir un désastre. Ainsi meurt à 38 ans cet homme hors du commun, officier de marine typique du siècle des Lumières, aventurier dans l’âme et hostile à toute forme d’injustice. Sa courte existence, sublimée par sa mort stoïque, le place au rang des hommes les plus célèbres de la marine française.

 

Michèle Battesti
docteur habilité en histoire
ingénieur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire