Création de l’Institut de Paléontologie Humaine

1910

Photomontage de clichés d’Albert Ier de Monaco et du bâtiment de l’Institut conçu par l’architecte Pontremoli
© Institut de Paléontologie Humaine/Bernard Magnaldi

La création en 1910 de l’Institut de Paléontologie Humaine par S.A.S. le Prince Albert Ier de Monaco marque un tournant majeur dans l’histoire des recherches préhistoriques. D’une science d’amateurs, elle passe à une science de professionnels.

 

C’est au cours du XIXe siècle qu’est née la science préhistorique, portée par des amateurs tels que Paul Tournal (1826), Jules de Christol (1829), Jacques Boucher de Crèvecoeur de Perthes (1849). Puis, en 1859, le paléontologue Albert Gaudry fait reconnaître officiellement au monde scientifique, par une fouille de contrôle, les découvertes de J. Boucher de Perthes qui témoignent de la contemporanéité de l’homme et des animaux fossiles quaternaires. La science préhistorique était née.

 

Par la suite, des hommes éclairés, en particulier Édouard Lartet, Gabriel de Mortillet, Émile Rivière, Émile Cartailhac, encouragent l’ouverture de grands chantiers de fouilles qui vont permettre de reconnaître in situ des cultures préhistoriques diverses et spécifiques qui se sont succédé au cours du temps.

 

Mais il n’existait alors ni laboratoire de recherche, ni recherche officielle, ni enseignant, ni reconnaissance académique, dans les domaines des sciences préhistoriques. L’abbé Breuil pouvait alors écrire : « Que n’obtiendrait-on, si des hommes, rompus aux disciplines scientifiques, libres de leur temps, armés des moyens essentiels, pouvaient consacrer aux recherches leur existence, fouiller, explorer, publier ? ». En lançant cet appel, le jeune abbé ne faisait qu’exprimer un désir partagé par l’ensemble de ses collègues : que la Préhistoire acquière la stabilité et la reconnaissance à laquelle elle pouvait prétendre depuis si longtemps. Malgré le dynamisme des recherches, la France, berceau de la découverte des cultures paléolithiques, ne concédait encore à cette discipline qu’une place réduite, que ce soit en termes de reconnaissance officielle et académique ou de professionnalisation des chercheurs.

 

La création de la fondation Institut de Paléontologie Humaine (I.P.H.), le 23 juillet 1910, puis sa reconnaissance d’utilité publique, le 15 décembre 1910, par décret du président de la République, marquent une rupture : l’I.P.H. allait devenir le premier centre de recherche au monde entièrement dédié à l’étude de l’homme fossile, dans une perspective à la fois naturaliste et ethnographique, ayant vocation à assumer l’intégralité de la chaîne de production du savoir, de la fouille à la publication des résultats scientifiques.

 

C’est sur les conseils de ses deux amis, l’abbé Henri Breuil et Marcellin Boule, professeur de Paléontologie au Muséum National d’Histoire Naturelle, et après une visite des peintures pariétales paléolithiques des grottes des Pyrénées Cantabriques, que le prince Albert Ier de Monaco décide, en 1910, de créer l’Institut de Paléontologie Humaine qu’il finance avec ses deniers personnels.

 

Le prince confie alors à deux Grands prix de Rome, l’architecte Emmanuel Pontremoli et le sculpteur Constant Roux, la réalisation du bâtiment qui abritera les activités de ce nouvel institut, vaste et élégant tout en étant conforme à son usage scientifique.

 

Le bâtiment, construit sur une partie d’un ancien marché aux chevaux, proche du Jardin des Plantes, occupe une surface de 1200 m2 environ, avec trois façades donnant sur la rue René-Panhard, le boulevard Saint-Marcel et la rue des Wallons.

 

Par son aspect à la fois robuste et élégant, par ses façades construites en pierre d’Euville, allégées par des remplissages de briques, par sa porte d’entrée monumentale surmontée des armes du prince de Monaco, par une frise figurative en bas-relief du sculpteur Constant Roux qui court sur les trois façades, l’Institut de Paléontologie Humaine reste un monument de grand style architectural, entre éclectisme et mouvement moderne.

 

L’inauguration officielle se déroula le 23 décembre 1920 en présence du président de la République, Alexandre Millerand, du ministre de l’Instruction publique, André Honnorat, et des plus hautes autorités politiques et universitaires. Le prince Albert Ier de Monaco déclara alors : « C’est pour aider l’anthropologie à franchir les barrières qui la séparent de la vérité complète que je fonde l’Institut de Paléontologie Humaine en lui donnant toute l’indépendance nécessaire pour conduire notre esprit vers la lumière. Et je confie ses intérêts à des hommes qui servent la Science avec une sincérité capable de développer sa force et de protéger sa marche contre l’influence des interventions passionnées ».

 

Comme l’a voulu son fondateur, le prince Albert Ier de Monaco, l’I.P.H. a pour mission de coordonner et de stimuler des recherches, en France et dans le monde, sur l’origine de l’homme, son évolution morphologique et culturelle, celle de son comportement et de son mode de vie au cours des temps préhistoriques, sur les modifications de ses paléoenvironnements aux temps quaternaires et sur l’adaptation toujours renouvelée entre l’Homme et son milieu naturel.

 

Les recherches effectuées à l’Institut de Paléontologie Humaine, situées au carrefour des sciences de la terre, des sciences de la vie et des sciences de l’homme, sont conduites dans une démarche interdisciplinaire alliant des géologues, des paléontologues, des paléobotanistes, des anthropologues et des préhistoriens.

 

Une plateforme technique réunissant des équipements performants a été installée dans ses locaux, au cours des dernières décennies.

 

Des chercheurs issus de nombreux pays viennent y travailler tout au long de l’année.

 

Par les nombreuses missions qu’il organise en France et dans le monde, l’Institut joue son rôle de coordination de la recherche sur le terrain et en laboratoire.

 

L’Institut de Paléontologie Humaine conserve de très riches collections d’industries lithiques préhistoriques, de faunes quaternaires et de restes d’hominidés fossiles, qui représentent un patrimoine exceptionnel sur l’histoire de l’humanité, et des collections d’anatomie comparée qui forment un outil de travail fondamental pour la paléontologie. En effet, ces collections constituent, outre une valeur patrimoniale, un instrument de travail et un grand équipement scientifique à la disposition des chercheurs de la communauté internationale qui viennent régulièrement travailler à l’Institut de Paléontologie Humaine pour les consulter.

 

Il organise fréquemment, dans ses locaux à Paris, et dans les antennes de son réseau en province et dans divers pays du monde, des colloques, des séminaires, des groupes de travail auxquels participent de nombreux chercheurs français et étrangers.

 

Des conférences ouvertes au grand public sont organisées régulièrement dans l’amphithéâtre de l’Institut de Paléontologie Humaine et tiennent ainsi la communauté civile au courant des avancées scientifiques dans le domaine de l’origine et de l’évolution de l’homme.

 

L’Institut de Paléontologie Humaine est aujourd’hui un pôle d’excellence international dans le domaine des sciences préhistoriques, reconnu par la communauté des chercheurs du monde entier, qui trouve dans cette fondation une vraie famille, à laquelle chacun, à travers le monde, se sent relié et soutenu.

 

Henry de Lumley
directeur de l’Institut de Paléontologie Humaine