Abonnez-vous à notre
Lettre d'information
Célébrations Nationales 2010
Préface

D’une célébration, l’autre. En 1967, le quatre centième anniversaire de la naissance de Monteverdi remettait en pleine lumière auprès d’un vaste public l’œuvre d’un génie encore méconnu du plus grand nombre ; et il ne fallut guère plus d’une couple d’années pour que son œuvre entier se vît édité et diffusé. Rare exception, cependant : on ne peut plus guère croire aujourd’hui à l’existence de chefs-d’œuvre ignorés, moins encore de génies oubliés, et il n’y a certes pas de révélation à attendre en cette année 2010 dans la célébration du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin. Sinon de prendre la pleine mesure de la façon dont un créateur de cette envergure peut se réclamer d’une culture européenne, Français par son père et Polonais par sa mère, ami de Robert Schumann et de Heinrich Heine, intime de George Sand comme d’Eugène Delacroix.

 

Mais le patrimoine historique d’une nation n’est pas fait que de ces « phares » chantés par Baudelaire. Il est redevable aux événements comme aux hommes, à la création, à l’invention, à la décision politique aussi ; certains parfois méconnus ou méjugés, ayant pu néanmoins infléchir le cours des modes de pensée et les comportements. Infléchir l’Histoire, en un mot. C’est la tâche du Haut comité des célébrations nationales que de les réunir, de les présenter et de les proposer à la réflexion, sinon à la commémoration.

 

Comme chaque année, cette nouvelle publication est révélatrice de l’extraordinaire diversité des sujets inscrits dans la mémoire collective, mais qui n’en appellent pas moins une résurgence en nos esprits sous de nouveaux éclairages. Ainsi, pour 2010, les anniversaires de la naissance de Bernard Palissy, de l’assassinat d’Henri IV ou de la disparition non moins tragique d’Albert Camus. Création institutionnelle et décisions administratives font aujourd’hui à ce point partie de notre paysage familier qu’il est bon d’en rappeler aussi la genèse et la raison d’être, que ce soit le cinquantenaire du ministère de la Culture, célébré avec éclat l’an passé, ou celui de l’URSSAF cette année. Il ne manque pas enfin de ces faits d’apparence modeste entrés cependant dans notre vie quotidienne, comme le Tour de France ou l’invention de la balance Roberval, rappelés il y a peu, ou cette année le centenaire du passage du métro sous la Seine.

 

Ainsi, articles ou notices permettent-ils, sur les sujets les plus divers, de replacer dans une perspective contemporaine les événements et les hommes qui ont fait notre culture. La lecture de chacune de ces pages ouvre des horizons souvent peu connus et parfois oubliés, et suscite d’autant plus la réflexion que le temps modifie notre perception du passé, fût-il proche.

 

Célébrer les hommes ou les faits qui, au fil des siècles, ont concouru à forger le patrimoine national, c’est sans doute accomplir un devoir de mémoire. Mais c’est aussi beaucoup plus qu’un devoir, la provocation d’une réflexion et un enrichissement intellectuel.

 

Le plaisir ni l’intérêt ne faiblissent au long de ces rubriques, qui au fil du temps composent par petites touches un livre d’histoire bien différent des autres.

 

Gilles Cantagrel correspondant de l’Académie des Beaux-Arts membre du Haut comité des célébrations nationales