Louise de Marillac et Vincent de Paul

Ferrières-en Brie, 12 août 1591 – Paris, 15 mars 1660 et Pouy (auj. Saint-Vincent-de-Paul, près de Dax), 24 avril 1581 – Paris, 27 septembre 1660

Fille de la Charité prenant soin d’enfants trouvés devant saint Vincent de Paul, la reine Anne d’Autriche, Louise de Marillac et les dames de la Cour Huile sur toile du frère Jean André (1662-1753)
réalisée à l’époque de la canonisation
© Musée de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris

Une femme appartenant à la grande noblesse du royaume (les Marillac), il est vrai comme fille naturelle légitimée, et le fils d’un modeste laboureur de Pouy dans les Landes sont unis pour toujours dans l’histoire comme de grands acteurs de la vie religieuse et charitable de leur temps. Ils moururent à quelques mois d’intervalle en 1660. Leurs itinéraires devinrent convergents à partir de 1623.

 

Née en 1591, très aimée par son père, qui mourut en 1604, mais intéressant peu sa belle-mère, Louise eut à Poissy, puis à Paris, une enfance triste qui porta son tempérament sensible à la piété. Elle fréquenta les couvents des carmélites et des capucins et lut les grands auteurs religieux de son temps. Elle souhaitait entrer chez les Filles de la Passion. Mais elle fut refusée en raison d’une santé insuffisante.

 

La famille Marillac la marie en 1613, à Antoine Le Gras, écuyer, secrétaire des commandements de la reine. Le couple s’installe dans le Marais. Naît un enfant dont la santé restera fragile. Louise mène alors une vie de dévote mondaine, fréquente Mme Acarie et le cercle des Marillac, rencontre François de Sales et l’ami de celui-ci, Jean Pierre Camus, évêque de Belley, lors de leurs passages à Paris. Elle leur demande conseil, mais se culpabilise lorsque son mari est atteint d’une grave maladie. Elle traverse une période de dépression et doute de sa foi. La mort de son époux en 1626 accroît encore son trouble. C’est alors que Vincent de Paul, qu’elle connaît depuis 1623, devient son directeur spirituel.

 

 

Vincent Depaul, ou de Paul, né en 1581 et ordonné prêtre en 1600, n’a pas toujours été un saint. Jusqu’à près de quarante ans, il voit surtout dans l’Église un moyen de faire carrière. Un doute subsiste sur un voyage maritime de Marseille à Narbonne au cours duquel il aurait été pris par des Barbaresques et vendu en 1605 à un alchimiste de Tunis. Il se serait ensuite évadé en 1607. Venu à Paris en 1610, il se lie avec Bérulle, est nommé grâce à lui curé de Clichy en 1612, puis, en 1613, précepteur des enfants de Philippe Emmanuel de Gondi, général des galères. De ce moment date sa « conversion » selon son expression.

 

À Clichy il a été un excellent curé, prenant le plus grand soin de sa paroisse, spirituellement et matériellement. Il conquiert la sympathie du couple Gondi et devient le confesseur de l’épouse du général des galères. Honoré et admiré, M. Vincent reste cependant insatisfait, notamment après un séjour en 1617 à Gannes, sur les terres des Gondi. Il mesure alors l’abandon matériel et spirituel des paysans et essaie d’y remédier : d’où son départ volontaire pour une cure vacante dans la Bresse, à Châtillon des Dombes. Il y fait tout à la fois : le catéchisme, la prédication, la confession, l’organisation des secours aux plus démunis, grâce à une « Charité » regroupant des personnes désireuses de s’impliquer dans l’aide à autrui. Toutefois Mme de Gondi, avec l’aide de Bérulle, réussit à le faire revenir à Paris où il devient aumônier des terres des Gondi et aumônier général des galères.

 

Dès lors M. Vincent approfondit sa vocation, quittant toutefois le sillage de Bérulle pour la fréquentation de saint François de Sales venu à Paris en 1618 et de sainte Jeanne de Chantal, séjournant, elle aussi, à Paris pour y fonder un monastère de la Visitation. Il sera, après la mort de François de Sales, le directeur de conscience de Jeanne et le supérieur de quatre couvents de la Visitation. En outre, devenu l’ami de Bourdoise et d’Olier, il veut désormais travailler comme eux à la formation des prêtres et à la création d’œuvres charitables. Les réalisations vont désormais se succéder. Il convainc Gondi de construire à Marseille un hôpital pour les galériens (achevé seulement en 1645) et fait améliorer les conditions de vie de ceux de Paris. Il sillonne les terres des Gondi, y restaure la vie religieuse et, comme à Châtillon, crée des « Charités » efficaces. En même temps s’impose à lui l’idée de missions rurales assurées par des équipes de prêtres formant une congrégation spécialisée, les « Prêtres de la mission ». Les Gondi lui permettent de la fonder grâce à une donation de 45 000 livres et de l’installer en 1624 au Collège des Bons Enfants. Les membres s’engagent à renoncer à tous bénéfices, charges et dignités dans l’Église et à instruire et catéchiser « le pauvre peuple » de village en village. Approuvée par l’archevêque de Paris en 1626, la congrégation s’installe en 1632 dans l’ancienne léproserie Saint-Lazare, qui était presque vide : d’où le nom de « lazaristes » donné à ces missionnaires. Persuadé que « des prêtres dépend le christianisme », M. Vincent multiplie à Saint-Lazare les retraites et conférences pour ordinands pour mieux préparer ceux-ci à leur ministère. Il crée en 1637 le séminaire de la mission.

 

Mais, infatigable, il s’active aussi auprès des plus démunis au moment où la guerre de Trente ans accroît la misère. Il fonde la Charité de l’Hôtel-Dieu en 1634, l’œuvre des enfants trouvés en 1638, organise les secours à la Lorraine dévastée en 1639. C’est la période où il collabore de façon sans cesse plus étroite avec Louise de Marillac. Il la place à la tête des « Dames de la charité » qui se mobilisent, à Paris et en province, pour secourir les malheureux. Bientôt lui apparaît la nécessité de les épauler par l’activité régulière de communautés de « Filles de la charité » issues des milieux populaires et placées, elles aussi, sous l’autorité de Louise de Marillac. Celle-ci, d’abord intimidée et craintive, se révèle alors une personnalité aussi charitable qu’efficace sous le regard serein de Vincent de Paul. Celui-ci tint à donner aux Filles de la charité le statut de confréries et non celui de religieuses, afin qu’elles puissent échapper à la clôture ; elles devaient avoir les villes et les villages comme couvents et être vêtues comme des femmes du peuple.

 

En 1660, les Filles de la charité étaient établies dans une soixantaine de maisons dans le royaume et avaient déjà ouvert beaucoup de petites écoles pour les orphelines. À la même date, les lazaristes avaient créé trente-trois maisons, auxquelles s’ajoutèrent une cinquantaine d’autres entre 1661 et 1700, tant en France qu’à l’étranger.

 

Vincent de Paul a été canonisé en 1737 et Louise de Marillac en 1934.

 

Jean Delumeau
membre de l’Institut
professeur honoraire au Collège de France