Célébrations Nationales 2010
Autres anniversaires signalés

 

Proposer, chaque année, une liste de « célébrations nationales » oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur les faits majeurs propres à éclairer la réflexion contemporaine et sur des personnalités, des œuvres, des événements, qui paraissent devoir être mis particulièrement en valeur comme les repères d’une mémoire nationale. Mais d’autres anniversaires, dont la notoriété n’est pas forcément moindre, ont aussi, pour certains d’entre nous, une valeur affective, pour tous une portée éducative. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture, de notre histoire et de notre patrimoine.
Les mentions composant cette rubrique ont pour auteurs Charles-Louis Foulon, Arlette Grimot et Patrick Micaud.

 


Institutions et vie politique

 

Camille Desmoulins
Guise, 2 mars 1760 - Paris, 5 avril 1794

Condisciple de Robespierre au lycée Louis-le-Grand, Camille Desmoulins devient avocat au Parlement de Paris. Membre de l’entourage de Mirabeau, il publie en juin 1789 un réquisitoire contre l’Ancien Régime. Le 12 juillet, il appelle les Parisiens à prendre les armes à la suite du renvoi de Necker, exhortation qui contribuera à la prise de la Bastille. Il se lance alors dans le journalisme et crée Les révolutions de France et de Brabant qui aura un grand retentissement. Il participe à la journée du 10 août 1792, qui entraîne la chute de la monarchie, et devient secrétaire général du ministère de la Justice dirigé par Danton. Élu à la Convention nationale, il siège parmi les Montagnards, défend la constitution de 1793 et vote la mort du roi. Après la condamnation des Girondins, il fonde un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, où il attaque les « enragés », appelle à la clémence et prend la tête des « indulgents », qui réclament la fin de la Terreur. Arrêté et condamné à mort avec les autres dantonistes, il est guillotiné le 5 avril 1794. Lucile, son épouse, subit le même sort une semaine plus tard pour avoir protesté contre cette exécution.

 

Michel Le Peletier, marquis de Saint-Fargeau
Paris, 29 mai 1760 - 20 janvier 1793

Député et martyr de la liberté qui reçut les honneurs du Panthéon, Michel Lepeletier reste dans les mémoires pour un code pénal qui a posé le principe de stricte légalité et pour un plan d’éducation publique et nationale prévoyant l’école gratuite 90 ans avant Jules Ferry.
Né à Paris en 1760, avocat à 17 ans, président à mortier au Parlement de Paris à 25 ans, ce franc-maçon est élu député de la noblesse aux États-généraux mais se rallie au tiers état le 27 juin 1789, dix jours après sa proclamation en Assemblée nationale constituante.
Ayant voté l’abolition des privilèges et obtenu celle de la torture, il échoue à faire voter l’abolition de la peine de mort mais obtient qu’elle soit appliquée par décapitation. Président du conseil général de l’Yonne et député de ce département à la Convention, il prépare un code pénal avec des peines fixes et les articles 7 à 9 de la déclaration des droits de l’Homme.
Assassiné à la veille de l’exécution de Louis XVI dont il avait voté la mort, son corps est transporté au Panthéon d’où il est expulsé après Thermidor. Présenté à titre posthume et rejeté, son plan pour l’instruction primaire prévoyait l’éducation à partir de 5 ans, aux frais de la République, des garçons jusqu’à 12 ans et des filles jusqu’à 11.

 

L’École normale supérieure ouvre ses portes
Paris, 1810

Hérité de la brève préfiguration initiée par la Convention en 1794 sur le rapport de Lakanal et Garat pour préparer à enseigner des étudiants déjà instruits, l’établissement créé au sein de l’Université par Napoléon par décret du 17 mars 1808 sous le nom de pensionnat normal pour « former à l’art d’enseigner les lettres et les sciences » et doté d’un règlement d’inspiration militaire, ouvre ses portes en 1810. C’est aussi cette année-là qu’est fondée à Pise sa succursale la Scuola Normale Superiore, premier jalon de l’ample réseau de ramifications nationales et internationales (partenariats, échanges universitaires, …) qui n’a depuis jamais cessé de se développer, doublé d’un réseau de bibliothèques dont la plus ancienne, celle des lettres de l’ENS-Ulm, riche de quelque 800 000 volumes, est contemporaine de la fondation de l’École.
Implantée rue d’Ulm en 1847 après quelques avatars dus aux changements politiques de la première moitié du XIXe siècle, dotée de la personnalité civile et de l’autonomie financière en 1954, elle a fusionné en 1985 avec l’ENS de jeunes filles, fondée en 1881

 

Fondation de Deauville
1860

En 1856, la commune de Deauville existait mais ne comptait que 104 habitants installés sur le haut du mont Canisy qui dominait une vaste lande s’étendant sur la zone littorale. C’est au cours de l’été 1858, qu’invité à Trouville par son médecin le docteur Olliffe, le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, eut l’idée de créer une station balnéaire dans cette zone de marais.
Associé au docteur Olliffe et au banquier Donon, le duc de Morny créa la Société des terrains de Deauville qui acheta à la commune ses terrains littoraux. L’acte de vente fut signé le 1er décembre 1859 mais disposait que la société n’aurait la jouissance des biens acquis que le 1er janvier 1860. Les travaux débutèrent à cette date, la conception de l’aménagement du site avait été confiée à l’architecte parisien Desle-François Breney. Dix ans plus tard, la nouvelle station était devenue le lieu de villégiature de prédilection de l’aristocratie parisienne.
C’est également en 1860 que Morny obtint la signature de deux décrets impériaux, l’un pour prolonger la ligne de chemin de fer Paris-Lisieux-Pont-l’Évêque jusqu’à Deauville et l’autre pour déclarer d’utilité publique la construction d’un bassin à flots.

 

Traité de Pékin
24 octobre 1860

Le traité de Nankin, qui avait mis fin à la première guerre de l’opium (18391842), avait limité l’activité commerciale des puissances occidentales en Chine à cinq ports, le commerce dans le reste du territoire leur étant interdit. Mécontents de ce résultat, le Premier ministre anglais et Napoléon III prirent prétexte de l’assassinat d’un missionnaire français et de l’arraisonnement d’un navire chinois battant pavillon anglais pour occuper le port de Canton fin 1857. Les troupes franco-anglaises prennent ensuite la direction du nord, l’objectif étant Pékin. Ce but n’est difficilement atteint qu’au mois d’octobre 1860 ; les représentants de l’empereur chinois doivent alors signer l’humiliant traité de Pékin dont les conséquences seront catastrophiques pour la Chine. Elle devra légaliser le commerce de l’opium, autoriser les navires étrangers à naviguer sur le Yang-tsé-Kiang, accorder tous les droits civils aux chrétiens, ouvrir l’ensemble de son territoire aux missionnaires ainsi qu’aux voyageurs occidentaux et payer de fortes indemnités aux vainqueurs.

 

Création de l’Office national de tourisme
8 avril 1910

Plaisir aristocratique consacré par Stendhal (Mémoires d’un touriste, 1838) et développé avec une série de guides (Baedeker, Murray, Joanne – les futurs Guides bleus), le tourisme suscite la multiplication de syndicats d’initiative dans le midi et le val de Loire avant que la loi du 8 avril 1910 ne crée, sur le modèle autrichien, l’Office national de tourisme. Au cœur de l’essor touristique des années 20, l’ONT est supprimé en 1935, avant que la loi du 20 juin 1936 n’ouvre la voie au tourisme de masse, grâce aux congés payés.
L’État a fait de la Camargue, en 1927, une première réserve naturelle avant d’instituer un Commissariat au tourisme (loi du 22 décembre 1962) puis la Maison de la France, un an avant la loi de 1987 sur l’organisation du tourisme, signée l’année du centenaire de la première loi sur la protection des sites. Pour garder son rang de première destination touristique mondiale avec, en 2007, 82 millions de visiteurs étrangers, la France dispose depuis 2009, d’une agence de développement touristique, le groupement d’intérêt économique Atout France.

 

Littérature et sciences humaines

 

Paul Scarron
Paris, 4 juillet 1610 - 6 octobre 1660

Septième enfant d’un conseiller à la Cour des comptes, Paul Scarron entra dans les ordres en 1629, ce qui ne l’empêcha pas de fréquenter très tôt les milieux libertins. Dix ans plus tard, il fut victime d’une grave maladie qui entraîna la paralysie de ses jambes et le fit souffrir jusqu’à sa mort.
C’est en 1643 qu’il publie avec un grand succès son premier recueil de vers ; il écrira ensuite de nombreuses comédies, farces, un roman et des textes satiriques. Inspiré par des modèles espagnols, Scarron est l’introducteur en France d’un nouveau style littéraire parodiant les modèles anciens avec une verve malicieuse et mordante, le burlesque. Devenu un auteur à la mode, Scarron épousa en 1652 une jeune fille pauvre, Françoise d’Aubigné, petite-fille d’Agrippa d’Aubigné et future marquise de Maintenon. Avec sa jeune épouse, il anima un salon dans son hôtel du Marais qui devint l’un des lieux les plus fréquentés de Paris. Il est l’auteur de son épitaphe « Celui qui cy maintenant dort, fit plus de pitié que d’envie, et souffrit mille fois la mort, avant que de perdre la vie ».

 

Félix Pyat
Vierzon, 4 octobre 1810 - Saint-Gratien, 3 août 1889

Félix Pyat renonce rapidement à sa carrière d’avocat, entreprise au sortir de ses études de droit, pour se consacrer au journalisme et à la littérature. Élu à l’Assemblée constituante dans la foulée de la révolution de 1848, il soutient Ledru-Rollin dans son opposition au régime présidentiel instauré par Louis-Napoléon Bonaparte. Compromis dans l’émeute du 13 juin 1849, il s’enfuit en Suisse. Condamné par contumace à la déportation, il s’installe en Belgique, puis à Londres, fonde un parti révolutionnaire et publie de nombreux textes appelant à l’insurrection contre Napoléon III. Rentré en France après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, il fonde un nouveau journal, Le Combat, est élu au Conseil de la Commune puis au Comité de salut public. Il ne participe pas à la semaine sanglante et s’exile à nouveau à Londres. À son retour après l’amnistie de 1880, il est élu sénateur du Cher (1887) puis député des Bouches-du-Rhône (1888).

 

Le voyage de monsieur Perrichon d’Eugène Labiche
1860

Comme celle d’Offenbach dans le domaine musical, l’œuvre théâtrale d’Eugène Labiche est un brillant témoignage de la sensibilité d’une époque, celle du Second empire. Parmi les nombreuses pièces de théâtre écrites par cet auteur, Le voyage de monsieur Perrichon, vaudeville créé en 1860 sur la scène du théâtre parisien du Gymnase, est l’une des plus célèbres. Elle dénonce avec humour et finesse les travers de la petite bourgeoisie enrichie, Monsieur Perrichon est un nouveau Monsieur Jourdain qui, grâce au tourisme, peut fuir les tensions urbaines afin de retrouver la pureté originelle des paysages alpins. La scène principale de la pièce est celle où le malheureux héros s’aventure sur la Mer de Glace. Cette excursion tournera au désastre mais permettra de révéler, au-delà du masque de son apparence sociale, sa véritable personnalité. Vaniteux, ridicule, injuste mais sincère, le personnage de Monsieur Perrichon est de toutes les époques, ce qui justifie que cette pièce soit devenue un classique régulièrement repris sur les scènes françaises et étrangères.

 

Jules Laforgue
Montevideo (Uruguay), 16 août 1860 - Paris, 20 août 1887

Né dans la capitale uruguayenne le 16 août 1860, Jules Laforgue étudie à Tarbes et Paris. Copiste pour Charles Éphrussi, directeur de La gazette des Beaux-Arts, il est lecteur de l’impératrice allemande Augusta, à Berlin de 1881 à 1886. Poète symboliste reconnu, il meurt de tuberculose à 27 ans. Ses complaintes satiriques et ses poèmes vont inspirer aussi bien l’idée de l’amour chez l’écrivain Alain-Fournier que des œuvres de musiciens et de peintres (Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp).
Celui en qui Verhaeren voyait « un enfant doux, primitif et simple » était, pour Rémy de Gourmont, « un génie orné et flamboyant » ; il avait une grande espérance : devenir légendaire au seuil des siècles charlatans ! Se voulant le dernier des poètes, il reste surtout remarquable par ses notes posthumes de critique d’art où Jean Cassou, fondateur du Musée d’art moderne, trouvait « le sens suprême de l’impressionnisme, cette mince superficie de fragiles et délicieux reflets ».

 

Jules Supervielle
Montevideo (Uruguay) 1884 - Paris, 17 mai 1960
Programme des manifestations

Mort le 17 mai 1960, Jules Supervielle venait d’être élu prince des poètes par ses pairs ; ils ne lui tenaient pas rigueur d’avoir dit : « il m’est très difficile de me séparer de moi pour admirer l’œuvre d’autrui ; c’est que mon œuvre continue et se poursuit en moi malgré moi. Un poète l’est sans repos. Même quand il dort, des images le hantent ». Depuis son Livre de fables, commencé à neuf ans, il mêla dans ses écrits, contes, nouvelles, pièces de théâtre et surtout des poèmes, publiés d’abord à compte d’auteur en 1901 puis par Gallimard.
Né à Montevideo en Uruguay en 1884, il passa ses dix premières années en Amérique latine où sa famille basque possédait une banque privée. Remarqué par la NRF en 1919, ce père de six enfants dialogua avec Paulhan dès 1927. Son premier recueil poétique important, Débarcadères, était paru en 1922, un an avant son premier roman, L’Homme de la pampa et le début de son amitié avec Henri Michaux. Également lié au poète allemand Rainer Maria Rilke et à Étiemble, il ne s’attacha à aucune école prosodique mais connut aussi le succès avec L’Enfant de la haute mer. Orphelin de ses deux parents depuis l’année de sa naissance, il resta hanté par ces deuils : « je te donne la mort pour sa grande clémence et pour son contenu qui ne peut pas finir ».

 

Pierre Reverdy
Narbonne, 11 septembre 1889 - Solesmes, 17 juin 1960

Pierre Reverdy quitte sa province narbonnaise pour venir à Paris en 1910. Devenu correcteur d’imprimerie, il s’installe à Montmartre où il se lie avec les poètes Max Jacob et Guillaume Apollinaire et des artistes comme Picasso, Juan Gris, Matisse et Braque. En 1915, il publie ses premiers poèmes en prose qui manifestent une inspiration et une recherche de formes poétiques totalement nouvelles. En 1917, il fonde la revue Nord-Sud qui fut la première à publier les surréalistes. Le rejet des compromissions et l’attachement aux valeurs esthétiques amènent ce protestant à se convertir au catholicisme et à s’installer avec son épouse, en 1926, près de l’abbaye de Solesmes.
Cette conversion fut temporaire mais il ne renonça jamais à cet isolement et, jusqu’à sa mort en 1960, il ne cessa de rechercher les formes poétiques les mieux à même d’exprimer les mystères de la conscience et de l’existence humaines. Disparu aussi discrètement qu’il avait vécu, Pierre Reverdy se consacra tout entier à l’art poétique qu’il définit ainsi : « La poésie est dans ce qui n’est pas. Dans ce qui nous manque. Dans ce que nous voudrions qui fût ».

 

Beaux-arts, musique et cinéma

 

Charles-Simon Favart
Paris, 13 novembre 1710 - 12 mai 1792

Fils d’un célèbre pâtissier, Charles-Simon Favart reprend l’affaire familiale après le décès précoce de son père tout en cultivant son goût pour la poésie. Le succès de ses premiers poèmes l’amène à se consacrer à l’écriture. En 1734, son vaudeville Les deux jumelles est représenté par une troupe de la foire Saint-Germain qui avait pris le nom d’Opéra Comique.
Ce succès fut suivi par d’autres, et la direction de cette scène parisienne fut donc, en 1743, confiée à Favart. Jaloux de cette réussite, les autres théâtres parisiens obtinrent la fermeture de l’Opéra Comique, laissant son directeur sans ressources. Le maréchal de Saxe lui demanda alors de prendre la direction de la troupe de comédiens qui suivait son armée. Il ne revint à Paris qu’après la mort du maréchal, en 1750. Favart put alors faire représenter une série de pièces dont il était l’auteur et dont la qualité lui assura le soutien de Mme de Pompadour. Grâce à elle, la direction de l’Opéra Comique lui fut à nouveau confiée en 1758, ce qui explique que l’actuelle salle parisienne dédiée à cet art porte son nom

 

Ferdinand Barbedienne
Saint-Martin-de-Fresnay, 1810 - Paris, 1892

Fils d’un modeste cultivateur du Calvados, Ferdinand Barbedienne eut la chance de rencontrer Achille Collas, autodidacte comme lui, avec lequel il s’associa en 1839 pour créer une fonderie d’art à Paris. La qualité particulière des productions issues de cet atelier, due à une nouvelle technique de fabrication des objets en bronze, fut rapidement reconnue. Ce procédé permettait de diminuer le coût de fabrication, donc de démocratiser la commercialisation des œuvres, tout en garantissant leur parfaite qualité. Initialement limitée à des reproductions de sculptures appartenant à des collections de musées, la production de la fonderie Barbedienne put s’élargir avec la diffusion en exclusivité d’œuvres d’artistes contemporains comme Rude, Clésinger et David d’Angers. Le succès des productions de Ferdinand Barbedienne atteignit son apogée durant le Second empire et fut consacré par de nombreuses commandes émanant de l’empereur lui-même. À la mort de son créateur en 1892, la fonderie employait plus de 600 salariés.

 

Jean-Georges Noverre
Paris, 29 avril 1727  -Saint-Germain-en-Laye, 19 octobre 1810
Programme des manifestations

Danseur, auteur de quelque 150 chorégraphies (la Mort d’Ajax, Médée, Antoine et Cléopâtre, Renaud et Armide, la Générosité d’Alexandre, …) et d’ouvrages tels ses Lettres sur la danse et sur les ballets (1760), il écrivit aussi les articles de l’Encyclopédie sur la danse. Son amitié avec Mozart laisse une empreinte de choix : sa fille Louise Victoire, épouse Jenamy, est la dédicataire du concerto pour piano n° 9, dit « Jeune homme », en raison d’incertitudes graphiques.
Il débute devant la Cour, puis ses itinérances à travers la France (Strasbourg, Lyon, Marseille) et l’Europe (Berlin, Londres où, influencé par Garrick, il mûrit sa conception de l’union de la danse et de la pantomime, puis Stuttgart, Vienne, Milan) font de chaque ville où il s’installe la capitale du ballet.
Marie-Antoinette, son élève à Vienne, le rappelle à Paris. Nommé maître des ballets de l’Opéra, il est malgré sa gloire en butte à une double hostilité : la jalousie professionnelle et la contestation de ses idées, la place accordée à l’expression des passions conduisant parfois à des excès.
Pionnier du drame chorégraphique, son anniversaire a été retenu pour être la journée internationale de la danse.

 

Gustave Charpentier
Dieuze (Moselle), 25 juin 1860 - Paris, 18 février 1956

Né dans une famille qui décida de quitter la Lorraine après la défaite de 1870 et s’installa à Tourcoing, Gustave Charpentier dut travailler dans une filature dès l’âge de 15 ans. Cela ne l’empêcha pas d’étudier sérieusement le violon et d’attirer l’attention de son patron qui finança ses études au conservatoire de Lille. Il réussit le concours d’entrée au Conservatoire national de Paris en 1879 et put y suivre la classe de composition de Massenet. En 1887, après avoir remporté un premier grand prix de Rome, il séjourna à la Villa Médicis où il composa ses premières œuvres, notamment le premier acte de son opéra Louise. Cet opéra, dont il écrivit également le livret, ne sera créé dans sa version intégrale qu’en 1900 sur la scène de l’Opéra-Comique de Paris. Le succès fut immédiat et amena le compositeur à voyager en Europe, puis aux États-Unis, pour présenter son œuvre. Malgré sa longue carrière – il ne mourut en effet qu’en 1956 – le nom de Gustave Charpentier reste attaché à un seul opéra, Louise, qui est encore considéré comme l’un des plus forts et originaux du répertoire lyrique français.

 

Elsa Barraine
Paris, 13 février 1910 - Strasbourg, 20 mars 1999

Fille d’un père violoncelliste, élève au Conservatoire de Paul Dukas pour la composition, elle obtient à 19 ans le Premier Grand Prix de Rome grâce à sa cantate La Vierge guerrière, hommage à Jeanne d’Arc sur un poème d’Armand Foucher, puis entame une carrière riche et variée alliant responsabilités professionnelles et création : chef de chant à l’Orchestre national de la Radiodiffusion française (1936-1939), directrice de l’Orchestre national et directrice musicale du « Chant du monde » (1944-1946), elle rejoint en 1949 l’Association des musiciens progressistes. Professeur au CNSM de Paris de 1954 à 1975, elle est nommée en 1972 inspectrice des théâtres lyriques nationaux pour le compte du ministère de la Culture.
Son œuvre comporte notamment des pièces de musique de chambre (Crépuscules, pour cor d’harmonie et piano, Élégie et ronde, pour flûte et piano, Suite astrologique, pour petit orchestre, …), des symphonies, des morceaux inspirés par le judaïsme (Pogromes, pour orchestre, 1933 ; Quatre chants juifs, 1937 ; Suite juive, pour violon et piano, 1951 ; …)

 

Édouard Colonne
Bordeaux, 23 juillet 1838 - Paris, 28 mars 1910

Dès le 16 juillet 1912, une rue de Paris prit le nom d’Édouard Colonne. La capitale honorait un chef d’orchestre qui y était mort le 28 mars 1910, après avoir animé la vie musicale pendant plus de trente ans.
Fils et petit-fils de modestes musiciens professionnels, Judas Colonna, né à Bordeaux le 23 juillet 1838, remporta à 20 ans le premier prix d’harmonie du Conservatoire de Paris. Premier prix de violon en 1863 alors qu’il s’était déjà produit à l’Opéra et au Théâtre-Lyrique, il devint second violon du quatuor Lamoureux ; il contribua à faire connaître Brahms et la musique de chambre allemande.
L’éditeur de musique Hartmann le plaça à la tête du « Concert National » au Théâtre de l’Odéon en 1873, puis il créa son propre orchestre, « les concerts du Châtelet », rebaptisé peu après « association artistique des Concerts Colonne ». L’artiste connut le succès en recréant La Damnation de Faust de Berlioz et en intéressant ses musiciens aux recettes. Le développement considérable des Concerts Colonne l’incita à ne rester qu’un an à la direction artistique de l’orchestre de l’Opéra de Paris (1892). Invitant dans sa propre structure de nombreux solistes et chefs étrangers, il fit connaître les compositeurs de son temps, dont Bizet, Debussy, Fauré, Ravel. Acceptant de réduire la taille de l’orchestre pour faciliter les prises de son, il fut aussi un pionnier des enregistrements phonographiques

 

Sciences et techniques

 

Création de la fonderie Peugeot-Frères
Hérimoncourt (Doubs), 1810

Associés à Jacques Maillard-Salins et à la famille Japy, Jean-Pierre et Jean-Frédéric Peugeot, fils aînés d’un meunier, transforment des moulins en forges et fonderie d’acier.
À partir de 1819, Peugeot Frères Aînés et Cie exploitent un brevet de laminage à froid et fabriquent des outillages pour les artisans, les industriels et les paysans avant que Peugeot Frères Aînés n’édifient trois usines près de Sochaux ; environ 2 000 personnes y sont employées en 1889. Cette grande famille protestante a créé une caisse de pension pour les veuves des ouvriers dès 1811 et une assurance mutuelle sociale en 1853. Le succès populaire des moulins à café a préludé à ceux des cycles puis des automobiles développées par Les fils de Peugeot frères et, à partir de 1910, par la société Automobile Peugeot.
Inventeurs du sponsoring avec le Football Club Sochaux-Montbéliard dès 1928, les Peugeot se sont constitués en société anonyme à partir de 1965 ; neuf ans plus tard, PSA a acquis de Michelin 90 % du capital de Citroën. Depuis 1988, un Musée de l’Aventure Peugeot est ouvert sur le site de Sochaux.

 

Création du premier laboratoire de police scientifique
Lyon, janvier 1910
Programme des manifestations

C’est aux côtés d’Alexandre Lacassagne qu’Edmond Locard (1877-1966) commence à s’intéresser aux techniques d’identification des récidivistes qui furent au cœur des recherches en criminalistique à la fin du XIXe siècle (Bertillon pour l’anthropométrie criminelle, Galton pour la dactyloscopie). Il veut rassembler en un même lieu tous les services techniques utiles à une enquête. En 1910, ayant créé dans les combles du Palais de Justice de Lyon le premier laboratoire moderne de police technique et scientifique, il obtient la première condamnation en France sur la seule preuve d’une empreinte digitale.
Dès les années 1920, des stagiaires du monde entier viennent se former auprès de lui et il publie son Traité de criminalistique (7 volumes, plus de 3 000 pages). Le laboratoire aborde tous les aspects de l’expertise criminelle et le nom de Locard reste associé au principe de l’échange : « tout criminel dépose des traces sur les lieux de son action et emporte sur lui des indices de la scène ».
Actuellement, le siège de l’Institut national de la police scientifique, qui réunit six laboratoires spécialisés, est établi à Écully, près de Lyon.

 

Jacques Monod
Paris, 9 février 1910 - Cannes (Alpes-Maritimes),  31 mai 1976

Futur prix Nobel, Jacques Monod, fils d’une Américaine et d’un artiste-peintre français, naît à Paris le 9 février 1910.
En 1936, boursier Rockefeller en Californie, il se forme à la génétique. Docteur ès sciences en 1941 pour des recherches sur la croissance des populations bactériennes, il œuvre à l’Institut Pasteur comme chef de laboratoire dès 1945, créateur du service de biochimie cellulaire en 1954, directeur de 1971 à sa mort, survenue à Cannes le 31 mai 1976.
Professeur de faculté en 1959, il devient vice-président du comité scientifique sur la biologie moléculaire en 1961. Ayant découvert, avec François Jacob et André Lwoff, des mécanismes de régulation génétique au niveau cellulaire, il reçoit avec eux, le 14 octobre 1965, le prix Nobel de physiologie et médecine.
Professeur au Collège de France de 1967 à 1973, ce citoyen engagé qui fut FTP et chef de bureau à l’état-major des FFI en 1944 avant de combattre dans l’armée de Lattre, milita aussi pour le respect de l’environnement, la paix et contre le racisme. Président fondateur du mouvement pour le planning familial, il livra au grand public sa philosophie de la biologie dans Le hasard et la nécessité ; il y refusait que destin ou devoir soient écrits quelque part et affirmait la nature ni morale, ni immorale, mais radieusement et glorieusement amorale.

 

Premier vol en hydravion
Martigues, 28 mars 1910

C’est au-dessus de l’étang de Berre, sur le territoire de la commune de Martigues, que le premier vol autonome en hydravion fut réalisé par Henri Favre le 28 mars 1910 devant un public nombreux. L’hydravion, d’abord nommé hydro-aéroplane, se distinguait des avions déjà construits par le fait qu’il avait seul la capacité de décoller ou de se poser sur une surface aquatique. L’appareil, construit par Henri Favre lui-même, parcourut 800 mètres au-dessus de l’étang et se posa sans difficulté sur l’eau. Le succès de ce premier vol mondial fut enregistré par un huissier. Après ce premier vol, Henri Favre construisit et commercialisa plusieurs appareils du même type. Il cessa cependant cette activité après la Première Guerre mondiale et se consacra à l’invention d’autres types d’appareils, notamment un bateau pliable. Ce grand ingénieur et aviateur français est décédé en 1984, à l’âge de 101 ans

 

Léon Delagrange
Orléans, 14 mars 1872 - Bordeaux, 4 janvier 1910

Après avoir débuté une carrière d’artiste qui s’annonçait brillante, Léon Delagrange découvre le milieu de l’aviation, se passionne pour cette nouvelle technique et, en 1907, réussit un premier vol. Durant les deux années suivantes, aux commandes d’un avion qu’il avait conçu et dont il avait confié la fabrication aux ateliers des frères Voisin, il put établir successivement plusieurs records de vol, en vitesse, distance et durée. Après Blériot et Glenn Curtiss, il est le troisième à se voir attribuer officiellement un brevet français de pilote, ce qui lui permet de créer sa propre compagnie d’aviation dès 1909. Le 4 janvier 1910, aux commandes d’un monoplan Blériot, Léon Delagrange effectue des essais sur la piste de l’aéroport de Bordeaux. Le vent souffle fort : après le décollage, les ailes se replient brutalement, l’avion s’écrase et son pilote est tué.

 

Economie et société

 

Première conférence internationale sur la navigation aérienne
Paris, 18 mai – 29 juin 1910

Au cœur d’une année particulièrement féconde en records et en « premières fois » dans un domaine qui n’en est plus à ses balbutiements, l’aviation, la France organise à Paris la première conférence internationale, à laquelle participent dix-huit États européens, sur la navigation aérienne, afin de codifier les principes du droit aérien international. En effet, si cette préoccupation apparaît dès la fin du XIXe siècle, avant même que les premiers engins soient opérationnels, la progression rapide du nombre des pilotes (en France, 16 titulaires d’une licence au 1er janvier 1910, 36 au 8 mars), l’allongement des temps de vol et, en conséquence, l’importance des distances couvertes (1909 : traversée de la Manche par Blériot) (1), la diversification des missions (en avril, l’armée française avait créé un service aéronautique) imposent qu’une concertation au plus haut niveau prépare l’organisation internationale de l’aviation aussi bien dans son fonctionnement technique que dans le domaine du droit, afin d’éviter que des réglementations établies au niveau national n’entravent ce qui est devenu un nouveau mode de circulation.

1. Voir recueil Célébrations nationales 2009

 

Lancement du paquebot France
Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), 11 mai 1960

Porter des hommes vers des hommes : la destinée fixée au France par le général de Gaulle, au soir de son lancement, s’est accomplie du 19 janvier 1962 – la croisière inaugurale – à septembre 1974.
Navire de 12 ponts, construit par les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, d’octobre 1957 à octobre 1961, le France coûta 420 millions de francs. Avec huit chaudières à haute pression, il atteignait 35 nœuds de vitesse, ses stabilisateurs de roulis et la climatisation fournissant un grand confort à ses 1 800 passagers comme à son équipage de 1 100 hommes placés d’abord sous l’autorité des commandants Croisille et Ropars.
Paquebot de prestige qui transporta La Joconde en décembre 1962 pour son prêt de deux mois au peuple américain, son désarmement fut décidé en 1974 car son coût d’utilisation devenait supérieur aux recettes qu’il apportait à la Compagnie générale transatlantique.
Vendu le 25 juin 1979 pour 77 millions de francs, le France devint le bateau de croisière Norway de 1980 à 2003. Sous le nom de Blue Lady, sa coque fut démantelée en Inde à partir de l’automne 2007.