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Création du ministère des Affaires culturelles ; André Malraux ministre

Paris, 3 février – 24 juillet 1959

André Malraux, premier ministre des Affaires culturelles dans son bureau,
au ministère, rue de Valois
Paris, médiathèque de l’architecture et du patrimoine
© ministère de la culture - médiathèque du patrimoine/dr. rés.

Il y a cinquante ans, lorsque le général De Gaulle nomma André Malraux premier ministre des Affaires culturelles, la France comptait en tout et pour tout un théâtre national (la Comédie-Française) et cinq centres dramatiques nationaux. Le Louvre abritait encore en son sein le ministère des Finances et Orsay était une gare-hôtel. Sur l’unique chaîne de la télévision – qui n’était pas encore entrée dans tous les foyers – l’émission Cinq Colonnes à la une, emmenée par Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet, Igor Barrère et Éliane Victor, inventait le documentaire d’investigation. On écoutait la musique sur vinyles et le problème de la copie des œuvres ne se posait pas.

 

André Malraux n’a pas seulement établi le diagnostic – devenu célèbre – des « déserts culturels » en région. Il a appelé à les conquérir et envoyé pour cela d’illustres pionniers. Il a fixé une feuille de route, qui est restée d’une ardente actualité : « rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité et favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. »

 

En cinquante ans, grâce à l’action conjuguée de l’État et des collectivités territoriales, la France s’est dotée d’un réseau d’équipements culturels sans équivalent dans le monde. Le Louvre, le centre Georges-Pompidou, le musée d’Orsay, l’arc culturel du nord-est de Paris, le nouvel opéra Bastille se sont imposés comme des établissements d’envergure mondiale. L’ensemble du territoire a été également innervé par quelque 3 000 bibliothèques publiques, par plus de 1 200 musées de France et environ 43 000 monuments historiques protégés, par près de 850 théâtres et compagnies subventionnées par l’État, 13 opéras en région, 285 ensembles musicaux soutenus, sans compter 5 362 salles de cinéma (soit le 4e parc mondial).

 

Depuis cinquante ans, le ministère de la Culture est également le fer de lance de l’« exception culturelle » – devenue un enjeu internationalement partagé, en évoluant sous la notion de « diversité culturelle » – défendant la spécificité des biens culturels et de la logique de la création face à la logique de marché, intervenant dans tous les secteurs des industries culturelles pour les réguler et soutenir leur part la plus créative : le livre avec la loi sur le prix unique du livre, le cinéma avec les systèmes d’aides du Centre national de la cinématographie, la musique et le jeu vidéo avec la lutte contre le piratage et le crédit d’impôt. Défendant également avec force la clé de voûte de ces économies par essence fragiles : le droit d’auteur, condition sine qua non du renouvellement de la création.

 

Bâtisseur, régulateur, le ministère de la Culture est une institution à part, unique au monde par son importance et l’ampleur de ses interventions. Les artistes, les écrivains, les professionnels de la culture et les Français y sont viscéralement attachés.

 

Bien évidemment, le paysage artistique et culturel n’est plus le même qu’il y a 50 ans, qu’il y a 25 ans, qu’il y a même 10 ans. Songeons aux spectaculaires bouleversements induits par le développement d’Internet cette dernière décennie : les Français ont appris à écouter de la musique différemment, à regarder des films différemment, à s’informer différemment. Ils apprendront sans doute bientôt à lire différemment.

 

Les défis pour la culture sont immenses : la menace inédite sur les droits d’auteur et sur toute l’économie du disque et du cinéma, apparue avec le piratage ; la situation du livre, qui doit anticiper son entrée dans l’ère numérique ; les graves problèmes auxquels est confrontée la presse ; l’essor du marché de l’art mondial mais l’essoufflement du marché de l’art français…

 

Autant de défis qui nécessitent de conjuguer les politiques culturelles au futur, tout en continuant d’assurer les missions fondatrices que Malraux a définies en 1959 : préserver et transmettre le patrimoine, soutenir les créateurs et faciliter l’accès de tous à la culture. Autant de défis qui nécessitent plus que jamais un ministère conscient de son rôle, modernisé en profondeur dans sa gestion, dans son fonctionnement, dans ses outils.

 

Cinquante ans après sa création, le ministère de la Culture et de la Communication, œuvre collective bâtie sous l’autorité de 19 ministres successifs, vit un tournant de son histoire. C’est ce qui rend cette célébration tout à fait singulière.

 

On célèbre le plus souvent des personnalités disparues, des événements inscrits dans le passé. Le cinquantenaire du ministère de la Culture est un anniversaire actif, tourné vers l’avenir, puisqu’il coïncide avec une réforme profonde, sans précédent, de cette prestigieuse institution. Cela fait des années que les acteurs et les observateurs du milieu culturel attirent l’attention sur la nécessaire modernisation de ce ministère qui a toujours évolué en ajoutant des directions et des établissements les uns aux autres.

 

Le ministère fêtera donc ses cinquante ans en faisant peau neuve, avec la création de trois grandes directions générales (patrimoines de France, création et diffusion, médias et économie culturelle), d’un secrétariat général renforcé, et d’une fonction d’inspection rénovée. Il fêtera ses cinquante ans avec l’arrivée historique de la direction du développement des médias, qui lui est officiellement rattachée. Il fêtera ses cinquante ans, enfin, avec des directions régionales des affaires culturelles qui comptent désormais parmi les huit grandes directions régionales de l’État.

 

Bref, il fêtera ses cinquante ans en réaffirmant son autonomie, l’importance de son rôle et des missions que lui avait confiées Malraux.

 

Christine Albanel
ministre de la Culture et de la Communication