Jean-Marie Vianney (saint), curé d'Ars

Dardilly, 8 mai 1786 – Ars, 4 août 1859

« Photo-robot » du saint Curé d’Ars (Ars, Session sacerdotale, 22-24 septembre 1959)
De son vivant, le Curé d’Ars a toujours refusé de poser pour un portrait ou d’être photographié. En l’absence d’un tel témoignage de la réalité physique du saint, on pouvait légitimement s’interroger sur la fidélité des nombreuses images le représentant. Cette incertitude amena, en 1959, la Session sacerdotale, à l’occasion du centenaire de sa mort, à demander au commissaire divisionnaire Chabot de réaliser une « photo robot » du Curé d’Ars à partir de différents documents présentant une certitude scientifique, essentiellement les photographies mortuaires. La photo reproduite ici est le résultat de cette commande.
Bourg-en-Bresse, A.D. Ain, bibliothèque
© Arch. dép. Ain/atelier photo

Au presbytère d’Ars, un vieux prêtre meurt à 73 ans. Il était né en 1786, près de Lyon, dans une famille de cultivateurs qui, une nuit, avait abrité le saint mendiant Benoît Labre. C’est un enfant de la Révolution : sa famille cache des prêtres durant la Terreur. Sa vocation tardive, encouragée par un prêtre réfractaire, Charles Balley, est contrariée : jugé debilissimus (très faible) en latin, exclu du grand séminaire, il est incorporé en 1809 dans l’armée d’Espagne ; il déserte, se réfugie dans les monts du Forez. Ordonné prêtre à Grenoble en août 1815 (l’année de Waterloo), il est nommé vicaire d’Écully auprès de M. Balley puis en 1818, à 32 ans, curé d’Ars en Dombes qu’il desservira 41 ans.

 

M. Vianney est un prêtre de la Restauration. « Lorsque M. Vianney fit son entrée dans la paroisse », rapporte le fermier Guillaume Villier, « il nous parut d’abord plein de bonté, de gaîté et d’affabilité ; mais jamais nous ne l’aurions cru si profondément vertueux. Nous remarquâmes qu’il allait souvent à l’église et qu’il y restait longtemps. Le bruit ne tarda pas à se répandre qu’il menait une vie très austère. Il n’avait point de servante, n’allait point dîner au château comme son prédécesseur, n’allait pas visiter ses confrères et ne les recevait pas chez lui. Ce qui nous frappait aussi beaucoup, c’est qu’on s’aperçut tout d’abord qu’il ne gardait rien ; nous nous disions : notre curé n’est pas comme les autres ».La conversion du village d’Ars passe par la ferveur religieuse et la lutte contre les « abus », cabaret, bal, travail du dimanche. En 1823, il entraîne les habitants, par la rivière de Saône, au sanctuaire lyonnais de Notre-Dame de Fourvière : « Mes frères, Ars n’est plus Ars ».

 

Cette pastorale collective se mue en destin individuel. Le « saint curé » est appelé à prêcher et confesser aux alentours. Il devient après 1830 le « missionnaire immobile » qui accueille dans son église des milliers de pèlerins, 30 000 sans doute dès 1834, 60 000 dans les années 1850, venus à pied, à cheval, en chariot, en diligence, bientôt en train. Ars est alors, avant Lourdes, le premier sanctuaire français. Sa réputation grandit, fondée sur sa piété, son austérité, des bruits de « diableries » et de miracles. Onze heures par jour en hiver, jusqu’à dix-sept heures en été, il confesse et réconcilie avec Dieu et avec l’Église. « C’est le péché », dit-il, « qui rend malheureux ». Il passe pour un voyant et (par l’entremise de sa « petite sainte » Philomène) pour un guérisseur : pour un saint vivant qu’on vient consulter. Épuisé, il tentera par deux fois (1843, 1853) de fuir pour « pleurer sa pauvre vie ». Il mourra curé.

 

Pie X le proclame bienheureux en 1905 ; Pie XI en fait un saint en 1925. En 1959, Jean XXIII, qui avait assisté à sa béatification, lui consacre une encyclique très personnelle. Le 6 octobre 1986, Jean-Paul II se rend à Ars pour l’honorer comme « modèle extraordinaire de vie et de service sacerdotal ». Le curé d’Ars est devenu curé universel.

 

Philippe Boutry
professeur à l’université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne
directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales