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Pierre Joseph Redouté

Saint-Hubert, 10 juillet 1759 – Paris, 19 juin 1840

Portrait du peintre Redouté
huile sur toile par le baron François Girard
Bruxelles, Musées royaux des beaux-arts
© Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Pierre Joseph Redouté est issu d’une famille de peintres. Les témoignages qui nous sont parvenus montrent qu’il pratiqua, à ses débuts comme peintre, tous les genres, mais il est vraisemblable que la peinture de fleurs l’ait intéressé assez tôt et que, s’il rejoint son frère aîné, Antoine Ferdinand, à Paris, en 1782, pour l’assister dans la peinture de décor de théâtre, il n’était pas moins déterminé à se faire une place dans un tout autre domaine : celui de l’iconographie végétale. En 1788, le peintre commence sa collaboration avec Gérard van Spaendonck et, en 1793, lui succède à la chaire de botanique au Musée d’histoire naturelle. Il y réalise plus de 500 dessins destinés à la collection des Vélins du roi, inaugurée par Gaston d’Orléans. À cette époque, il devient un proche de Joséphine de Beauharnais et collabore avec les plus grands botanistes de son entourage : Pierre Ventenat, Charles François Brisseu de Mirbel, Aimé Bonpland.

 

C’est, de fait, sous la protection de l’Impératrice qu’il réalise ses plus célèbres ouvrages : les Liliacées (1802-1805) et les Roses (1816-1824). Que Redouté ait signé ces publications de son seul nom souligne non seulement le rang que le peintre d’iconographie botanique veut s’arroger par rapport au botaniste lui-même, mais encore l’importance de la dimension esthétique de ces ouvrages. Dans « l’avertissement » au Choix des plus belles fleurs… (1827-1833), Redouté rappelle la haute conception qu’il s’était forgé du rôle de l’iconographie scientifique et croit « être parvenu à réussir sous le triple rapport de l’exactitude, de la composition et du coloris, dont la réunion peut seule porter à la perfection l’iconographie végétale. » Redouté se charge en effet tout, au long de sa carrière, non seulement de rendre ses lettres de noblesse à cette austère discipline mais aussi de porter cet « art » à la perfection. Or, il put faire cela parce qu’il se sentait dépositaire d’une tradition forte – de nombreux ouvrages de référence étaient français – mais aussi à l’avant-garde puisque les frères Bernard et Antoine Laurent de Jussieu étaient les seuls botanistes d’envergure à proposer un système de classification « naturel » pouvant légitimement se confronter au système « non naturel » mis au point par Linné et qui finalement prendra le dessus. Finalement chez Redouté l’on remarque que la valeur scientifique se superpose aux qualités esthétiques pour se sublimer et combler tous ceux qui, selon ses propres mots, « cultivent les arts » tout autant que la science.

 

Claudia Salvi
historienne d’art