François Bedos de Celles de Salelles, dit Dom Bedos de Celles

Caux (diocèse de Béziers), 27 janvier 1709 abbaye de Saint-Denis, 25 novembre 1779

L’orgue de l’église Sainte-Croix de Bordeaux,
œuvre de Dom Bedos de Celles
© Lebrecht/Rue des Archives

Le mauriste Dom Bedos est une des figures les plus emblématiques de la facture d’orgue du XVIIIe siècle. L’homme est moins connu que ses œuvres. De sa personnalité, on sait tout au plus qu’il avait « les qualités d’un bon religieux : doux, affable, obligeant et très laborieux » ; de ses talents, on connaît ses compétences en mathématiques et en gnomonique et ses dons manuels pour fabriquer lui-même les outils et les instruments dont il avait besoin.

 

Issu d’une famille de petite noblesse du Languedoc, il fait profession chez les bénédictins de la Daurade à Toulouse en 1726, après des études chez les oratoriens de Pézenas. On ignore tout de son apprentissage et l’on trouve sa trace soit comme expert, soit comme organier dans une France capitulaire et monastique, soucieuse de solenniser les offices : abbaye de Saint-Sever de Rustan, abbaye de Saint-Alyre à Clermont-Ferrand... Mais c’est à Bordeaux qu’il achève en 1748 son chef-d’œuvre pour la riche abbaye Sainte-Croix : un grand orgue de 4 claviers, 44 jeux, soit nettement moins que l’instrument idéal de 82 jeux dont il rêve. C’est un plein jeu de 32 pieds qui témoigne de son goût pour le grandiose. « Il amplifie considérablement l’orgue du XVIIe siècle, mais en lui conservant ses principales caractéristiques fondées sur les jeux de perspective sonore où échos, dialogues, grands ensembles se répondent, démultipliés par les effets de la résonance architecturale » (Marie-Bernadette Dufourcet).

 

En 1763, il s’installe à l’abbaye de Saint-Denis et, à la demande de l’Académie des sciences dont il est correspondant, et plus précisément de Duhamel du Monceau, il compose un grand traité théorique et pratique, L’art du facteur d’orgues, publié de 1766 à 1778, et plusieurs fois réédité aux XIXe et XXe siècles. Le ton est celui d’un maître-organier, sûr de son art, surtout face à des organistes qui détraquent souvent les instruments comme les rats !

 

Outre ce traité régulièrement utilisé pour la restauration des orgues anciennes, il reste surtout de Dom Bedos l’orgue de Sainte-Croix, remarquablement restauré par Pascal Quoirin en 1996. Magnifiquement habillé dans un buffet qui a retrouvé ses teintes originelles, vert et or, cet orgue est l’instrument chéri de Michel Chapuis, Francis Chapelet, Gustav Leonhardt, Marie-Claire Alain qui se sont engagés pour sa restauration. Avec le « grand seize-pieds » de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume du frère dominicain Jean-Esprit Isnard (1774) et l’orgue de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers de François-Henri Clicquot (1790), c’est le maître instrument survivant de la facture classique.

 

Philippe Loupès
professeur à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux 3