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Hyacinthe Rigaud

Perpignan, 18 juillet 1659 – Paris, 29 décembre 1743


Portrait de Pierre Drevet
huile sur toile de Hyacinthe Rigaud, vers 1700
Lyon, musée des Beaux-Arts
© Lyon MBA/Photo Alain Basset

Hyacinthe Rigaud fut l’un de ces peintres français qui sous l’Ancien Régime connurent comme portraitistes la plus haute célébrité. Cette admiration était méritée à la fois par l’abondance surprenante de l’œuvre et par sa constante perfection.

 

Né à Perpignan en juillet 1659, Rigaud s’était formé à Montpellier, puis à Lyon, avant de gagner Paris. Il y avait fréquenté l’École de l’Académie royale et en septembre 1682 il obtenait le premier prix de peinture d’histoire avec le sujet de Caïn bâtissant la ville d’Énoc.

 

C’était voir s’ouvrir le séjour envié à Rome. Que se passa-t-il exactement ? On nous dit que Charles Le Brun, frappé par les dons du jeune homme pour l’art du portrait, lui conseilla de demeurer à Paris. 1682 : c’est le moment où Le Brun médite sur la Grande Galerie de Versailles et ne souhaite pas voir s’éloigner des hommes de talent…

 

On découvre donc dans l’œuvre de Rigaud quelques-uns des noms les plus fameux du temps, à commencer par de grands portraits en pied comme le Louis XIV peint en 1701 (musée du Louvre) ou le Bossuet en habit d’apparat (1702, ibidem), d’autres présentés à mi-corps, tels le Jules Hardouin-Mansart, premier architecte et surintendant des Bâtiments du roi (peint en 1685, Louvre), le sculpteur Desjardins (peint en 1692 et présenté comme morceau de réception à l’Académie, également au Louvre), ou encore le Robert de Cotte peint en 1713 (ibidem).

 

Dans certains cas, Rigaud n’hésite pas à développer une longue perruque qui rivalise avec les ornements de soie et de broderies (Portrait du marquis de Dangeau, 1702, Versailles, musée national du château) ; mais souvent il se contente de la mise en page la plus simple et du coloris le plus sobre. Ainsi avec le Portrait de Pierre Drevet, exécuté vers 1700 et conservé au musée des Beaux-Arts de Lyon. Pourtant, signe d’amitié profonde, ici le peintre a installé au second plan sa propre image.

 

En fait, on risque de se tromper en envisageant seulement les grands morceaux officiels. Une bonne part de l’œuvre de Rigaud était consacrée à des compositions où la femme jouait un rôle majeur (La famille Léonard, 1693, Louvre). Sous cet aspect, il semble bien avoir rivalisé avec Largillière.

 

Nous touchons ici à un point essentiel. Rigaud travaillait avec assiduité, et il vécut jusqu’à quatre-vingt-cinq ans, ce qui suffirait à nous assurer d’une production égale aux plus considérables. Or il avait très tôt pris l’habitude de rédiger un « livre de raison » mentionnant toutes ses œuvres et la somme qui lui était revenue pour chacune. Le document fut publié par Roman en 1919. Mais sa précision même semble avoir nui à l’artiste. Près d’un siècle s’est écoulé sans que soit établi le catalogue critique de Rigaud…

 

C’est peut-être que l’art de Rigaud fut plus subtil qu’il n’y paraît. En 1695, il avait quitté Paris pour un bref séjour à Perpignan auprès de sa mère ; il en avait rapporté un double portrait en buste de profil qu’il voulait sculpter grandeur nature. Or la double peinture fut très vite admirée pour sa simplicité. D’autre part, avant de mourir, en 1741-1743 Rigaud peignit et légua directement au Roi une singulière Présentation au Temple (Louvre) qui semble en contradiction avec toute son œuvre. L’homme était-il plus complexe que nous ne sommes portés à le croire ?

 

Jacques Thuillier
professeur au Collège de France
membre du Haut comité des célébrations nationales