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Salomon Reinach

Saint-Germain-en-Laye, 29 août 1858 - Boulogne-sur-Seine, 14 novembre 1932

Salomon Reinach
Portrait en buste de l’archéologue sur un balcon du musée des Antiquités nationales tirage
d’après un négatif verre au gélatino-bromure d’argent,
photographe anonyme, vers 1900
Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale, photothèque
© Saint-Germain-en-Laye, MAN, droits réservés

Pour les chansonniers de Montmartre, Salomon Reinach était l’un des frères Je-Sais-Tout, celui qui, avec Joseph, le secrétaire de Gambetta au temps du « Grand ministère », et Théodore, le numismate propriétaire de la villa Kérylos, avait remporté tous les prix du Concours général. De bonne ou de mauvaise foi – de Zola à la presse antisémite –, on a souvent confondu le cadet avec l’aîné, élu de la circonscription de Digne, et le benjamin, député de Savoie.

 

Ayant suivi un parcours différent, Salomon fut normalien, agrégé, membre de l’École française d’Athènes. Membre de l’Institut, qu’il présida à deux reprises, cet érudit, philologue de formation, archéologue de métier, historien de l’art par plaisir, dut sa notoriété non à la politique, mais à ses conférences du Louvre qui attiraient en foule les auditrices. Ses succès publics furent ceux de livres où il se montrait habile vulgarisateur, Apollo, une histoire générale des arts plastiques, et des manuels où l’on instruit en amusant, comme Eulalie ou le grec sans larmes, Cornélie ou le latin sans pleurs et Les Lettres à Zoé, une initiation à la philosophie, fustigée par Aragon dans La Révolution surréaliste. Conservateur du musée de Saint-Germain-en-Laye et directeur de la Revue archéologique pendant plus de trente ans, le savant ne fut pas seulement un polygraphe encyclopédiste. Il reste un spécialiste des terres cuites de la nécropole de Myrina, un grand fouilleur de Délos, un pionnier de l’exploration de la Tunisie antique et l’initiateur de la reprise des travaux à Alésia en 1905.

 

L’historien des religions, célèbre pour la série Cultes, mythes et religions, qui inspira Totem et tabou de Freud, fit scandale en publiant Orpheus, dédié en 1909 « à la mémoire de tous les martyrs ». Abordant l’histoire du christianisme, après avoir traduit la somme de l’Américain Henry Charles Lea sur l’Inquisition au Moyen Âge, Reinach avait, selon le mot de Jérôme Carcopino, « scandalisé les chrétiens, sans satisfaire les savants ».

 

L’homme, acteur influent de l’Alliance israélite universelle et de la « Jewish Colonization Association », ne fut jamais indifférent à son siècle. Il s’engagea dans l’affaire Dreyfus en y jouant un rôle occulte, mais décisif. Ennemi de toutes les injustices, soucieux de combattre l’intolérance, il fut aux côtés de Colette, lors du procès de Robert Desnos, condamné pour La Liberté ou l’amour. Jusqu’à sa mort, il rendit visite ou écrivit à Nathalie Barney et à Liane de Pougy, qui l’avaient introduit dans le milieu des prêtresses de Sapho. Il trouvait auprès d’elles l’occasion de satisfaire la dernière grande passion de sa vie : la vie et l’oeuvre de Pauline Tarn, la poétesse Renée Vivien.

 

Hervé Duchêne
professeur à l’université de Bourgogne