Arthur Adamov

Kislovotsk, 23 août 1908 – Paris, 15 mars 1970

Portrait d’Arthur Adamov
© Lipnitzki/Roger-Viollet

Russe arménien originaire de la région de Bakou, Arthur Adamov émigre en 1924 à Paris où il crée toute son oeuvre, tant autobiographique que dramatique, en français. Une dizaine d’années après avoir écrit L’Aveu (1938), essai autobiographique publié en 1945 et salué par Artaud comme un chef-d’oeuvre car l’écrivain s’y met à nu, livrant ses obsessions les plus intimes, il fait son entrée sur la scène française avec La Grande et la Petite Manoeuvre, créée par Jean-Marie Serreau en 1950, en même temps que Ionesco, dont il est alors très proche, tant par l’irréalisme de son écriture que par sa défiance visà- vis du langage. Immédiatement, la critique l’associe également à Beckett car ces trois étrangers apparaissent comme les créateurs d’un théâtre radicalement neuf. Avec eux, l’avant-garde est née.

 

C’est un rapport bien particulier au réel qui s’exprime dans les premières pièces d’Adamov, de La Parodie, publiée en 1950, aux Retrouvailles (1954), rapport qui témoigne de la difficulté de l’être à se repérer dans un monde qui, par son opacité, lui échappe. Cette difficulté à discerner le réel de l’imaginaire, s’accompagne d’un double fléau. Le langage isole le personnage et son corps, qu’il lui est difficile de protéger, est blessé par les coups de ses partenaires. Enfermé dans une solitude extrême, il est persécuté par le monde extérieur dans lequel il se perd. Créé en 1955, Le Ping-pong marque un tournant dans son oeuvre. Découvrant Brecht, Adamov met l’accent désormais sur l’aliénation sociale. Désireux, dans ses dernières pièces, Off Limits et Si l’été revenait, de porter au théâtre à la fois les fantasmes qui détruisent l’individu et la société qui le broie, il concilie ses deux orientations antérieures et se tourne à nouveau vers le monde insondable de la psyché.

 

En 1970, sa mort brutale interrompt prématurément sa carrière. Son théâtre, poignant, est le cri d’épouvante d’un homme qui se sent étranger au monde comme au langage, qui ne peut saisir ni l’un ni l’autre avec certitude et qui vit, dans son corps, un cauchemar persécutoire. Emblématique, cette oeuvre nous parle de la condition de l’homme de cette deuxième moitié du XXe siècle, pour qui le cataclysme des deux guerres mondiales s’est conjugué au drame existentiel et qui a perdu tout repère dans l’univers.

 

Marie-Claude Hubert
professeur à l’université de Provence Aix – Marseille I