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André Bazin

Angers, 18 avril 1918 - Nogent-sur-Marne, 11 novembre 1958

André Bazin
Portrait
Coll. Cahiers du cinéma
© droits réservés

Aux yeux de beaucoup de cinéphiles à travers le monde, André Bazin passe pour l’un des plus importants théoriciens du « Septième art », voire le premier de tous. Rien, pourtant, ne prédestinait cet ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, privé d’accès à l’enseignement par une inhibition fatale, à l’exercice d’un magistère intellectuel de cette ampleur, d’autant plus que la période où il se fit connaître par ses écrits n’excéda pas une douzaine d’années, entre la Libération et sa mort prématurée, à l’âge de quarante ans.

 

Ces années, Bazin les mit d’abord à profit pour affûter ses armes théoriques au sein d’associations ressortissant du mouvement dit de l’éducation populaire (un ciné-club, « Travail et culture », « Peuple et culture », …). Le théoricien s’affirma ensuite dans les pages de la revue d’Emmanuel Mounier, Esprit, sans dédaigner de s’adresser à de plus larges audiences dans celles du quotidien populaire Le Parisien libéré. Quand, en 1951, il participe à la fondation des Cahiers du cinéma, il est dès lors en position d’en devenir le maître à penser et, par voie de conséquence, celui des futurs auteurs de la Nouvelle vague, première génération de cinéastes forgée par l’exercice de la critique. Les cinéphiles connaissent la phrase mise par Jean- Luc Godard en exergue du Mépris : « Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ». C’est avec Éric Rohmer que Bazin écrit son Charlie Chaplin, de même que c’est François Truffaut qui publiera une grosse anthologie posthume des écrits de Bazin sous le titre Qu’est-ce que le cinéma ?

 

Au reste, le lien qui unissait l’auteur d’une étude pionnière sur Orson Welles à celui des Quatre cents coups (film dédié à Bazin) allait bien au-delà  ’une admiration intellectuelle. Bazin a été le mentor du jeune critique des Cahiers, celui qui lui a fait retravailler un an durant son principal texte théorique (« Une certaine tendance du cinéma français »). Il a, plus encore, été celui qui, en accueillant, quelques années plus tôt encore, l’adolescent en rupture de ban, au bord de la délinquance, l’a définitivement structuré autour du double pôle du livre et du film : en dernière analyse, André Bazin, le professeur raté, aura été un exemple de maîtrise très réussi.

 

Pascal Ory
professeur à l’université de Paris I – Panthéon - Sorbonne
membre du Haut comité des célébrations nationales