Jean Sainteny

Le Vésinet, 29 mai 1907 - Paris, 26 février 1978

Jean Sainteny, commissaire de la République, et Hô Chi Minh dans l’hydravion « Catalina » qui les
conduit au rendez-vous avec Thierry d’Argenlieu sur le croiseur « l’Émile-Bertin », en baie d’Along,
le 24 mars 1946
© Rue des Archives/Tallandier

Deux mots pourraient suffire à résumer la carrière de Jean Sainteny : la Résistance et la décolonisation, cette dernière opérée dans le cadre de ce qu’on appelait l’Indochine et qui fut pour lui le Vietnam.

 

Il n’est pas indifférent que ce fils de bourgeois du Vésinet ait choisi de conserver, pour l’histoire, son nom de Résistance, celui du village normand où il prépara - au prix de deux arrestations aggravées de torture, suivies de deux évasions - le débarquement allié : il était l’un des chefs régionaux du réseau Alliance, auquel le général Eisenhower devait rendre un hommage particulier.

 

À Londres, le colonel Passy ayant apprécié les qualités du résistant et sachant Sainteny lié à l’Indochine - il était entré dans la famille de l’ancien gouverneur général Albert Sarraut - le désigne pour une mission auprès des groupes de résistance antijaponaise dans le Haut-Tonkin. Mission qui se transformera en celle de commissaire de la République pour l’Indochine du Nord -où Sainteny sera le délégué du haut-commissaire d’Argenlieu, flanqué lui-même du général Leclerc.

 

C’est lui qui, ayant pris contact, par l’intermédiaire des Américains, avec Hô Chi Minh (chef de la résistance vietnamienne, le Viêt-minh, à dominante communiste) et ayant décelé en lui un personnage d’exception, incliné à la recherche d’une solution pacifique avec la France qui le débarrasserait d’abord des Japonais, puis des Chinois, amorça la négociation dès le mois d’août 1945.

 

Il sut persuader Leclerc, personnage peu porté à l’abandon, que mieux valait prévenir par la négociation une nouvelle guerre coloniale et l’associer à la signature des accords du 6 mars 1946 qui faisaient du Vietnam (moins la Cochinchine) un « État libre au sein de l’Union française ». Mais le hautcommissaire d’Argenlieu - approuvé à Paris par le général de Gaulle qui venait de quitter le gouvernement mais restait la référence suprême des résistants - fit en sorte que l’accord restât lettre morte. D’où une guerre de huit ans, achevée à Dien Bien Phu.

 

Négociateur des accords de Genève qui mettaient un terme au conflit, Pierre Mendès France sut désigner le pionnier Sainteny pour représenter la France à Hanoi, en tant que « délégué général » auprès de la République démocratique du Vietnam - mission sabotée par la reprise de la guerre entre Hanoi et les États-Unis. En 1967, convaincu à son tour de la vanité de l’entreprise, le secrétaire d’État américain Henry Kissinger demanda à Jean Sainteny de s’entremettre. Trop tard : Hanoi savait que la victoire était proche.

 

De retour en France, Jean Sainteny, élu député de Paris, fut désigné comme commissaire général au Tourisme, puis ministre des Anciens Combattants du 2e cabinet Pompidou, enfin membre du Conseil constitutionnel. Mais aucune des hautes fonctions qu’il remplit avec honneur ne put faire oublier qu’il restait avant tout le maquisard de Normandie et le pacificateur (malheureux) du Vietnam.

 

Jean Lacouture
journaliste-écrivain