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Fondation de Dakar

25 mai 1857

Dakar
dessin, école française, 1855
Paris, musée du quai Branly
© RMN/Hervé Lewandowski

Le 25 mai 1857, le commandant de la division navale des Côtes occidentales d’Afrique, Léopold Protet, prend possession de Dakar au nom de la France, alors que la colonie du Sénégal est séparée administrativement en deux entités territoriales, Protet ayan t autorité sur Gorée et les établissements français au sud de cette île, et Faidherbe gouvernant un territoire réduit à Saint-Louis et au fleuve.

 

Tandis que l’administration de Gorée désire protéger du pillage les navires naufragés dans la baie de Yoff et s’affranchir des droits et coutumes payés aux chefs de la presqu’île pour le ravitaillement en eau, vivres et combustibles, le gouvernement français, soucieux de sécurité militaire, veut défendre Gorée en fortifiant la grande terre. Gorée s’enrichit, sa population s’accroît, son extension au-delà de ses limites (300 sur 900 mètres) devient une nécessité. Des traitants goréens ont rejoint sur la presqu’île les missionnaires établis depuis 1846 et participent au commerce naissant de l’arachide. Le commandant de Gorée a le souci de les protéger. Éliman Diol, le chef de Dakar, sollicite aide et assistance. N’est-ce pas sur l’île que se trouve la seule force capable d’empêcher les interventions du Damel du Cayor contre les Lébous de Dakar ? En 1853, Protet, alors gouverneur du Sénégal, fait lever par son chef du génie, Faidherbe, un plan du village de Dakar. Le 13 janvier 1857, le même Protet, depuis mars 1856 commandant supérieur de Gorée et dépendances, débarque avec quelques troupes à Dakar et la maison du commerçant Jaubert, située à l’actuel emplacement de la place de l’Indépendance, est acquise par le gouvernement et transformée en poste fortifié.

 

Le 25 mai, Protet arbore sur le poste le pavillon français et demande à « tout le monde de se conduire à Dakar avec la prudence et les égards quemérite une population qui a fêté aujourd’hui notre prise de possession parce qu’elle a cru à la parole que je lui ai donnée et que je tiendrai, de ne porter atteinte à aucun de ses droits et de la traiter en tout et pour tout comme française ». Une ville est ébauchée par les soins de celui qui sera le véritable fondateur de Dakar, le chef du génie de Gorée, Pinet-Laprade, qui deviendra en 1859 commandant supérieur de Gorée et, en 1865, gouverneur du Sénégal avant de mourir du choléra en 1869. Un phare est construit sur la Grande Mamelle et la Compagnie des Messageries impériales s’engage à assurer la ligne du Brésil. Commencé en 1862, le port de Dakar est inauguré en 1866.

 

La séparation entre Saint-Louis et Gorée ne donne toutefois pas les résultats attendus. À l’impuissance des autorités goréennes de satisfaire les aspirations de comptoirs dispersés le long des côtes de Guinée, se répercutent les demandes des commerçants de Gorée et dépendances d’un pouvoir fort et protecteur, et le souci de Pinet-Laprade, officier du génie comme Faidherbe (gouverneur du Sénégal de 1854 à 1861 et de 1863 à 1865), d’établir une ligne télégraphique et un chemin de fer entre Gorée et Saint-Louis. Le regroupement des deux colonies permet à Faidherbe d’entreprendre une expédition qui dégage la presqu’île du Cap-Vert. L’administration est transférée en 1875 de Gorée à Dakar, mais il faut attendre la construction du chemin de fer en 1883 pour donner à Dakar toute son importance, consacrée en 1887 par son érection en commune pour ses 8 700 habitants. Elle se sépare ainsi de Gorée qu’elle absorbe en 1929. En 1902, Dakar devient le siège du Gouvernement général de l’Afrique Occidentale Française et prend alors allure de capitale, avec un grand port de guerre et de commerce. La bataille de septembre 1940 et la crise de Suez en 1956 consacrent son importance mondiale. Lors de son centenaire, célébré en grande pompe en 1957, la ville compte 400 000 habitants. L’année suivante la capitale du Sénégal est transférée de Saint-Louis à Dakar.

 

Jacques Charpy
archiviste-paléographe
conservateur général honoraire du patrimoine
directeur honoraire des Archives de l’A.O.F.