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Panthéonisation de Marcellin Berthelot

25 mars 1907

Marcellin Berthelot dans son laboratoire en 1903
© Leemage

Marcellin Berthelot appartient à la petite cohorte des scientifiques panthéonisés qui comprend, entre autres, Lazare Carnot (1889), Condorcet et Monge (1989), les mathématiciens honorés à l’occasion du centenaire et du bicentenaire de la Révolution française. Titulaire de la chaire de chimie organique à l’École supérieure de pharmacie puis au Collège de France à partir de 1865, Marcellin Berthelot contribua à la création de l’École des hautes études, fut inspecteur général de l’enseignement supérieur, avant d’être fugitivement ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts puis ministre des Affaires étrangères. Tout pénétré de sa haute mission, ce libre penseur fut l’apôtre d’une science désintéressée. Aussi ne déposa-t-il jamais de brevet : autres temps, autres moeurs ! Dans cette même lignée s’inscrit la panthéonisation (en 1948) de deux physiciens anti-fascistes, Paul Langevin et Jean Perrin : ce dernier prit une part active à la fondation du CNRS en tant que soussecrétaire d’État à la Recherche sous le Front populaire.

 

Plus qu’aux critères habituellement reçus, la raison décisive de cette panthéonisation fort singulière tint en vérité aux circonstances de la mort de Marcellin Berthelot, emporté par le chagrin une heure après le décès de son épouse. La panthéonisation les réunit donc dans un même caveau : le Panthéon, accusé si généralement d’être un monument glacé arrachant les morts à leur sépulture familière et, par exemple, Rousseau à ses chers peupliers d’Ermenonville, fut un moment consacré comme le Temple de l’amour conjugal. Avec son fameux tableau de 1788 montrant Lavoisier encouragé par sa femme dans son cabinet de travail, David avait fondé un imaginaire scientifique touchant. Plus tard, c’est la photographie qui allait immortaliser Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire, avant que leurs dépouilles ne soient transférées au Panthéon en 1995. Mais Marie Curie fut bien alors la toute première femme panthéonisée car elle le fut pour elle-même et au nom de ses travaux.

 

Jean-Claude Bonnet
directeur de recherche au CNRS
centre d’étude de la langue et de la littérature françaises des XVIIe et XVIIIe siècles (Paris IV-Sorbonne)