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Jacques de Morgan

Huisseau-sur-Cosson, 3 juin 1857 - Marseille, 12 juin 1924

portrait de Jacques de Morgan
extrait de la photographie de sa promotion à l’École des mines de Paris, 1879
Paris, bibliothèque de l’École des Mines
© collection et cliché École des mines de Paris

Le baron Jacques Jean-Marie de Morgan était issu d’une vieille famille galloise. Né à Huisseau-sur-Cosson, dans le Loir-et-Cher, le 3 juin 1857, il a passé sa petite enfance dans la Somme. Il fit ses études secondaires au lycée de Lons-le-Saunier dans le Jura puis, suivant l’exemple de son père, il effectua des études d’ingénieur à l’École des mines, dont il sortit diplômé en 1882.

 

Dès son adolescence, il se passionna pour l’archéologie et la paléontologie en fouillant entre 1868 et 1874 le site de Campigny dans l’Eure - site éponyme du Campignien -, en 1870 la nécropole mérovingienne de Blangy, puis les tumulus de Moidons dans le Jura.

 

Ingénieur, il prospecta des mines d’or en Transylvanie pour un consortium de bijoutiers puis, après avoir séjourné en Inde, des mines d’étain en Malaisie. Ses premières publications furent consacrées alors à des travaux de géologie, de préhistoire, d’ethnologie et même de linguistique concernant les pays dans lesquels il avait voyagé : la Transylvanie, l’Inde, la Malaisie.

 

En 1886, le ministère de l’Instruction publique lui confia une mission en Transcaucasie où il entreprit des fouilles dans une nécropole de l’âge du fer, au sud de Tiflis (Tbilissi). Ses recherches dans la région du Caucase aboutirent à deux importants volumes : Mission scientifique au Caucase. Tome I : Les premiers âges desmétaux dans l’Arménie russe (1889). Tome II : Recherche sur les origines des peuples du Caucase (1889).

 

En 1889, le ministère de l’Instruction publique l’envoya en Perse où il séjourna jusqu’en 1892 et où il fit des prospections dans les régions du Louristan et du Kurdistan. C’est au cours de cette mission en Perse qu’il se rendit à Suse où il découvrit sur les pentes d’un tell des poteries non tournées et des silex taillés qui attestaient la présence de niveaux préhistoriques. Cette première mission en Perse donna lieu à la publication de cinq importants ouvrages : Étude géographique, Étude géologique, Études paléontologiques, Recherche archéologique, Étude linguistique et à l’édition d’une carte des rives méridionales de la Caspienne, du Kurdistan, du Mouknir et de l’Élam.

 

À l’issue de son séjour en Perse, en 1892, il fut nommé directeur intérimaire des Antiquités de l’Égypte où il séjourna pendant six années au cours desquelles il fit des découvertes archéologiques très importantes. Dès 1892, il mit au jour, à Saqqarah, les mastabas de Kabin et de Merouka de la VIe dynastie et le scribe de Saqqarah. Il fit déblayer le grand temple d’Ombos, situé sur la rive droite du Nil, et découvrit, à Meir, des petits soldats et des petites barques de la XIe dynastie qui informent sur les tenues et l’armement des troupes et les moyens de navigation de cette période. De 1893 à 1895, il effectua des fouilles dans la nécropole royale de Dahchour ; il y découvrit la sépulture du roi Ra-Fou-Ab, avec sa statue de bois et son cercueil lamé d’or ainsi que les tombeaux des princesses Ita et Khnoumit de la XIIe dynastie avec leur couronne et leur trésor. Enfin, entre 1895 et 1897, il découvrit la tombe dite de Ménès, à Négadah, près d’Abydos, dans un monument de briques crues, qu’il attribua au premier pharaon de la première dynastie. Au cours de ses prospections, il repéra plusieurs stations de plein air néolithiques et paléolithiques.

 

Au cours de son séjour en Égypte, il réorganisa le service des Antiquités d’Égypte et créa la direction des travaux de Carnac. Avec Botti, en juin 1892, il lança le musée d’Alexandrie, il améliora et agrandit le musée de Gizeh, consolida le temple de Komombos et il publia de nombreux articles et ouvrages comme par exemple : Travaux archéologiques en Égypte, 1892-1893, Le trésor d’Ousortesen, 1894, Le trésor de Dahchour, mai-juin 1894.

 

En 1897, il fut nommé directeur de la Délégation archéologique française en Perse, qui fut dotée de moyens conséquents, et il entreprit alors, à Suse, d’importantes fouilles dans des tells en privilégiant une étude stratigraphique. Il mit ainsi en évidence, dans le tell de l’Acropole, haut de 30 m., une civilisation jusqu’alors inconnue, l’Élam, avec les céramiques archaïques peintes de Suse, les tablettes élamites, la stèle de Naramsin, la statue de la reine Napirasou, le code d’Hammourabi. Une grande partie de ses découvertes à Suse est conservée aujourd’hui au département des antiquités orientales du musée du Louvre. Les résultats de ses recherches firent l’objet d’une publication en treize volumes : Mémoires de la délégation parus entre 1900 et 1912.

 

Après avoir donné, en 1912, sa démission de directeur de la Délégation archéologique française de Perse, il se retira à Marseille où il se consacra à la rédaction de son monumental ouvrage, La Préhistoire Orientale, qui sera édité, en cinq volumes, en 1926, peu après son décès. Il rédigea également dans sa retraite marseillaise de nombreux comptes rendus de ses fouilles, des travaux de synthèse et même des romans archéologiques. Il mourut à Marseille le 12 juin 1924.

 

Nous devons à Jacques de Morgan, ingénieur, diplomate, explorateur, archéologue, préhistorien, créateur et organisateur de musées, restaurateur de monuments, une oeuvre scientifique considérable et notamment les premiers travaux sur la préhistoire égyptienne.

 

Henry de Lumley
directeur de l’Institut de paléontologie humaine
membre correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres