Alphonse Laveran, prix nobel de physiologie et de médecine

10 décembre 1907

Alphonse Laveran en 1907, l’année de son prix Nobel
© Branger/Roger-Viollet

Charles, Louis, Alphonse Laveran fut le premier Français à qui fut attribué en 1907 le prix Nobel de physiologie et de médecine, non seulement pour sa découverte du parasite responsable du paludisme, l’hématozoaire plasmodium, mais pour l’ensemble de ses travaux dans le domaine de la parasitologie.

 

Né en 1845, Alphonse Laveran entra en 1863 à l’École du service de santé militaire à Strasbourg. Il passa sa thèse de doctorat en médecine en 1866 et entreprit une carrière de médecin militaire en particulier aux ambulances de l’armée de l’Est pendant la guerre de 1870, puis à l’hôpital militaire Saint-Martin à Paris. Passionné par les maladies transmissibles, il fut nommé professeur agrégé du Val-de-Grâce à 29 ans en 1874, attaché à la chaire des maladies épidémiques des armées.

 

Après 4 ans d’enseignement et de recherches, en particulier en histologie, à Paris, il fut affecté en 1878 en  lgérie aux hôpitaux de la division de Constantine. C’est dans cette ville qu’il mettra en évidence l’agent responsable du paludisme. Sa formation d’histologiste l’amena à examiner le sang de sujets atteints de cette maladie. Il était déjà connu que le paludisme entraînait la formation d’un pigment noir, la mélanine, dans les globules blancs. Laveran se demanda pourquoi la fièvre palustre donnait naissance à ce pigment alors que d’autres fièvres parfois plus graves n’en donnaient pas. Une observation minutieuse lui fit constater, près des globules blancs chargés de ce pigment, « des corpuscules sphériques, hyalins, d’ordinaire pigmentés et des éléments en croissant très caractéristiques ». Dans un premier temps, il hésita à croire qu’il s’agissait de parasites. Mais le 6 novembre 1880, en examinant le sang d’un cavalier du 8e escadron, il observa sur les bords de ces corps sphériques, des éléments mobiles qui ne lui laissèrent plus aucun doute. L’agent responsable du paludisme était découvert. Il fit aussitôt présenter, le 23 novembre 1880, par son ancien professeur, Léon Colin, une communication à l’Académie de médecine intitulée « Note sur un nouveau parasite trouvé dans le sang de plusieurs malades atteints de fièvre palustre ». Cette communication fut reçue avec scepticisme et l’un des membres de l’Académie  écrivit sur la page de garde de la note : « Il n’y a pas lieu de faire un rapport »... Pourtant, ces travaux seront vite confirmés par la communauté scientifique internationale.

 

De retour à Paris en 1884, nommé titulaire de la chaire d’hygiène et de médecine légale au Val-de-Grâce, il prit immédiatement contact avec Louis Pasteur à qui il montra ses préparations et qui fut convaincu de la réalité de sa découverte.

 

Au terme de son mandat de titulaire de chaire en 1894, Laveran, devenu membre de l’Académie de médecine en 1893 et membre correspondant de l’Académie des sciences, sollicita une affectation parisienne pour pouvoir poursuivre ses recherches dans de bonnes conditions. Non impressionnés par ses éminents travaux, les responsables du Service de santé l’affectèrent tout d’abord à Lille puis à Nantes ! Laveran adressa alors sa demande de mise à la retraite qui fut acceptée en février 1897.

 

Laveran poursuivit sa carrière de chercheur à l’Institut Pasteur à Paris où il fut accueilli par Émile Roux, le successeur de Louis Pasteur. L’oeuvre scientifique qu’il y accomplit fut considérable tant dans le domaine du paludisme que dans celui d’autres maladies tropicales dont, en particulier, la maladie du sommeil. C’est l’ensemble de son oeuvre dans laquelle la découverte du parasite à l’origine du paludisme est l’élément le plus prestigieux, qui fut couronné en 1907 par le prix Nobel.

 

Non seulement chercheur, Laveran était aussi, à l’Institut Pasteur, le conseiller de tous les médecins des troupes coloniales qui s’efforçaient de lutter contre les grandes endémies tropicales. Il y créa en 1907 la Société de pathologie exotique dont il fut le premier président. Il y travailla jusqu’à sa mort survenue le 18 mai 1922.

 

Professeur Pierre Saliou
président de la Société de pathologie exotique