Autres anniversaires signalés
Proposer, chaque année, une liste de « célébrations nationales » oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur les faits majeurs propres à éclairer la réflexion contemporaine et sur des personnalités, des oeuvres, des événements, qui paraissent devoir être mis particulièrement en valeur comme les repères d’une mémoire nationale. Mais d’autres anniversaires, dont la notoriété n’est pas forcément moindre, ont aussi, pour certains d’entre nous, une valeur affective, pour tous une portée éducative. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture, de notre histoire et de notre patrimoine. Les notices de cette rubrique ont pour auteurs Arlette Grimot, Patrick Micaud aidés ponctuellement par Danièle Neirinck.
Vie politique et institutions
Fin de l'ordre des Templiers en France
1307
L’ordre est alors une importante puissance financière, ce qui lui permet de prêter d’importantes sommes à Philippe le Bel, toujours à court de liquidités. Afin de s’approprier leur « Trésor » et d’affermir la prééminence de son pouvoir, le Roi de France confie à son légiste Guillaume de Nogaret l’organisation dans le secret absolu d’une grande opération sur l’ensemble de son territoire. Durant la seule matinée du 13 octobre 1307, tous les Templiers de France sont arrêtés et leurs biens confisqués. Le Grand Maître, Jacques de Molay, est arrêté et les 3000 commanderies situées en France investies par les agents du Roi. Cette opération démontre la parfaite organisation de l’administration royale mais est un échec sur le plan financier.
Olivier de Clisson
Clisson, 23 avril 1328
Josselin, 22 avril 1407
Breton d’abord, artisan des succès militaires et diplomatiques qui firent de Jean de Montfort Jean IV de Bretagne, son hostilité à la présence anglaise et ses ambitions personnelles le conduisent à se rapprocher de
du Guesclin, à qui il succède au titre de connétable en 1380. Il participe à la neutralisation des Grandes Compagnies et lutte contre les troupes anglaises en Guyenne. Chef du parti français en Bretagne, il fait du château de Josselin une imposante place-forte et noue des alliances, notamment avec les Rohan. À la suite d’une tentative d’assassinat dont il est l’objet en 1392, Charles VI, au refus de Jean IV de livrer le coupable, prend la tête d’une armée pour attaquer la Bretagne et est frappé près du Mans de sa 1ère crise de folie. Destitué par les oncles du roi, O. de Clisson se réconcilie avec Jean IV mais ce rapprochement ne survivra pas à la politique de son successeur. Placé par sa position de grand féodal au coeur des antagonismes de la Guerre de 100 ans, O. de Clisson est une figure importante de la constitution du royaume de France.
Saint François de Paule
Paola (Calabre), 1416
Plessis-lès-Tours, 2 avril 1507
Le futur saint François de Paule est mis par ses parents sous la protection de saint François d’Assise. Dès l’âge de 14 ans, il décide de vivre dans une grotte en ermite ; il y reste six ans. Quelques disciples l’ayant rejoint, il construit un premier monastère, fonde l’ordre des frères minimes (les plus petits enfants du Christ) et institue une règle commune basée sur la pauvreté, la mortification, la charité et la pénitence. Les miracles de François se multipliant, sa renommée se propage dans toute l’Europe et il doit créer d’autres monastères pour y accueillir ses nombreux disciples. Averti de ses guérisons miraculeuses, le roi de France Louis XI, malade, dut faire intervenir le pape Sixte IV pour que François de Paule accepte enfin de venir, en avril 1483, à la Cour de France. Le miracle n’eut pas lieu mais le futur saint prépara pendant un an le souverain à mourir. Charles VIII fit
bâtir des monastères pour l’ordre des Minimes à Amboise et à Tours ; c’est dans ce dernier que François de Paule s’éteignit sans avoir revu sa Calabre natale.
Un édit royal incorpore au domaine de France les possessions personnelles du Souverain à l’exception du Béarn et de la Navarre
juillet 1607
Henri IV, selon la coutume, intègre ses possessions personnelles au domaine royal. Il présente au Parlement un édit par lequel il déclare son patrimoine indissolublement uni à la couronne - avec toutefois quelques réserves. En effet, sont cédés les domaines hérités de son père, Antoine de Bourbon, situés pour la plupart au nord de la Loire (duchés de Vendôme et de Beaumont, fiefs de Picardie). De ce qu’il tient de sa mère, Jeanne d’Albret, il cède les comtés de Foix, de Rodez et de Périgord ainsi que la vicomté de Limoges mais, conformément à ce qu’il avait déclaré dès avant son abjuration, il maintient les royaumes de Navarre et de Béarn dans leur statut de terres souveraines, préservant ainsi la spécificité de terres acquises au protestantisme. Est également réuni à la couronne, le domaine alençonnais de Marguerite d’Angoulême. En conséquence, à l’exception de l’enclave pyrénéenne, il n’existe plus à l’intérieur du royaume de territoire indépendant du pouvoir royal.
Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan
Château de Tonnay-Charente
(Saintonge), 1641
Bourbon l’Archambault, 23 mai 1707
Satellite du Soleil pendant la période glorieuse du règne de Louis XIV, sa liaison, commencée en 1667, dura quelque 12 ans. D’une « beauté à faire admirer à tous les ambassadeurs », « une de ces figures qui éclairent les lieux où elles paraissent », d’un esprit vif et cultivé, bénéficiant d’un statut quasi royal, elle protégea auteurs et artistes. Des huit enfants qu’elle eut du roi, six furent légitimés, dont Mle de Blois (1677-1749), future épouse du Régent. Son rôle se borna toutefois à briller et elle n’eut guère d’influence politique. Entrecoupée d’orages et de crises, entachée de rumeurs lors de l’Affaire des poisons, cette passion, à laquelle Bossuet porta les 1ers coups lors du jubilé de 1676, s’acheva dans les humiliations. Mme de Montespan, à l’instar de Mle de La Vallière, se retira au couvent tout en conservant l’habitude de se rendre aux eaux de Bourbon l’Archambault où elle mourut en 1707 ; on prête au roi cette oraison funèbre : « Il y a trop longtemps qu’elle est morte pour moi pour que je la pleure aujourd’hui ».
Attentat de Damiens
Versailles, 5 janvier 1757
Alors que le roi montait dans sa voiture pour rejoindre Trianon, Robert François Damiens franchit la haie des gardes et le frappa avec un canif. Louis XV portait d’épais vêtements d’hiver, la lame ne pénétra donc que d’un centimètre dans sa chair mais on craignit qu’elle soit empoisonnée. Damiens fut arrêté et sévèrement torturé afin qu’il avoue le nom de ses complices ainsi que les motifs de son acte. Aucune certitude n’existe sur les réelles motivations de ce personnage obscur et un peu déséquilibré ; les historiens s’accordent pour considérer qu’il a agi isolément. Louis XV accorda son pardon et souhaitait une peine symbolique mais, sur la pression du Parlement de Paris, il dut accepter un procès pour régicide. Damiens fut exécuté en place de Grève en mars 1757 dans des conditions effroyables. La cruauté des conditions de cette mise à mort furent violemment dénoncées par le parti philosophique.
Alexandre Auguste Ledru Rollin
Paris, 2 février 1807
Fontenay-aux-Roses, 21 décembre 1874 Alexandre Ledru ajoutera à son patronyme le nom de Rollin, celui de ses ancêtres maternels. Avocat, il se distingue par son éloquence et ses plaidoiries en faveur des journalistes républicains. Il est élu député du Mans en 1841, siège à l’extrême gauche, défend le suffrage universel et participe activement à la campagne des Banquets qui se termine par la révolution de février 1848 et l’abdication de Louis-Philippe. Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement provisoire, il prépare la loi qui institue le suffrage universel en France. Il échoue aux élections présidentielles de décembre 1848, mais est élu en mai 1849 député à l’Assemblée législative où il s’oppose violemment à la politique du Princeprésident. Menacé d’emprisonnement, il s’exile à Londres où, avec d’autres révolutionnaires européens, il fonde en 1868 le Comité de la République universelle. Il rentreen France après la Commune mais, bien qu’ayant été réélu député en 1871 et 1874, il est isolé et ne joue aucun rôle politique majeur.
Jules Grévy
Mont-sous-Vaudrey, 15 août 1807
9 septembre 1891
Issu d’une famille républicaine, il quitte le Jura pour Paris peu avant 1830 et devient avocat. En 1848, il est nommé commissaire de la République dans le Jura. Élu à l’Assemblée constituante, il s’oppose en vain à l’élection du président de la République au suffrage universel. Arrêté lors du coup d’État de 1851, il reprend sa carrière d’avocat et est élu bâtonnier en 1868, date qui marque ainsi son retour à la politique. Député du Jura, républicain modéré, il est hostile à la guerre contre l’Allemagne en 1870, comme à la Commune en 1871. À la
mort de Thiers en 1877, il dirige le parti républicain. Élu en 1879 à la présidence de la République après la démission de Mac- Mahon, il oeuvre en faveur d’une république parlementaire. Attaché à la paix, il s’oppose à l’expansion coloniale ; en politique intérieure, il soutient la politique anticléricale. Réélu en 1885, le « scandale
des décorations » le contraint à démissionner mais il est, encore un peu aujourd’hui, le symbole de la mise en place des idées républicaines dans les institutions.
Jean-Baptiste Donatien Vimeur,
comte de Rochambeau
Vendôme, 1er juillet 1725
Thoré-la-Rochelle, 10 mai 1807
Il choisit la carrière militaire, participe dès 1742 à plusieurs campagnes en Europe et est nommé maréchal de camp dès 1761. En 1780, il part en Amérique avec le corps expéditionnaire de 6 000 soldats français envoyé pour aider les troupes dirigées par George Washington dans leur guerre d’indépendance. C’est Rochambeau qui conseilla à Washington de ne pas attaquer les Anglais dans la région de New York mais à Yorktown en Virginie. Le 19 octobre 1781, la célèbre bataille de Yorktown fut remportée par les troupes américaines, fortement aidées par celles de Rochambeau ; elle aboutit au traité de Paris. Revenu en France, gouverneur de l’Artois et de la Picardie, Rochambeau se rallie à la Révolution, est nommé à la tête de l’Armée du Nord en 1790 mais démissionne en 1792. Napoléon lui accordera une pension de maréchal jusqu’à sa mort en 1807.
Vote de la loi sur le cadastre
15 septembre 1807
L’Ancien Régime avait échoué à dresser le cadastre général du royaume. En 1790, les anciens impôts fonciers furent supprimés et remplacés par une contribution unique applicable à toutes les propriétés en fonction de leur superficie et de leur revenu net. Une commission chargée d’étudier la confection du cadastre fut donc créée le 30 juin 1802 (1). Après avoir décidé l’établissement d’« un cadastre par masses de culture », on se rendit compte de l’insuffisance du procédé et une loi du 15 septembre 1807 définit le principe et les règles applicables pour l’établissement d’un cadastre général parcellaire. La réalisation d’une telle réforme demandait du temps, un nouvel arpentage de toutes les parcelles étant nécessaire, ce qui explique qu’il fallut attendre 1850 pour que l’ensemble du territoire français fût « cadastré »
1. brochure des Célébrations nationales 2002 page 36.
Georges Leygues
Villeneuve-sur-Lot, 26 octobre 1857
Saint-Cloud, 2 septembre 1933
C’est l’une des personnalités politiques les plus brillantes de la IIIe République. Très jeune, il est élu député. Il accède aux responsabilités ministérielles à 38 ans mais c’est en 1917, au moment le plus crucial de la Première Guerre mondiale, que Clemenceau lui confie le ministère qu’il occupe pratiquement jusqu’à sa mort en 1933, celui de la Marine. Après la guerre, l’action de Georges Leygues est orientée vers un seul but, la reconstruction et le développement de la marine française. Comme Colbert deux siècles auparavant, il est persuadé que seule une flotte moderne et puissante peut assurer la paix et la sécurité de la France et de son Empire. Il lance la construction de 100 navires, développe les arsenaux de Toulon et Brest et organise le stockage à terre des hydrocarbures.
Création de la commune d’Arcachon
3 mai 1857
Dès 1823 est ouvert à Arcachon, site apprécié pour son climat, un établissement de bains de mer, mais ce sont les frères Péreire, propriétaires de la ligne de chemin de fer Bordeaux - La Teste, qui décident du destin de cette localité, déclarée commune par décret impérial le 3 mai 1857. Dans le droit fil du nouvel art de vivre qui prend son essor, se développe un double tourisme, estival et thermal, à l’origine de la division d’Arcachon en deux villes : l’une d’été, organisée en rues perpendiculaires le long de la baie, l’autre d’hiver, bâtie sur la dune où les ruelles atténuent l’effet du vent. Destinées à accueillir une clientèle aisée, leur architecture porte la marque de cette vocation, conciliant respect des traditions locales et goût de l’époque pour les décors inspirés des expériences coloniales. Arcachon est un des témoins du développement du territoire à travers le progrès industriel sous le Second Empire.
Pierre Mendès France
Paris, 11 janvier 1907 - 18 octobre 1982
Jeune avocat, Pierre Mendès France adhère au parti radical ; il est élu à 25 ans député de l’Eure et, en 1938, il est sous-secrétaire d’État au Trésor dans le second gouvernement de Léon Blum. Condamné et emprisonné par Vichy, il s’évade et rejoint le général de Gaulle en 1942. Il combat comme officier d’aviation avant d’être nommé commissaire aux finances du Comité français de libération d’hui encore un des principaux syndicats d’étudiants mais sa dénomination a changé, elle est devenue l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF).
Loi sur la protection du salaire féminin
juillet 1907
Le droit de la femme mariée à disposer de son salaire est depuis 1886 une revendication du courant philanthropique protestant et des mouvements féministes, tel le projet de Jeanne Chauvin, 1ère femme docteur
en droit, diffusé à la presse, aux juristes et aux parlementaires. Le débat reprend en 1905 dans le contexte plus favorable de la Belle Époque, étayé par des analyses économiques et sociologiques. Votée pour faire pièce aux abus du mariage sous le régime de la communauté des biens qui fait du mari, même indigne, le seul gestionnaire des ressources du foyer, la loi sur la protection du salaire féminin se situe au point de rencontre entre les mouvements féministes qui revendiquent l’égalité civile et politique et une majorité qui, fondant l’équilibre social sur l’autorité du mari tout en cherchant à protéger les personnes vulnérables, s’inscrit dans une logique paternaliste. En dépit de ses insuffisances et de ses difficultés d’application, elle constitue la 1ère brèche dans les dispositions du Code civil (1) qui dénie à la femme mariée tout droit de propriété et de personnalité civile.
1. Cf. brochure Célébrations nationales 2004
La Triple Entente
1907
Signée le 31 août 1907, la Triple Entente unit la France, le Royaume-Uni et la Russie pour faire contrepoids à la Triple Alliance conclue en 1882 entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie. Résultat diplomatique de solides relations économiques, elle synthétise trois accords antérieurs : l’accord militaire franco-russe (1892), l’Entente cordiale (1904) entre la dites « Brigades du Tigre », surnom de Clemenceau, police républicaine au service des magistrats,dotée des moyens les plus novateurs. Ancêtres des SRPJ, les brigades mobiles ont inspiré dans les années 70 une série télévisée et, en 2006, un film.
Création du mouvement
ATD Quart-Monde
1957
Fondateur du mouvement, le père Joseph Wresinski a doublement l’expérience de la misère : né dans une famille d’immigrés pauvres, il rejoint en 1956, à Noisy-le- Grand, un camp de familles sans abri avec lesquelles il fonde en 1957 l’association Aide à toute détresse. Le mouvement devient ATD Quart-Monde quand, en 1968, le père Wresinski utilise ce terme pour désigner les plus pauvres du monde entier. Conscient du besoin de dignité et d’indépendance des personnes en difficulté, c’est avant tout sur la formation et l’accès à la culture qu’il assied l’aide qu’apporte ATD Quart-Monde. Mouvement non confessionnel international, ATD Quart-Monde est aujourd’hui présent dans 29 pays. Il bénéficie d’un statut consultatif auprès de nombreux organismes internationaux (Unesco, Conseil de l’Europe, ...) ; en France, il siège entre autres au Conseil économique et social. Son credo : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés ; s’unir pour les faire respecter est un devoir sacré » est gravé sur la dalle du Trocadéro.
Littérature et sciences humaines
Histoire comique contenant les états et empires de la lune de Cyrano de Bergerac
1657
Premier volet d’un diptyque posthume dont le 2nd ne paraît qu’en 1662, cette oeuvre s’inscrit à la croisée de deux traditions : celle du voyage imaginaire, illustrée par l’Utopie de Thomas More (1516), prétexte à une satire des moeurs du temps en évoquant à travers entretiens et descriptions un univers inversé qui soudain rend perceptibles les ridicules du monde réel, que l’habitude cachait. Depuis l’Antiquité, ce type de récit est la voie royale de l’expression de la libre pensée, quand le non-conformisme et l’athéisme peuvent mener à l’exil, en prison, voire au bûcher. Mais parallèlement, Cyrano intègre à son imaginaire les avancées de la connaissance
scientifique. Les explications qui doivent rendre le fantastique plausible sont parfois à nos yeux inexactes, elles n’en sont pas moins rationnelles et conformes à la science du temps. Il est ainsi l’un des initiateurs d’un genre nouveau qui deviendra la science-fiction.
Le Diable boiteux de Lesage
1707
S’inspirant de l’ouvrage de Luis Velez de Guevara (1651), Lesage l’enrichit de nombreux épisodes. L’argument est connu : le Diable (Asmodée), libéré par un étudiant de l’ampoule qui l’emprisonne, le récompense en soulevant pour lui les toits de Madrid : il surprend diverses scènes, intimistes, osées ou sordides où se révèle le « dessous des cartes » de la société. Chacune constitue un conte autonome et l’ensemble s’inscrit dans une double veine : celle du fabliau et celle de la vogue des aventures hispanisantes, prémices de celle de l’exotisme. Lesage s’écarte ainsi des préoccupations politiques qui commencent à poindre pour renouer avec l’enquête morale héritée de La Bruyère, agrémentée des flamboyances du baroque qui s’épanouit, pour évoquer le pittoresque d’une réalité mouvante et incertaine. La vivacité du style, la richesse d’imagination que manifeste la diversité des aventures ont assuré le succès de cet ouvrage qui connaît en 1726 une édition remaniée.
Aloysius Bertrand
Céva (Piémont), 20 avril 1807
Paris, 29 avril 1841
C’est à Dijon où ses parents se sont fixés qu’Aloysius Bertrand entre en littérature par le journalisme politique. L’échec de son journal, Le Provincial, le pousse à « monter » à Paris où, malgré l’accueil chaleureux des Romantiques, Hugo, Nodier, Sainte-Beuve, le succès n’est pas davantage au rendez-vous. Il regagne Dijon, vivote du journalisme, échoue dans ses tentatives théâtrales et meurt à 34 ans de misère et de tuberculose. Ironie du sort : la gloire lui vient après sa mort et une oeuvre unique, publiée en 1842 par Sainte-Beuve et David d’Angers, suffit à l’assurer : Gaspard de la Nuit, recueil de poèmes en prose répartis en 6 livres, où le choix de la prose ne fait que voiler l’extrême maîtrise de la rime et du vers et où, sous l’imagerie alliant médiévisme, mysticisme, fantastique et truculence, point la vérité intime d’une intense vie intérieure. Créateur du poème en prose qu’allait illustrer Baudelaire, son oeuvre a inspiré Ravel et durablement influencé l’écriture poétique, notamment le Surréalisme.
Lucien Lévy-Bruhl
Paris, 10 avril 1857 - 13 mars 1939
Reçu 1er en 1879 à l’agrégation de philosophie, il publie en 1884 deux thèses de doctorat L’idée de la responsabilité et L’idée de Dieu dans Sénèque où il engage une réflexion sur la morale comme science de la différence des moeurs, dont il déduit la formule : « il n’y a pas et ne peut y avoir de morale théorique ». Cette perspective, qui remet en cause la notion de « nature humaine », le conduit à poser le problème des racines sociales de la raison, où la structure du groupe déterminerait celle de la pensée. Mentalité occidentale et mentalité primitive s’évaluent alors dans leurs spécificités et non plus en termes de hiérarchie, comme le développent des ouvrages tels que La mentalité primitive (1922) ou La mythologie primitive (1925). En exposant que le mystique et l’émotionnel ne s’opposent pas au rationnel mais constituent une manière propre d’appréhender le monde, Lévy-Bruhl participe au renouvellement du regard porté sur les différents peuples et ouvre la voie à l’extension de la notion de culture.
Samivel
Paris, 11 juillet 1907
Grenoble, 18 février 1992
Écrivain, poète, graphiste, aquarelliste, cinéaste, photographe, explorateur et conférencier, Paul Gayet-Tancrède se passionne très jeune pour l’alpinisme et, dès 1928, se fait connaître par ses dessins et illustrations d’ouvrages consacrés à la montagne. Il illustre et écrit avec un grand succès les textes de nombreux albums destinés aux enfants, invente des histoires humoristiques, des personnages pittoresques, ou adapte les textes d’auteurs classiques comme Villon, Rabelais ou La Fontaine. En 1948, il accompagne Paul-Émile Victor dans la première expédition française au Groenland, il en rapporte des aquarelles et des dessins, ainsi que trois films documentaires. Il voyage dans des pays plus proches, comme l’Égypte ou le Népal, en rapporte des films, publie des récits de voyages. Précurseur dans le combat pour la défense de l’environnement, il milite activement pour la protection de la nature et de la vie sous toutes ses formes.
Roger Vailland
Acy-en-Multien, 16 octobre 1907
Meillonnas, 12 mai 1965
Roger Vailland n’a que 21 ans lorsqu’il est engagé comme journaliste par Pierre Lazareff ; la même année il crée avec Roger Gilbert-Lecomte et René Daumal la revue surréaliste Le Grand Jeu. Cette expérience littéraire est de courte durée, Vailland se consacre au journalisme en qualité de grand reporter. Il voyage et découvre la dure réalité politique de l’époque, marquée par la montée des dictatures. Il prend conscience de la nécessité de l’engagement politique. Il entre dans la Résistance fin 1942 et, simultanément écrit son premier roman Drôle de jeu qui est publié en 1945 et qui obtient le prix Interallié. Il ne cesse ensuite de publier régulièrement des romans inspirés par sa vie même, d’abord son expérience communiste, puis sa désillusion après le soulèvement de Budapest en 1956, enfin la recherche hédoniste et libertaire du bonheur personnel.
Octave Mirbeau, La 628-E8
novembre 1907
Auteur reconnu, Octave Mirbeau décide, à la fin de sa vie, de renouveler ses thèmes d’inspiration. La 628-E8 est caractéristique de cette évolution. Dans sa voiture immatriculée 628-E8 le narrateur, qui n’est autre que l’auteur lui-même, part à l’aventure pour découvrir le Nord de la France, la Belgique, la Hollande et l’Allemagne. Curieux de tout, heureux et libre grâce à l’automobile, Octave Mirbeau multiplie les anecdotes et réflexions très actuelles,s’interroge sur ce qui constitue le patrimoine commun de l’Europe.
Alfred Döblin
Stettin, 10 août 1878
Emmendingen, 26 juin 1957
Issu d’une famille juive et bourgeoise, Alfred Döblin étudie la médecine et l’exerce à Berlin comme neurologue. Proche des milieux les plus progressistes, il est l’un des fondateurs en 1910 d’une revue pour laquelle il rédige des articles sur l’actualité politique et artistique, avant de publier ses premiers romans. En 1929, il devient célèbre grâce à son roman Berlin Alexanderplatz. Toute son oeuvre ayant été interdite par la censure hitlérienne, il s’exile en Suisse puis à Paris où, en 1936, il acquiert la nationalité française. Après la défaite de 1940, il atteint difficilement les États-Unis et s’installe à Hollywood où il tente sans succès de travailler comme scénariste. Il revient en Europe en 1945, suit l’armée française, retrouve avec désolation Berlin en ruine, s’installe en Forêt noire et publie une dernière trilogie romanesque, non encore traduite en français, qui illustre l’ambiguïté de l’écrivain face à l’histoire.
Jean-Marie Domenach
prend la direction de la revue Esprit
1957
Fondée en 1932 par Emmanuel Mounier et Georges Izard, la revue Esprit veut réconcilier le politique et le spirituel et se distingue par sa vigilance vis-à-vis aussi bien du communisme que du fascisme et du nazisme. Son histoire est scandée par les événements auxquels les responsables successifs ont été confrontés. En 1957, J.-M. Domenach, l’un des animateurs de la Résistance à Lyon, en devient directeur. Il le restera jusqu’en 1977 et sera donc en 1ère ligne pour les événements et les transitions qui jalonnent cette période : décolonisation, gaullisme, mai 68, ... Adepte d’une position lucide et courageuse sur la colonisation, la revue marque son opposition à la guerre d’Algérie ; parallèlement, elle contribue à la naissance d’une « nouvelle gauche » et, par des no spéciaux qui font date, entre autres sur la psychiatrie, la sexualité, l’Église, les handicapés, ... elle favorise la modernisation de la France.
Arts
Édits royaux de création des ateliers de tapisserie des Flamands
François de la Planche
et Marc de Comaus à Paris
15 juillet 1607
Ces édits sanctionnent l’ambition d’Henri IV de concurrencer la Flandre sur l’une de ses terres d’élection : la tapisserie, en instituant un style qui allie le savoirfaire flamand à l’inventivité de la peinture italienne. En 1597, il avait créé une manufacture transférée au Louvre en 1608 et Marie de Médicis avait fondé en 1604 à Chaillot l’ancienne manufacture de la Savonnerie qui devait fabriquer tapis, tentures et tapisseries pour le compte de l’État. C’est dans ce processus que s’inscrivent François de La Planche, originaire d’Audenarde, et Marc de Comaus, licier d’Anvers, quand ils installent leur fabrique faubourg Saint-Marcel dans l’ancien hôtel de la famille Gobelins, sur un site traversé par la Bièvre, dont les eaux attiraient depuis le Moyen Âge des industries de teinture et de blanchiment des tissus. À la mort de F. de La Planche (1627), ses héritiers s’installent faubourg Saint-Germain tandis que les Comaus demeurent sur place.
Antonio Canova
Possagno, 1er novembre 1757
Venise, 13 octobre 1822
Né dans une famille de tailleurs de pierre, il est initié très jeune à la taille du marbre. Il étudie la sculpture et la peinture. C’est à Rome, au contact direct avec les trésors de la statuaire antique, qu’il trouve la source de son inspiration. Il se fait rapidement reconnaître comme l’un des maîtres du style néoclassique qui s’impose alors dans tous les pays européens. Ses sculptures matérialisent le rêve d’une époque bouleversée par l’épopée napoléonienne, le rêve de faire revivre dans le marbre les idéaux antiques de beauté et de perfection formelle en les alliant aux aspirations plus contemporaines d’héroïsme, de sensualité et d’esthétisme. Admiré par Napoléon, Canova est appelé plusieurs fois à Paris. Il peut ainsi réaliser la sculpture de Pauline Borghèse considérée comme l’une de ses oeuvres majeures. Il est, en 1815, chargé de négocier la restitution par la France des oeuvres d’art volées à l’Italie par les armées de Bonaparte.
Jean Carzou
Alep, 1er janvier 1907
Massac-sur-l’Isle, 12 août 2000
De son vrai nom Garik Zouloumian, il naît à Alep dans une famille arménienne. Il arrive à Paris en 1924 pour étudier l’architecture mais s’oriente rapidement vers la peinture. Il choisit la figuration contre l’abstraction et il est inspiré par des thèmes fortement stylisés baignant dans une lumière onirique intensément colorée. Ses oeuvres se distinguent par un lyrisme visionnaire par lequel l’artiste exprime sa propre vision pessimiste de son époque, marquée par la désolation, les ruines et les génocides liés aux grands conflits du XXe siècle. C’est après la Deuxième Guerre mondiale que l’oeuvre de Jean Carzou est reconnue mondialement, et sa carrière de peintre, de graveur et de décorateur de théâtre ne se termine qu’avec sa mort, le 12 août 2000.
Wilhelm Mayvald, dit Willy Maywald
Clèves (Allemagne), 15 août 1907
Paris, 21 mai 1985
Passionné d’art et de littérature, il s’inscrit en 1928 à l’École des beaux-arts de Berlin où il travaille dans les studios de cinéma. Installé à Paris en 1931, il apprend la photographie chez Harry Meerson et ouvre son propre studio en 1934. Collaborateur de nombreux magazines, auteur à Cagnessur- mer de deux séries majeures, « Le jardin de Renoir » et « Le jardin de Monet », ses portraits de personnalités des arts et des lettres et ses clichés de mode et d’architecture lui valent d’exposer dès 1935 en compagnie de Dora Maar et Pierre Boucher.
Interné en France en 1939-1940, réfugié en Suisse de 1942 à 1946, il se spécialise dans la photographie de mode à son retour à Paris, réalise pour Dior certaines des icônes du new-look et travaille entre autres pour Balmain. Doué d’un sens aigu de la lumière, de l’élégance et du raffinement, il cache sous le dandysme la rigueur de ses exigences esthétiques.
Yves Allégret
Asnières, 13 octobre 1907
31 janvier 1987
Il débute sa carrière au cinéma en 1930 en qualité d’assistant de son frère aîné, Marc, le fils spirituel d’André Gide cinéaste déjà reconnu. Il sera ensuite l’assistant d’autres réalisateurs, notamment Jean Renoir. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale qu’Yves Allégret réalise luimême une série de films qui se distinguent
par leur réalisme, leur pessimisme et la critique d’une société où règne le pouvoir de l’argent. En 1947, Dédée d’Anvers a un grand succès et révèle une jeune comédienne, son épouse, Simone Signoret. En 1953, il réalise son chef-d’oeuvre, Les orgueilleux, d’après un scénario de Jean- Paul Sartre.
Edwige Feuillère
Vesoul, 29 octobre 1907
Paris, 13 novembre 1998
Dès sa majorité, elle vient à Paris pour préparer le concours d’entrée au Conservatoire. Elle est immédiatement engagée à la Comédie-Française qu’elle quitte deux ans après pour débuter une carrière au cinéma. C’est cependant sur les scènes des théâtres qu’elle régnera pendant plus de cinquante ans. Les plus grands auteurs de l’époque : Claudel, Cocteau, Giraudoux et Anouilh, séduits par sa grâce, sa diction parfaite lui confient la création de certains de leurs plus grands rôles. Au cinéma, elle a été l’héroïne de nombreux films dont L’aigle à deux têtes en 1947 et Le Blé en herbe en 1953. L’élégance et la dignité qui la caractérisent lui ont permis de bénéficier, tout au long de sa longue carrière de l’admiration d’un public fidèle. Elle fait ses adieux au théâtre à l’âge de 85 ans en 1992.
Raymond Savignac
Paris, 6 novembre 1907
Trouville-sur-Mer, 31 octobre 2002
D’origine aveyronnaise, Savignac a eu un très long apprentissage de dessinateur. Il fut en particulier, à partir de 1935, l’assistant de Cassandre. Après s’être longtemps cherché, il trouve sa voie en 1949 : « Je suis né à l’âge de 41 ans des pis de la vache Monsavon » avouait-il. Suivent ses grands succès pour Dunlop, Maggi, Vichy Célestins, Aspro, Bic, tous reconnaissables par leur caractère humoristique. Avec lui, l’affiche devient un clin d’oeil ; son efficacité tient à son sens de l’ellipse. Il renouvelle la vision du rapport des choses et des personnes. « L’affiche est un scandale visuel », aimait-il à répéter.
Naissance d’Yves Brayer Versailles, 18 novembre 1907
Paris, 29 mai 1990
Il étudie le dessin et la peinture dans les académies de Montparnasse et à l’École des beaux-arts. À l’âge de 20 ans, il bénéficie d’une bourse qui lui permet de partir en Espagne ; voyage suivi par un autre au Maroc avant qu’il découvre l’Italie. Ces trois longs séjours hors de France auront une influence décisive sur son oeuvre, il restera fidèle toute sa vie à la peinture figurative ainsi qu’aux couleurs et à la lumière des paysages méditerranéens. Le talent d’Yves Brayer est reconnu dès son retour à Paris et, jusqu’à sa mort en 1990, il ne cesse d’être régulièrement exposé dans les grandes galeries françaises et étrangères. Son talent ne se limite pas à la peinture, il maîtrise également les techniques de la gravure sur cuivre et de la lithographie. Il crée des
décors pour le théâtre et l’opéra, illustre des livres à tirage limité et réalise des cartons de tapisseries. Membre de l’Académie des Beaux-Arts, il est conservateur du musée Marmottan pendant plus de 11 ans.
Entrée de l’Olympia de Manet au musée du Louvre
janvier 1907
Après le décès d’Édouard Manet en 1883, tous les tableaux se trouvant dans son atelier furent mis en vente à l’Hôtel Drouot dont la grande composition dénommée Olympia, peinte en 1863, qui ne trouva pas d’acquéreur et resta la propriété de sa veuve. Celle-ci remit le tableau en vente six ans après et Claude Monet décida d’organiser une souscription pour l’acheter et l’offrir à l’État. Cette souscription fut un succès et, en 1890, l’État accepta ce don. Contrairement au souhait des souscripteurs, l’entrée du tableau au musée du Louvre fut refusée et c’est au musée du Luxembourg qu’il fut exposé. Claude Monet n’acceptait pas cette situation. Il profita en 1906 de l’entrée d’autres tableaux de Manet au Louvre, suite à la donation Moreau-Nélaton, pour demander à Georges Clemenceau d’intervenir auprès du sous-secrétaire d’État aux beaux-arts. Cette intervention fut décisive et, c’est ainsi que l’Olympia entra dans la collection du musée du Louvre.
Création de la Fédération des Sociétés théâtrales d’amateurs
Nancy, 15 août 1907
Ce sont neuf « sociétés » qui constituent la première Fédération représentative du théâtre amateur. Cette nouvelle fédération a pour objectifs de propager le goût des lettres françaises, de contribuer à l’éducation du peuple par le théâtre, de créer des liens entre les troupes adhérentes et d’unir leurs efforts pour défendre la pratique du théâtre amateur auprès des pouvoirs publics et des sociétés d’auteurs. Dès les années vingt, la Fédération s’organise en unions régionales. Rebaptisée depuis 1975 Fédération Nationale des Compagnies de Théâtre et d’Animation (FNCTA), elle a complété ses missions initiales en organisant festivals, stages et rencontres et en accompagnant les troupes adhérentes dans leurs démarches.
Apparition du terme « nouvelle vague »
1957
C’est dans un numéro de L’Express que Françoise Giroud, alors directrice de la rédaction du magazine, annonce le lancement d’une grande enquête destinée à cerner la conception de l’avenir et les aspirations de la jeunesse française de l’époque. Pour caractériser cette nouvelle génération, Françoise Giroud inventa un terme, celui de « nouvelle vague ». Ce terme marqua les esprits et, dès l’année suivante, il fut repris pour caractériser un groupe de jeunes cinéastes français. Ce groupe, composé de Jean-Luc Godard, François Truffaut, Éric Rohmer et Claude Chabrol, tous unis dans le même rejet du formalisme et de la forme narrative traditionnelle du cinéma français, créèrent un style cinématographique totalement nouveau à l’image de la jeunesse de l’époque qui aspirait à une plus grande liberté et rejetait les modèles anciens.
Sciences et techniques
Fondation de l’hôpital Saint-Louis
1607
« Pour remédier au désordre arrivez (sic) en temps de contagion », Henri IV valide en mai 1607 la proposition des gouverneurs de l’Hôtel-Dieu - où l’épidémie de 1562 avait causé 68 000 morts -d’utiliser les revenus d’un octroi royal sur les ventes de sel à Paris pour construire « hors les faubourgs » un hôpital présentant la particularité de n’ouvrir que ponctuellement pour recevoir en période d’épidémie pestiférés et malades contagieux. L’architecte Villefaux dessine des bâtiments en forme de quadrilatère, dont la construction s’échelonne de 1607 à 1613 (classés Monuments historiques en 1937). Le 1er malade est accueilli en 1612 et en 1773, à la suite de l’incendie de l’Hôtel- Dieu, l’usage de l’hôpital Saint-Louis devient permanent.
Édit de Marly
18 mars 1707
L’édit de Marly se caractérise par son ambition nationale puisque, dépassant les spécificités régionales, il s’étend à l’ensemble du territoire. Partant d’un constat que Molière n’aurait pas renié : « ... empêcher que des personnes sans titre et sans capacité ne (continuent) d’exercer la médecine sans y apporter souvent d’autres dispositions que l’Art criminel d’abuser de la crédulité des Peuples ... », l’édit réorganise les études et la pratique de lamédecine. Voulu par Louis XIV « perpétuel et irrévocable », il constitue le 1er grand texte de santé
publique. Il réserve aux facultés françaises le droit de former les médecins qui exerceront sur le territoire, définit les obligations tant des étudiants que des professeurs, prévoit les sanctions en cas de manquement, garantit les moyens matériels d’en respecter les dispositions. Nonobstant les interdits de l’Église, l’accent est mis sur l’anatomie, étudiée en amphithéâtre de dissection. Il comporte également un volet social : obligation est faite aux médecins de réserver 1 jour/semaine aux soins gratuits aux indigents.
Louis Jacques Thenard
La Louptière, 4 mai 1777
Paris, 21 juin 1857
Venu à Paris faire des études de pharmacie, Thenard est admis en 1794 dans le laboratoire de Vauquelin, à qui il succède au Collège de France en 1804. Dès 1799, il publie un mémoire de chimie remarqué par l’Institut. Chargé par Chaptal d’« inventer » un bleu pour la peinture à l’huile, il remplit sa mission après des essais avec
A. Gros et L. Mérimée. De 1807 à 1811, il mène avec Gay-Lussac des travaux publiés sous le titre Recherches physico-chimiques, il découvre l’eau oxygénée en 1818, le bore, puis il établit une classification des métaux. Nommé professeur en Sorbonne en 1809, à Polytechnique en 1810, élu à l’Académie des sciences la même année, il est doyen de la faculté des sciences de 1821 à 1840. Des récompenses officielles reconnaissent ses
travaux : la Légion d’honneur en 1815, et, en 1825, le titre de baron. Parallèlement à sa carrière scientifique, il s’implique dans la vie politique du temps et est député de l’Yonne de 1827 à 1831, avant d’être fait pair de France en 1832.
Pierre Jules César Janssen
Paris, 22 février 1824
Meudon, 23 décembre 1907
Physicien, docteur ès sciences (1860), Jules Janssen est élu en 1873 membre de l’Académie des sciences (section astronomie) et du Bureau des longitudes. Il est associé à la Royal Society en 1875, année où il obtient la création et la direction de « l’Observatoire d’astronomie physique de Paris », installé en 1876 à Meudon et qui prend un développement considérable. Plus particulièrement occupé d’analyse spectrale et de photographie astronomique, il contribue à des découvertes sur le Soleil ainsi que sur la constitution et le devenir des astres. Chacune de ses nombreuses missions à l’étranger est marquée par une découverte ou une invention, telles la nouvelle méthode d’étude des protubérances solaires qu’il applique à Guntoor (Inde) en 1868 et la conception du « revolver photographique » qu’il utilise en 1874 pour observer au Japon le passage de Vénus sur le Soleil. En France, il fait ériger en 1893, au sommet du mont Blanc, un observatoire de missions d’altitude à vocation pluridisciplinaire.
Championnat de France cycliste sur route
1907
Alors que les premiers championnats de France cyclistes ont eu lieu sur piste, l’épreuve, depuis 1907, se déroule sur route, ce qui la rapproche des conditions dans lesquelles se déroule, entre autres, le Tour de France. Organisée chaque année, elle est destinée à attribuer le titre de champion de France au terme d’une course unique. Son vainqueur porte le maillot tricolore jusqu’au championnat suivant.
Jacques Anquetil
Mont-Saint-Aignan, 8 janvier 1934
Rouen, 18 novembre 1987
En signant en 1950 sa première licence amateur (AC Sotteville), Jacques Anquetil tourne le dos aumétier paternel, l’horticulture. Ses qualités sportives lui permettent de commencer d’emblée à bâtir un palmarès impressionnant et ses 1ers succès lui valent d’être envoyé aux J.O. d’Helsinki (1952) pour participer à la course contre la montre par équipes, où la France obtient la médaille de bronze. Cycliste professionnel de 1953 à 1969, il remporte 184 victoires, dont les plus marquantes sont ses 5 Tours de France, 2 Tours d’Italie et 9 Grands Prix des Nations. Ses duels avec Raymond Poulidor sont entrés dans la légende du cyclisme. Il abandonne la compétition en 1970 et se reconvertit en fermier normand, tout en restant présent dans le sport comme consultant à la télévision et directeur de courses.
Mise en service de la première usine de Lacq
avril 1957
Dès 1949, la Société nationale des pétroles d’Aquitaine effectue des forages dans la région de Lacq, dans l’espoir d’y trouver du pétrole. Elle en découvre en effet, mais le gisement se révèle pauvre... Toutefois en 1951, un sondage entraîne une forte éruption de gaz. De longues et difficiles recherches sont nécessaires pour définir les conditions selon lesquelles ce gaz peut être exploité. Ce n’est qu’en 1955 que commencent les travaux de construction d’une usine de traitement du gaz. Entre-temps, d’autres forages ont été effectués sur la
zone de Lacq et 32 autres puits se sont révélés productifs. C’est en avril 1957 que l’usine de Lacq est mise en service, elle produit alors un million de m3 de gaz par jour. Cette usine se développe postérieurement, l’installation initiale étant complétée par trois autres unités de production. En 1960, la production de ces usines
représente 90% de la production de gaz en France. Le gisement est aujourd’hui épuisé.
Fondation du Centre d’études arctiques
1957
C’est en 1957 que Jean Malaurie et Fernand Braudel fondent le Centre d’études arctiques qui est le premier laboratoire interdisciplinaire français chargé d’étudier cette partie du monde alors mal connue. À l’origine intégré au Centre national de recherche scientifique et associé à l’École des hautes études en sciences sociales, ce centre peut rapidement assurer les missions de recherche qui lui ont été confiées, les mettre en oeuvre sur le terrain et enrichir très notablement les connaissances scientifiques sur les territoires arctiques. Le centre d’études arctiques est aujourd’hui encore dirigé par Jean Malaurie ; il est désormais rattaché à la seule EHESS et assure avec succès des missions très variées : enseignement, missions de recherche sur le terrain, colloques. Il est unanimement considéré comme un carrefour international pour la recherche sur les territoires arctiques.
Premier satellite artificiel : le Spoutnik
1957
Ambition humaine depuis la nuit des temps, les germes de la conquête spatiale éclosent dans les horreurs de la guerre sous la forme des bombes volantes V1 et V2. Elle devient après les combats la facette scientifique la plus spectaculaire de la guerre froide. Les Soviétiques marquent le 1er point en lançant le 4 octobre 1957 Spoutnik 1, 1er satellite artificiel de la Terre. Sphère de 58 cm de diamètre et de quelque 83 kg, mise sur orbite par une fusée due à Sergueï Korolev lancée depuis la base de Baïkonour, il tourne autour de la Terre en 97 minutes et a pour fonction d’émettre son inoubliable bip-bip, manifestation du système de communication qui devait permettre de vérifier les principes de pressurisation et de thermorégulation ainsi que d’étudier la propagation des ondes dans l’atmosphère, où il se désintègre le 4 janvier 1958. L’événement est vécu par les États-Unis comme un défi tant à leur sécurité qu’à leur amour-propre, ouvrant ainsi la voie à la course à l’espace.
Lutte contre la poliomyélite
1957
Les cas de poliomyélite, atteinte par un virus de la substance grise de la moelle épinière aux séquelles lourdement invalidantes, manifestent dans l’après-guerre une recrudescence préoccupante, passant de 838 pour la période 1941-1945 à 1672 pour 1951-1955 puis 2227 pour 1956- 1960. Toutefois, en 1957, un laboratoire lyonnais lance la fabrication d’un vaccin dérivé des travaux du docteur Jonas Salk (USA, 1954), ce qui permet aux autorités en charge de la santé publique de décider la vaccination massive de la population, action qui se déploie de manière privilégiée en milieu scolaire. Contestée par certains, cette mesure permet néanmoins une baisse spectaculaire des cas de poliomyélite, équivalant à sa quasi-éradication en France.


