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Un hiver heureux en Nouvelle-France

1606 - 1706

Illustration du Théâtre de Neptune de Marc Lescarbot
© coll. part.

En mars 1606, Champlain qui avait passé l’hiver à Port-Royal, en Acadie partit en voyage de reconnaissance en direction de la Nouvelle-Angleterre. En juillet 1606, un navire de ravitaillement envoyé par le sieur de Mons arriva à Port-Royal avec à son bord le sieur Jean de Poutrincourt de retour en Acadie et Marc Lescarbot.

Ce dernier était un avocat originaire de Vervins, lié d’amitié avec les sieurs de Mons et de Poutrincourt. C’était un personnage très original, ce Marc Lescarbot, très différent des autres Français présents dans le Nouveau Monde. Poète et humaniste, il rédigea la première Histoire de la Nouvelle-France qu’il fit publier à Paris en 1609. Son bref passage à Port-Royal fut marqué par la présentation de la première pièce de théâtre jouée en Amérique du Nord. En novembre 1606, il écrivit et fit monter le Théâtre de Neptune, un divertissement nautique qui saluait le retour de Jean de Poutrincourt à Port-Royal. Le Théâtre de Neptune mit en scène le dieu Neptune, accompagné de six tritons qui vinrent, en canots d’écorce, accueillir le navire du sieur de Pontrincourt. Avec cette pièce Lescarbot transportait dans le Nouveau Monde le cérémonial des entrées royales dans les villes françaises de l’époque. Il est considéré aujourd’hui comme un des pères fondateurs de la littérature -d’expression française en Acadie et au Québec.

Afin d’égayer les longs jours et les hivers acadiens de Port-Royal, Samuel de Champlain eut aussi l’idée de créer l’ordre de Bon Temps. Ce dernier était destiné à créer un plus grand esprit de corps entre les membres de l’état-major de Poutrincourt. L’ordre tint ses premières rencontres durant l’hiver 1606-1607. Tour à tour, les membres de Port-Royal devaient préparer un repas pour les confrères, fruit de leur chasse et de leur pêche. De temps en temps, le chef des amérindiens Mi’Kmaqs de la région, le sagamo Membertou et ses proches, étaient invités à partager le festin au cours duquel le responsable de la soirée entrait cérémonieusement dans la salle principale de l’Habitation (1) en portant au cou le collier de l’ordre qu’il tendait au futur hôte de la prochaine soirée. Dans l’actuelle Habitation reconstruite de nos jours, on peut facilement imaginer -l’ambiance de ces soirées. Le gouvernement de la province de la Nouvelle-Écosse a redonné vie à l’ordre du Bon Temps et il est toujours possible d’en devenir membre.

 

Maurice Basque
directeur des études acadiennes
université de Moncton (Canada)

 

1 - Voir la brochure Célébrations nationales 2005