Fulbert est nommé évêque de Chartres

Automne 1006

Fulbert sermonnant son peuple
devant la cathédrale qu’il a fait édifier
obituaire, ms 4, fol. 94
bibliothèque municipale de Chartres
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Il y a mille ans, Fulbert fut nommé évêque de Chartres par le roi Robert le Pieux. Nous ne savons rien de ses origines. Il naquit sans doute vers 970 en Italie ou en Picardie, on en discute encore. De même nous ne savons pas où ce remarquable professeur et grand savant fit ses études. Il n’a certainement pas été l’élève de Gerbert de Reims comme on le prétendait autrefois. Ce n’est qu’en 1004 que nous le voyons installé à Chartres comme diacre et écolâtre.

 

C’est grâce à sa correspondance et aux témoignages de ses élèves que nous connaissons bien la culture et l’enseignement de Fulbert. Adelman de Liège dit qu’en son maître revivent également Hippocrate, Pythagore et Socrate.

 

Fulbert en effet a trouvé à Chartres matière à apprendre la médecine. Il discute de géométrie avec un autre élève, Ragimbold, écrit un poème sur le comput, c’est-à-dire le calcul, et s’intéresse à la musique. Il est enfin « le vénérable Socrate qui dirige l’Académie de Chartres » comme l’appelle Adelman. Non seulement il a une bonne culture littéraire mais il a étudié la logique. Un des manuscrits de Chartres (n° 100), qui date de son époque, se présente comme un florilège d’œuvres de dialectique (Cicéron, Boèce, Gerbert) et contient même son poème sur la différence entre rhétorique et dialectique.

 

Ce qui fait la différence entre Fulbert et Gerbert de Reims, c’est que l’évêque de Chartres est également savant dans les sciences religieuses. Ses domaines privilégiés sont les sacrements de baptême et d’eucharistie, la Vierge Marie (cinq sermons sur neuf lui sont consacrés) et le mystère de la Trinité. Dans ses trois traités « contre les Juifs » il démontre sans polémiquer les erreurs de ces derniers concernant le Christ et le Saint Esprit.

 

Après la mort de Fulbert, son disciple Adelman de Liège écrivit un poème abécédaire pour présenter tous les disciples de l’évêque. Les plus célèbres sont Hildegaire qui alla à Poitiers puis devint écolâtre à Chartres en 1024, Bernard d’Angers qui, installé à Conques, écrivit les « Miracles de sainte Foy » et Bérenger de Tours, qui avait trop retenu les leçons de dialectique et, voulant appliquer des concepts rationnels au mystère de l’eucharistie, fut accusé d’hérésie. Ajoutons des clercs liégeois et un certain Bonipert qui devint évêque de Pecs en Hongrie.

 

La réputation de Fulbert fut telle que le roi Robert le Pieux, fils d’Hugues Capet, le nomma évêque de Chartres en 1006. Fulbert fut sacré par son métropolitain Liery de Sens. Pendant tout son épiscopat, Fulbert voulut  apporter son aide et son avis à la vie politique et religieuse du royaume : « Si vous voulez-traiter de la justice, de la paix, de l’état du royaume, vous me trouverez toujours prêt, moi, petit satellite, à venir en aide dans la mesure de mes forces », écrit-il en 1008 au roi Robert. Quand il le fallait, Fulbert s’opposait au roi à propos d’élections irrégulières d’évêques car, partisan de la réforme de l’Église, il voulut combattre la simonie, c’est-à-dire l’achat ou la vente des charges épiscopales, et le nicolaïsme, c’est-à-dire le mariage des clercs.

 

Il joua un rôle de conseiller auprès du roi, du comte de Chartres, Eudes, et d’autres grands seigneurs féodaux, tel Guillaume V duc d’Aquitaine. À ce dernier, il envoya en 1020 une lettre (n° 51) restée célèbre, dans laquelle il définissait les devoirs du vassal. Ce texte est toujours cité par les historiens de la société féodale.

 

Fulbert fut en excellentes relations avec deux abbés de son temps Abbon de Fleury1 et Odilon de Cluny. Au premier, il demanda alors qu’il n’était que diacre d’intervenir dans l’élection irrégulière de l’abbé de Saint-Père-en-Vallée. C’est la lettre n° 1, adressée à « l’abbé vénéré » et « au grand philosophe » qu’était Abbon de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire). De la fin de son épiscopat datent les lettres à Odilon de Cluny « l’archange des moines » engagé, lui aussi, dans une réforme nécessaire de l’Église.

 

Dans la nuit du 7 au 8 septembre 1020, la cathédrale de Chartres brûle entièrement. Fulbert décide de la reconstruire. Il fait appel à la générosité du comte Eudes, mais aussi de Richard de Normandie, de Guillaume d’Aquitaine et même du roi Cnut de Danemark qui règne sur l’Angleterre. En 1024, la cathédrale est reconstruite. Il en reste l’actuelle église basse, du moins dans sa partie orientale, qui présente des chapelles et un déambulatoire, solution architecturale nouvelle pour l’époque.

 

Musicien, Fulbert composa des hymnes, dont l’un consacré à la paix, et développa la liturgie mariale. C’est dans son église consacrée à la Vierge qu’il organisa les cérémonies liturgiques et prêcha au peuple de Chartres. C’est Fulbert que l’on voit dans un manuscrit du XIe siècle devant la nouvelle cathédrale au milieu d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

Fulbert mourut le 10 avril 1028 et fut enterré dans le monastère de Saint-Père-en-Vallée.

 

À côté de Gerbert d’Aurillac, mort pape sous le nom de Sylvestre II en 1000, et d’Abbon de Fleury mort l’année suivante, Fulbert est une des grandes figures de la chrétienté du début du XIe siècle. Il sera par la suite vénéré comme un saint.

 

Pierre Riché
professeur émérite de l'université de Paris X - Nanterre