Théodore Chassérieu

Sainte-Barbe de Samana (Saint-Domingue), 20 septembre 1819 – Paris, 8 octobre 1856

Venus Anadyomène dite Vénus marine
huile sur toile, 1838
Paris, musée du Louvre
© RMN / Gérard Blot

Théodore Chassériau demeure, parmi les peintres majeurs de l’époque romantique, l’une des figures les moins connues du grand public, bien qu’une importante rétrospective consacrée à ses peintures, dessins et gravures ait tenté de lui rendre justice en 2002 (Paris, Grand Palais ; Strasbourg, Palais Rohan; New York, Metropolitan Museum of Art).

 

Fils d’un diplomate que les activités consulaires avaient entraîné dans les Caraïbes, le jeune Théodore, né d’une mère créole, ne devait demeurer que peu de temps dans l’île de Saint-Domingue. De retour à Paris dès 1821, il affirmait très rapidement son goût pour le dessin, ce qui lui permit d’entrer à l’âge de onze ans dans l’atelier de formation le plus en vue de l’époque, celui d’Ingres, installé à Paris depuis 1824. Très vite repéré comme un des élèves les plus doués, il connaissait le succès dès le Salon de 1839 avec deux de ses chefs-d’œuvre, Vénus marine et Suzanne au bain. Après un séjour de huit mois en Italie en 1840-1841, il prenait conscience de la distance qui le séparait désormais de « l’ingrisme » orthodoxe, et se tournait vers un style de peinture plus poétique, dans lequel s’affirmait sa personnalité imaginative et son goût pour les sujets littéraires. Un voyage en Algérie en 1846 allait renforcer les colorations audacieuses de sa palette, ce que lui reprocherait une partie de la critique, l’accusant de passer du camp d’Ingres (celui de la ligne) à celui de son grand rival Delacroix. La critique moderne a tenté de démontrer qu’il se situait en fait ailleurs qu’entre ces deux grandes tendances du milieu du siècle, et que c’était un tout autre romantisme qu’il entendait cultiver.

 

Mort très jeune, Chassériau a laissé de nombreux tableaux de chevalet, mais aussi d’importantes décorations à Paris, dans les églises Saint-Merri (Cycle de la vie de sainte Marie l’Égyptienne) comme à Saint-Roch et à Saint-Philippe du Roule (Descente de croix) ; son œuvre maîtresse, le grand cycle décoratif de la Cour des Comptes (1844-1848, près de trois cents mètres carrés de peintures à sujets allégoriques), presque entièrement détruit par le feu en 1871 pendant la Commune, n’a survécu qu’à l’état de fragments, conservés et désormais exposés au Louvre. Grâce à l’inlassable action de son neveu, le baron Arthur Chassériau, une grande partie de son œuvre est entrée dans les musées français en 1934, dont un extraordinaire ensemble de plus de 2 200 dessins et 37 carnets et albums conservés au département des arts graphiques du Louvre.

 

Louis-Antoine Prat
chargé de mission au département des arts
graphiques du Louvre
membre du conseil artistique des musées nationaux