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Robert de Cotte

Paris, 1656 – Passy, 14 juillet 1735

Buste en marbre par Coysevox
1707
Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève
© Bibliothèque Sainte-Geneviève - Paris / Nabil Boutros

Fils et petit-fils d’architectes, beau-frère de Jules Hardouin-Mansart, Robert de Cotte est auprès de lui, de 1685 à 1708, son premier adjoint dirigeant son agence et participant avec efficacité à l’élaboration et à l’exécution de ses projets.

 

Reçu à l’Académie d’Architecture en 1687, Robert de Cotte entreprend, sur ordre de Louvois, en août 1689, un voyage instructif de six mois en Italie qu’il consacre à l’examen appliqué des monuments de la péninsule, de Rome à Turin, en passant par Florence, Venise et Gênes.

 

Nommé en 1700 contrôleur des Bâtiments du Roi au département de Paris, il est anobli en 1702 et succède en 1708 à Jules Hardouin-Mansart dans les charges de Premier Architecte du Roi.

 

De cette longue et fructueuse collaboration entre les deux architectes, il est difficile de mesurer avec exactitude la part effective prise par chacun d’eux dans l’élaboration et l’exécution des nombreux projets réalisés au cours des trente dernières années du règne de Louis XIV, qu’il s’agisse de commandes royales telles que la chapelle et le grand Trianon à Versailles, l’aménagement du chœur selon le vœu de Louis XIII à Notre-Dame de Paris, ou bien de -commandes privées parisiennes ou provinciales (chœur de l’église Saint-Paul, place Vendôme, hôtel de ville et place Bellecour à Lyon, flèche de la cathédrale d’Orléans).

 

J.-F. Blondel signale que « l’intégrité et la capacité de Robert de Cotte lui attirèrent la confiance de tous les grands seigneurs et le suffrage de ses contemporains ». Effectivement, les commandes de la « haute société » se -multiplient, signe prémonitoire puis réalité du retour momentané de la Cour à Paris après la mort de Louis XIV. Nous notons, dans le faubourg Saint-Germain, les hôtels du Lude, d’Estrées, du Maine, de Belle Isle ou, dans le quartier du Palais Royal, les aménagements intérieurs de l’hôtel de Toulouse et de la grande chancellerie, place Vendôme.

 

Il réalise en outre à Paris des immeubles de rapport, certains pour son propre compte (rue Saint-Honoré, rue de Lille et quai Anatole-France).

 

L’œuvre de Robert de Cotte ne se limite pas à la seule architecture civile parisienne. Elle touche également, toujours parmi les réalisations les plus notoires, la province (le château de Thouars, les palais épiscopaux de Verdun, Reims, Strasbourg, Metz et les aménagements du château de Saverne), l’architecture religieuse (abbaye de Saint-Denis, façade de l’église Saint-Roch), les équipements publics (pompe de la Samaritaine, château d’eau et agrandissement de la place du Palais Royal, caserne des Mousquetaires noirs, projet de place à la gloire de Louis XV à Bordeaux). Elle concerne également les commandes du roi Louis XV revenu à Versailles (décoration du salon d’Hercule et de la chambre de la Reine ; transfert de la bibliothèque du Roi et cabinet des médailles à l’hôtel de Nevers ; décoration du château de Madrid ; projet de transformations au château de Fontainebleau ; aménagement du bois de Vincennes aux abords du château).

 

Pour répondre à la multiplicité des commandes, Robert de Cotte, à l’image de son prédécesseur, disposait d’une agence bien structurée composée d’excellents collaborateurs. Le précieux fonds de dessins, qui comprend également les archives de François Mansart et celles de son beau-frère, pertinemment rassemblées par Robert de Cotte, et fort heureusement conservé aujourd’hui à la Bibliothèque nationale ainsi qu’à celles de l’Institut et du National Museum de Stockholm, illustre l’importance du nombre des projets qu’il a réalisés ou seulement supervisés, en laissant à son équipe, compte tenu de ses lourdes charges, le soin de suivre l’exécution des travaux à Paris (hôtel de Beauvais) et surtout en province et à l’étranger.

 

Fidèle à la tradition de Jules Hardouin-Mansart, respectueux des doctrines de l’Académie et des préceptes de J.-F. Blondel, Robert de Cotte traite avec un soin tout particulier la distribution intérieure dans le souci d’obtenir la meilleure « commodité ». Il excelle dans la décoration où il introduit progres-sivement plus d’imagination et de liberté dans la mise en œuvre de la grammaire décorative, les lambris, les cheminées et les trumeaux de glace agrandissant et mettant en valeur, par le jeu de leurs reflets, les espaces intérieurs.

 

Sa renommée est telle que les cours étrangères vont le solliciter. Il intervient en Rhénanie pour Joseph-Clément, électeur de Cologne (palais de Bonn, châteaux de Poppelsdorf, de Brühl), Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière (château de Schleissheim), le prince de Thurn und Taxis (résidence à Frankfort), le prince-évêque Johann Phillipp de Schönborn (résidence de Würzburg), la maison de Savoie (château de Rivoli et pavillon de chasse de la Vénerie près de Turin), le roi Philippe V d’Espagne (Palais Royal à Madrid et résidence de Buen Retiro).

 

Ces interventions illustrent le succès grandissant des architectes du règne de Louis XV dont Robert de Cotte est le plus brillant représentant. Ces derniers participent, par le biais de leurs interventions, de leurs projets, de leurs élèves et collaborateurs, au rayonnement de l’art de Versailles à l’étranger, principalement au sein des grandes demeures princières d’Europe.

 

Bernard Fonquernie
inspecteur général honoraire
des monuments historiques