Le Monde du silence, palme d'or du festival de Cannes

Cannes, avril 1956

Documentaire de Jacques Yves Cousteau et Louis Malle 1956
Crédit ©Rue des Archives/CSFF

Fort exceptionnellement, les deux plus prestigieuses récompenses du festival de Cannes 1956 sont attribuées à des films documentaires : la palme d’or au Monde du silence et le prix spécial du jury au Mystère Picasso. Si ce dernier est l’œuvre d’Henri-Georges Clouzot, célèbre réalisateur du temps, la palme revient conjointement à un océanographe de 46 ans, Jacques-Yves Cousteau (auteur de courts métrages depuis 1945) et à un cinéaste inconnu de 24 ans, Louis Malle (qui abandonna ses études à l’IDHEC1 pour embarquer comme cameraman-plongeur en 1953), cosignant ce film auquel le public fera un triomphe. Après ce coup d’éclat, leurs carrières divergent mais demeurent au premier plan de la scène médiatique : futur directeur du musée océano-graphique de Monaco, Cousteau sera aussi la vedette d’un empire audiovisuel et de produits dérivés ; Malle deviendra un brillant représentant de la nouvelle vague (Les Amants, 1958. Au revoir les enfants, 1987…).

 

Le Monde du silence raconte les expéditions sous-marines du commandant Cousteau et de son équipe à bord de la Calypso, commentant avec émotion et humour des images frappantes par leur insolite beauté. Jamais ne sont dissociées de l’aspect humain du travail (l’équipe des plongeurs) les composantes scientifiques (ce qui est montré) et techniques (les moyens de l’expérimentation), la poésie du filmage ajoutant aux événements une indéniable grandeur.

 

D’entrée, les torches des hommes confèrent à ce monde des couleurs inconnues. Les méchants requins, les sympathiques cachalots, les phoques amusants et surtout le mérou Jojo interprètent une véritable comédie animale tandis que la prospection d’une épave introduit la nostalgie. Mais la cruauté s’impose aussi avec la séquence de la pêche à la dynamite s’achevant sur le fond marin jonché de cadavres de gros poissons ou celle du baleineau blessé par l’hélice puis attaqué par des requins carnivores.

 

La critique vit dans ce film d’aventures un retour à l’esprit de Jules Verne. Sorte de Nautilus moderne, la Calypso ramena les spectateurs au plus profond des mers, dans le liquide fœtal, vers d’étranges animaux et végétaux, l’homme étant vêtu d’un scaphandre ressemblant aux combinaisons des cosmonautes à une époque où les seules découvertes encore à faire semblaient ne pouvoir se situer que dans l'espace !

 

René Prédal
critique et essayiste de cinéma
professeur d’études cinématographiques
à l’université de Caen