Hippolyte dit Paul Delaroche

Paris, 17 juillet 1797 – 2 novembre 1856

Edouard V, roi mineur d'Angleterre et Richard, duc d'York, son frère, dit Les enfants d'Edouard
huile sur toile
Paris, musée du Louvre
© RMN / Hervé Lewandowski

La gloire de Delaroche fut égale sous la monarchie de Juillet à celle de Delacroix son exact contemporain. Né à Paris en 1797, il commence sa formation dans l’atelier de Watelet puis dans celui de Gros. Il fait ses débuts au Salon en 1822, et celui de 1824, capital pour l’affirmation du mouvement romantique, voit le premier grand succès de Delaroche : il y présente Filippo Lippi devient amoureux de la religieuse qui lui servit de modèle (Dijon, musée Magnin) et Jeanne d’Arc malade est interrogée dans sa prison (Rouen, musée des beaux-arts). La recherche d’une certaine vérité historique et une couleur saturée répondent aux nouveaux critères esthétiques. Puis en 1827 La mort d’Élisabeth Ire d’Angleterre (Paris, musée du Louvre) traite pour la première fois un sujet d’histoire moderne considéré par le public comme l’expression même de son époque par le sujet, la composition et la palette. En 1831, Delaroche, avec trois tableaux Le cardinal de Mazarin mourant et Le cardinal de Richelieu (les deux, Londres, Wallace collection) et particulièrement Les Enfants d’Édouard (Paris, musée du Louvre), immense succès, qui inspire à Casimir Delavigne, auteur à la mode, une tragédie qui remporte un extraordinaire triomphe.

 

L’année suivante, Delaroche est élu à l’Institut à l’âge de 35 ans. Il devient le plus jeune membre de cette illustre assemblée et le premier représentant du nouveau mouvement face à tous les davidiens. En 1834, il est nommé professeur à l’École des beaux-arts ; au Salon de cette année, L’Exécution de Jane Gray (Londres, National Gallery), image concise et dramatique, est le dernier succès public remporté par le peintre. Il se consacre à de grandes décorations dont l’emblématique hémicycle de l’École des beaux-arts, et à de nombreux portraits parmi lesquels celui du Comte James de Pourtalès-Gorgier (1846, Paris, musée du Louvre).

 

Par le choix de ses sujets et leur traitement, Paul Delaroche illustre parfaitement l’esthétique romantique ; comme Victor Hugo, Gaetano Donizetti et surtout Alexandre Dumas, il peint d’émouvants drames historiques. Il reconstitue patiemment l’Histoire, qu’il charge de passions extrêmes, le particulier et l’anecdote prenant une valeur universelle. Il mélange une grande nouveauté des sujets à un certain conformisme dans le langage plastique et à une référence constante aux grands maîtres du passé.

 

Homme de son temps par le choix du sujet et par la façon dont il le traite, il fait preuve d’une imagination profonde, dans un style grave, élégant et serein. La puissance et la célébrité des images que Delaroche avait créées firent que l’Europe entière vécut pendant plus de quarante ans de son esthétique.

 

Isabelle Julia
conservateur général du patrimoine
conservateur à l’Inspection générale des musées
directeur du musée Hébert