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Ferdinand Marie, vicomte de Lesseps

Versailles, 19 novembre 1805 - La Chênaie (près de Guilly, Indre), 7 décembre 1894

Ferdinand de Lesseps et le canal de Suez
caricature de Carjat
© Bianchetti/Leemage

Tracer en quelques lignes le portrait et rappeler l’œuvre de Ferdinand de Lesseps, ignoré en Égypte, où il triompha, vénéré au Panama, où il échoua, admiré en France, mais non sans que persiste l’ombre du « scandale », n’est pas chose aisée.

 

D’autant moins qu’il connut trois existences successives.

 

À cinquante ans, Lesseps est un modeste diplomate encore qu’il n’ait pas été sans courage, mis à la retraite d’office (pour avoir soutenu, à Rome, les républicains italiens) et retiré dans le Berry.

 

C’est alors qu’en dix ans et malgré les obstacles les plus divers, il ouvre le canal de Suez aux nations du monde et dote l’Égypte d’une province nouvelle.

 

Lorsqu’il arrive en Égypte en 1854, Lesseps n’est rien, n’a rien, sinon l’amitié et la confiance du nouveau vice-roi, Mohamed Saïd, lui-même vassal de Constantinople, au pouvoir mal assuré.

 

Il réunit les ingénieurs qui, sous son impulsion, vont conduire l’eau du Nil dans le désert, ouvrir un port sur la Méditerranée, creuser un canal ouvert à la grande navigation et long de 160 km, doter les chantiers d’un matériel qui, pour la première fois au monde, substituera la machine à la peine des hommes.

 

En même temps, il tient tête victorieusement à la première puissance du monde, l’Angleterre, assure, malgré l’opposition britannique et grâce aux vice-rois, le financement de l’entreprise, pratique une politique sociale très en avance sur son temps.

 

Idéaliste à la manière de son siècle, il ne cherche ni gloire, ni fortune.

 

Et, en 1869, il s’efface pour laisser la première place au Khédive Ismaël et à l’Impératrice Eugénie (dont l’époux l’a très faiblement soutenu) lors de l’inauguration triomphale du Canal.

 

Mais sa gloire, dans une France vaincue, est immense.

 

Elle le perdra.

 

À 75 ans, s’ouvre la dernière partie de l’histoire de sa vie ; elle s’achèvera sur le désastre et le scandale de Panama.

 

Pourquoi ?

 

Ce ne sont pas, sans doute, les difficultés de l’entreprise qui en expliquent l’échec ; elles étaient, certes, considérables, mais Suez en connut aussi et de taille.

 

L’âge et le succès passé sont à l’origine de l’erreur de conception initiale – un canal à niveau, comme à Suez, était inconcevable à Panama – et de la méconnaissance de la spécificité panaméenne ; l’entêtement de Lesseps, l’autorité que lui avaient acquis ses succès passés devaient entraîner non seulement la faillite matérielle de l’entreprise mais encore le recours à des combinaisons financières contestables, d’où le « scandale de Panama », amplifié par l’atmosphère politique trouble du moment.

 

Même si Lesseps est libre de toute condamnation judiciaire, on n’en peut taire l’échec final ni ses conséquences.

 

Cet échec, pourtant, n’enlève rien à la gloire de Suez, à la prodigieuse entreprise que fut le « Canal », annonciatrice des temps modernes, à ce qu’elle a apporté et continue à apporter à l’Égypte et au monde.

 

Les Panaméens le nomment le « grand Français » ; pour des raisons quelque peu différentes, on souscrit volontiers à ce jugement.

 

Jean-Paul Calon
avocat honoraire au Conseil d’État et à la Cour de cassation
président de l’Association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez