Abonnez-vous à notre
Lettre d'information
Célébrations Nationales 2005
Autres anniversaires signalés

Proposer, chaque année, une liste de « célébrations nationales » oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur les faits majeurs propres à éclairer la réflexion contemporaine et sur des personnalités, des œuvres, des événements, qui paraissent devoir être mis particulièrement en valeur comme les repères d’une mémoire nationale. Mais d’autres anniversaires, dont la notoriété n’est pas forcément moindre, ont aussi, pour certains d’entre nous, une valeur affective, pour tous une portée éducative. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture, de notre -histoire et de notre patrimoine.

 

Les notices de cette rubrique ont pour auteurs Charles-Louis Foulon, Arlette Grimot, Patrick Micaud, Anne Reboul aidés ponctuellement par Danièle Neirinck.

 

Vie politique et institutions

 

Lanfranc
Pavie, v. 1005 - Canterbury, 24 mai 1089

Cet Italien pouvait-il, enfant, penser qu’il finirait sa vie archevêque de Canterbury et légat du Saint-Siège ? Avocat, il enseigne le droit à Bologne et à Pavie. Il passe les Alpes, fonde une école à Avranches puis, vers 1042, se fait moine bénédictin à l’abbaye du Bec, récemment fondée par Helluin. Il en devient prieur et en fait un des foyers intellectuels les plus actifs de l’Occident. Il a comme élèves Yves de Chartres, saint Anselme et le futur pape Alexandre II. En 1049, il contribue à la condamnation des doctrines de Béranger de Tours.
Il devient un proche conseiller de Guillaume le Bâtard qui le nomme abbé de Saint-Étienne de Caen puis, après la conquête de l’Angleterre, archevêque de Canterbury (août 1070). Il entreprend une vaste réforme de l’Église d’Angleterre qu’il place sous un épiscopat normand et crée là encore de nombreuses écoles et des hôpitaux. Il meurt au comble des honneurs, peu après avoir couronné roi d’Angleterre Guillaume II le Roux, en 1087.

 

Jeanne de France (sainte)
Lignières, 23 avril 1464 - Bourges, 4 février 1505

Curieuse destinée que celle de la deuxième fille de Louis XI, de cette femme qui fut reine et sainte. Infirme de naissance, Jeanne est victime de la raison d’État. À douze ans son père, le roi de France, la marie avec son cousin, Louis d’Orléans, dont la maison rivalisait avec la branche aînée. Louis XI pense ainsi mettre fin à la lignée des Orléans. Retournement de situation, son petit frère Charles VIII meurt -prématurément en 1498 et Louis -d’Orléans devient roi sous le nom de Louis XII. Il veut une descendance et épouse la veuve de Charles VIII, la duchesse Anne de Bretagne. Après un procès éprouvant, le mariage est cassé par le pape pour défaut de consentement. Leur union avait duré 22 ans.
Devenue duchesse apanagiste de Berry, Jeanne se retire à Bourges, y fonde l’ordre de l’Annonciade (1501), fait profession de foi en 1504 et meurt l’année suivante. Déclarée bienheureuse dès 1614, elle est canonisée par Pie XII en 1950.

 

La paix d’Augsbourg
1555

Consentie par Charles Quint pour mettre un terme à la guerre civile qui déchire -l’Allemagne sur fond de dissensions religieuses, la paix d’Augsbourg (25 septembre 1555), à la différence de l’Édit de Nantes (1598) qui reconnaîtra la liberté de conscience individuelle, accorde aux princes le droit de choisir entre catholicisme et luthéranisme, seules doctrines concernées par cet accord, et d’imposer ce choix à leurs sujets selon l’adag
e « cujus regio, ejus religio ». Font exception les villes gouvernées directement par l’empereur et les principautés ecclésiastiques où l’évêque, s’il se convertit au protestantisme, ne peut y contraindre la population. Cette paix, qui heurte les convictions de Charles Quint, est l’un des éléments qui le conduiront à abdiquer en 1556 après avoir partagé l’empire entre son frère Ferdinand et son fils Philippe II. Elle devait en outre s’avérer précaire et la persistance des tensions entre catholiques et luthériens conduira, à peine quelques décennies plus tard, au déclenchement de la guerre de 30 ans

 

Villegagnon installe une colonie française dans la baie de Rio de Janeiro
10 novembre 1555

Nicolas Durand de Villegagnon, chevalier de l’ordre de Malte, aime l’aventure et participe en 1541 à l’expédition de Charles Quint en Afrique puis au voyage qui amène Marie Stuart en France (1548). En 1551, il tente sans succès de défendre Tripoli contre les Turcs. Nommé vice-amiral de Bretagne et converti au protestantisme, il reçoit le commandement de la flotte que Henri II met à la disposition de Coligny pour installer une colonie protestante de peuplement au Brésil. En novembre, il arrive dans la baie de Guanabara (aujourd’hui Rio de Janeiro) avec 600 colons. Il construit le fort Coligny et projette d’en faire la capitale d’une « France Antarctique ». Désireux de peupler l’île, il prie Calvin de lui envoyer des ministres protestants mais, revenu à la foi catholique, il entreprend des disputes théologiques avec eux. Le récit de cette expédition a été écrit par l’étudiant en théologie et passager Jean de Léry : Histoire d’un voyage fait en terre de Brésil. Il rentre en France où il meurt en 1571. Fort Coligny tombera aux mains des Portugais dès 1560.

 

Décret relatif au numérotage des immeubles à Paris
4 février 1805

Par un décret de 1790, l’Assemblée nationale avait aboli l’ancien système de numérotage des maisons à Paris et avait institué un dispositif destiné à faciliter le recensement des citoyens pour la répartition de l’impôt foncier. Très complexe, ce nouveau système ne fut pas appliqué.
Le décret impérial du 4 février 1805 met fin à ce désordre et institue un système de numérotage applicable à toutes les rues de Paris, fondé sur des principes qui n’ont pas été modifiés jusqu’à ce jour.
Chaque rue se voit attribuer une série numérique propre, même si elle traverse plusieurs arrondissements. Alors que le dispositif précédent attribuait un numéro à chaque porte, un numéro correspond désormais à une maison. Les nombres pairs sont donnés au côté droit de la rue, et les nombres impairs au côté gauche. Ce système de numérotage, mis en place sans difficulté dès l’été 1805 et accepté par la population, fut étendu à toutes les communes de France par ordonnance royale du 23 avril 1823.

 

La Capricieuse arrive à Québec
13 juillet 1855

Après avoir participé à Halifax aux fêtes en l’honneur de la reine Victoria, la Capricieuse, corvette commandée par le capitaine de Belvèze, marin et diplomate, entre à la veille du 14 juillet en rade de Québec, où aucun navire de guerre français n’avait mouillé depuis le traité de Paris (1763), grâce à l’entente retrouvée entre la France et l’Angleterre. Accueillie dans l’enthousiasme et l’émotion, accompagnée de réceptions officielles solennelles et somptueuses, la visite donne lieu à la pose de la 1re pierre d’un monument « Aux braves », dédié à Montcalm. La visite se poursuit par Montréal, Ottawa, Toronto, les chutes du Niagara, Trois-Rivières, et Belvèze peut ainsi renouer le contact avec les populations -indigènes. Articles de presse, poèmes et œuvres d’art, entre autres un célèbre daguerréotype, illustrent cette mission, dont le succès scelle l’établissement à Québec d’un consulat général de France.

 

Le « Coup de Tanger »
31 mars 1905

Au début du vingtième siècle, le Maroc était gouverné par un Sultan, aucune puissance européenne n’ayant pu y établir une présence coloniale. C’est dans le cadre du traité dit de « l’Entente cordiale » que l’Angleterre accepta en 1904 de laisser la France y instaurer un protectorat. Cette nouvelle alliance avec l’Angleterre, qui suivait celle signée en 1891 avec la Russie, renforçait la position de la France. C’est pour contester cet accord qui l’isolait en Europe et contrariait ses ambitions coloniales que Guillaume II, empereur d’Allemagne, tenta un coup de force.
Le 31 mars 1905, il débarqua théâtralement à Tanger, prit la tête d’un cortège qui traversa la ville et prononça un discours par lequel il assurait le Sultan de son appui pour la défense de l’indépendance marocaine et exigeait la réunion d’une conférence internationale. Il reprit ensuite la mer.
Cette crise entraîna en France la chute de Delcassé, le ministre des Affaires étrangères qui avait négocié l’accord franco-anglais de 1904, mais la conférence d’Algésiras qui eut lieu au début de 1906 confirma les alliances conclues par la France.

 

Adoption de la loi limitant à 8 heures le temps de travail quotidien dans les mines
29 juin 1905

En France il fallut attendre l’année 1900 pour que, pour la première fois, une loi limite la durée journalière maximale du temps de travail des travailleurs adultes. C’est en effet une loi du 30 mars 1900 qui a limité cette durée à 10 heures par jour.
Cinq ans plus tard, une autre loi, promulguée le 29 juin 1905, abaissait à 8 heures la durée du temps de travail quotidien dans les mines et les secteurs assimilés. La pénibilité et la dangerosité du travail minier furent prioritairement invoquées pour faire adopter ce régime dérogatoire mais d’autres facteurs justifiaient cette grande avancée sociale. Le fait principal était que le niveau de salaire des mineurs, complété par un système de prestations et d’avantages sociaux favorable, se situait très au-dessus du revenu moyen des autres travailleurs manuels français. Cette situation particulière explique que les revendications des syndicats miniers portaient autant sur l’amélioration des conditions de vie que sur le niveau des rémunérations. En outre, du côté patronal, d’importants gains de productivité avaient pu être obtenus grâce à l’utilisation de l’électricité et de l’air comprimé.

 

Vote de l’état d’urgence en Algérie
1er avril 1955

Un semestre après la trentaine d’attentats de la Toussaint rouge, les troubles dans les Aurès font estimer que la législation est  « insuffisante pour faire face à une guerre civile ».
En fonction depuis le 24 février 1955, le gouvernement d’Edgar Faure, qui vient d’obtenir des pouvoirs spéciaux en matière économique et sociale, est autorisé à proclamer l’état d’urgence pour six mois en Algérie. Par 379 voix contre 219, l’Assemblée nationale légalise perquisitions, interdictions de séjour et assignations à résidence contre « toute personne cherchant à entraver l’action des pouvoirs publics ».
Les tribunaux militaires auront compétence pour juger de crimes et délits qui relevaient des cours d’assises. Une députée communiste d’Oran dénonce cette loi permettant d’instaurer « un régime politique précurseur des régimes fascistes ». Mais le gouvernement Faure s’affirme a contrario décolonisateur en Tunisie et signera, au moment de la conférence afro-asiatique de Bandoeng, un protocole -d’accord avec Habib Bourguiba.

 

Rappel sous les drapeaux des réservistes :
24 août 1955

La crise s’amplifie en Afrique du Nord : les 20 et 21, simultanément à une insurrection au Maroc – provoquée par la déposition du sultan Ben Youssef –, 123 personnes dont 73 Européens meurent dans les émeutes du Constantinois ; une forte répression fait 1273 victimes.
Le demi-contingent libéré en avril est rappelé avant que, le 29, ne soit annoncé le maintien sous les drapeaux du premier contingent 1954. Mais, le 18 octobre, 308 députés contre 254 exprimeront leur confiance dans la politique algérienne du gouvernement Faure : chasse aux rebelles et anéantissement des foyers d’insurrection.
Des manifestations, des articles de presse reflèteront l’opposition à la sale guerre ; la censure des médias débouchera sur des saisies de journaux au premier rang desquels le jeune hebdomadaire l’Express dont le fondateur, Jean-Jacques Servan-Schreiber, sera aussi rappelé en Algérie.
Les effectifs militaires dans les départements français d’Algérie passeront de 100 000 hommes en mai 1955 à 600 000 en septembre 1956. L’allongement jusqu’à 28 mois du service militaire et l’accroissement du nombre de blessés et de morts vont peu à peu modifier l’opinion publique en métropole.

 

Lancement de la politique des grands ensembles
Septembre 1955

Les grands ensembles sont apparus comme la meilleure solution à la crise massive du logement que n’avaient résolue ni le plan Courant  (1) ni la construction de cités d’urgence (2).
Le développement de procédés industriels dans la construction ainsi que l’élaboration de plans-types ont permis l’édification rapide de groupes d’immeubles rassemblant mille logements ou plus, gérés à 75 % par des sociétés de HLM. Sarcelles a été le premier exemple de ce type d’urbanisation. La construction de 10 000 logements y fait passer la population de 8 000 à 40 000 habitants. La ville est ainsi devenue le symbole de ces villes construites dans l’urgence, réponse rapide et efficace pour offrir un toit et de meilleures conditions de vie.
Mais le vieillissement des équipements est allé de pair avec la paupérisation des résidents et cet urbanisme a généré plus tard les crises que
l’on connaît.
La contestation urbanistique des grands ensembles a par ailleurs déclenché des campagnes de dynamitage de ces barres d’immeubles.

(1) Voir le texte de Danièle Voldman "Vote du plan Courant de construction d'habitations à loyer modéré, 16 avril 1953" dans Célébrations nationales 2003, p. 58
(2) Voir le texte de Roger Dauphin, "L'abbé Pierre lance sa campagne en faveur des déshérités, 1er février" dans Célébrations nationales 2004, p. 123-124

 

Jean Monnet lance le Comité d’action pour l’Europe
13 octobre 1955

Inspirateur de la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 qui prônait la construction de l’Europe « par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait » et premier président de la communauté européenne du charbon et de l’acier de 1952 à 1955, Jean Monnet veut faire progresser l’idée des États-Unis d’Europe et d’une délégation de pouvoirs des États à des institutions fédérales européennes.
Après l’échec de la communauté européenne de défense, il veut contribuer au succès du mémorandum Spaak adopté, le 2 juin 1955, à la conférence de Messine. Pour l’ancien secrétaire général adjoint de la Société des nations (1921-1922), premier commissaire français au Plan, il s’agit d’ouvrir la route au Marché commun qui sera institué en 1957 par le traité de Rome.
En 1960, Jean Monnet plaidera pour une confédération européenne puis, en 1962, pour des relations de partenaires d’égal à égal entre l’Europe et les États-Unis.

 

Littérature et sciences humaines

 

Jean de Meun ou de Meung
Meung-sur-Loire, vers 1240 - Paris, vers 1305

Jean de Meun, dit aussi Jean de Meung, dont le nom véritable était Jean Chopinel ou Jean Clopinel, est essentiellement connu pour avoir été le second auteur, après Guillaume de Lorris, du célèbre Roman de la rose.
Clerc érudit et docteur en théologie, Jean de Meun se fait d’abord connaître par des -traductions d’auteurs latins. C’est en 1275 qu’il reprend le poème de 4 000 vers laissé interrompu après le décès de son premier auteur et, se consacrant à ce travail durant cinq années, il termine l’œuvre en y ajoutant 18 000 vers. La seconde partie du Roman de la rose s’oppose totalement à la première, écrite quarante ans plus tôt, tant par son esprit que par sa morale. N’hésitant pas à introduire dans le poème des digressions qui lui permettent de prendre position sur toutes les questions philosophiques et scientifiques qui opposent les universitaires et les savants de l’époque, il tente également de démontrer le caractère factice et hypocrite de l’amour courtois et affirme un antiféminisme virulent qui sera fermement contesté par Christine de Pisan un siècle plus tard.

 

Œuvres de Louise Labé
Août 1555

« La belle cordière », fleuron de l’école lyonnaise de la première moitié du XVIe s., publie chez Jean de Tournes ce petit recueil qui fait honneur à la Renaissance en cette ville, un des principaux centres de la Renaissance française avec Maurice Scève (1), Pontus de Tyard et Pernette du Guillet. Le volume contient le Débat de la folie et de l’amour, trois élégies et vingt-quatre sonnets. Ce sont ces derniers surtout qui ont rendu Louise Labé célèbre. Son œuvre est vouée à l’amour et à la passion amoureuse exprimée du point de vue féminin. Les élégies proclament la fatalité de l’amour
et les sonnets éclairent une série des moments de l’amour : souffrance, joie, volupté …
On ne sait pratiquement rien de la vie de Louise Charly, sauf qu’elle fut mariée au cordier Ennemond Perrin après avoir reçu une éducation exceptionnellement soignée pour une jeune fille de sa condition car elle avait une parfaite connaissance de la culture antique.

(1) Voir Célébrations nationales 2001, p . 116

 

François L’Hermite, dit Tristan L’Hermite
Château de Soliers, 1601 - Paris, 7 septembre 1655

Existence picaresque s’il en fut que celle de Tristan L’Hermite : page à la cour d’Henri IV, puis de Louis XIII, un duel trop heureux le contraint à l’exil en Angleterre. Las de la précarité, il tente de rejoindre un parent en Espagne mais, en route, accepte par nécessité des emplois subalternes qui lui permettent toutefois de se rapprocher des grands et d’obtenir sa grâce. Au service de Gaston d’Orléans, puis du duc de Guise, il consacre ses loisirs à la littérature où, à l’abri des aventures décevantes, il explore la variété des registres. Ses contemporains apprécièrent ses tragédies (Marianne, 1637 ; La mort de Sénèque, 1645 ; …) à l’égal de celles de Corneille ; son autobiographie, Le page disgracié, révèle un personnage attachant, et sa poésie lyrique (le recueil des Amours, …) peut encore charmer par la fluidité des vers et l’inventivité des images. Il entre à l’Académie en 1649, mais c’est désenchanté qu’il meurt en l’hôtel de Guise en 1655.

 

Marie-Catherine le Jumel de Barneville, comtesse d’Aulnoy
Barneville, v. 1650 Paris, 14 janvier 1705

Si les romans et mémoires de la comtesse d’Aulnoy, inspirés par les péripéties d’une jeunesse aventureuse, sont complètement oubliés, elle initie dans les 8 volumes de contes qu’elle publie entre 1696 et 1699 (les Contes de ma mère l’Oye de Perrault sont de 1697) une veine littéraire qui permet à la fois d’échapper à la tristesse d’un règne qui s’assombrit d’année en année et de hasarder des critiques (sur le mariage forcé…) qui, ouvertement, ne seraient pas tolérées. Son style rutilant, une inventivité flamboyante, contribuent au dépaysement du lecteur et les personnages, confrontés à des situations romanesques, intéressent par des caractères qui traduisent une connaissance subtile des bons et mauvais penchants du cœur humain. La Harpe écrivait à son sujet : « On peut mettre de l’art et du goût jusque dans les frivolités. Mme d’Aulnoy est celle qui paraît y avoir le mieux réussi. »

 

Jean-Pierre Claris de Florian
Château de Florian (près de Sauve), 6 mars 1755 - Sceaux, 12 septembre 1794

Florian passe toute son enfance dans les Cévennes. Voltaire, son grand-oncle, -’encourage dans ses premiers essais littéraires.
Il vient à Paris où il débute une carrière militaire au service du duc de Penthièvre qui sera son protecteur et lui permettra de se consacrer totalement à la création littéraire. Il écrit d’abord pour le théâtre des comédies dans le genre « arlequinade » ; il publie ensuite des romans chevaleresques et pastoraux souvent inspirés par l’œuvre de Cervantès. C’est en 1792 qu’il publie les Fables qui sont aujourd’hui considérées comme son œuvre la plus intéressante.
Une autre création de Florian a traversé les siècles : il est en effet l’auteur des paroles de l’une des chansons françaises les plus connues et chantées dans le monde, la romance Plaisir d’amour, publiée en 1785 sur une musique de Martini.
Emprisonné sous la Terreur et sauvé de l’échafaud par le 9 Thermidor, Florian est mort le 12 septembre 1794. Il n’avait que trente-neuf ans.

 

Eugénie de Guérin
Château du Cayla (Andillac), 19 janvier 1805 – 31 mai 1848

Investie à 13 ans par sa mère mourante de la responsabilité de son frère Maurice (1810-1839), les deux enfants, isolés dans leur vieux château, tissent une relation privilégiée, Eugénie se consacre entièrement à son frère, renonce pour lui à sa vocation religieuse, et ne quitte la demeure ancestrale qu’en une seule occasion : le mariage de Maurice à Paris en 1838. Elle trouve ses seules distractions dans des -lectures qui reflètent ses convictions religieuses et le sérieux de son caractère, et dans une communion avec la nature qui la renvoie à sa propre spiritualité. Le frère et la sœur s’écrivent longuement, dialogue de deux âmes qui se fond en une même fugue, et rédigent chacun un journal qui, dans son essence, est destiné à l’autre. Celui d’Eugénie, dont Mauriac dira : « On ne peut avoir poussé plus loin qu’elle le parti de vivre cœur à cœur avec quelqu’un qui n’est pas là », est publié pour la 1re fois en 1855 sous le titre Reliquiae et une -édition conjointe de leurs œuvres est publiée en 1869.

 

Émile Verhaeren
Saint-Amand (près d’Anvers), - 21 mai 1855 - Rouen, 26 novembre 1916

Émile Verhaeren fut l’un des plus célèbres poètes d’expression française de son temps. Malgré ce large succès, il resta fidèle à la Flandre de son enfance et y trouva une riche source d’inspiration.
Après la publication de ses deux premiers recueils influencés par le naturalisme, Émile Verhaeren devra affronter, à l’âge de trente ans, une grave crise spirituelle et existentielle. Il surmontera cette épreuve et y puisera une inspiration renouvelée marquée par une vision plus lucide et plus fraternelle. Il découvre alors la beauté du monde moderne et la grandeur de l’effort humain, mais il évoque également les difficultés sociales liées à l’exode rural et au déracinement du monde ouvrier. Il transmet à ses nombreux lecteurs l’énergie de ce nouveau monde, transformé par le développement des villes et l’apparition des paysages industriels et il exalte avec lyrisme l’espoir d’une société plus humaine et plus solidaire.
Très affecté par la Première Guerre mondiale qui contredisait sa vision optimiste de l’avenir, il connaît une mort tragique, écrasé par un train en gare de Rouen.

 

Emmanuel Mounier (1)
Grenoble, 1er avril 1905 - Châtenay-Malabry, 22 mars 1950

Né à Grenoble en 1905, agrégé de philosophie en 1928, Emmanuel Mounier a marqué la vie intellectuelle française jusqu’à sa mort en 1950.
S’inscrivant dans la lignée d’Henri Bergson, de Charles Péguy et de Jacques Maritain, il fonde la revue Esprit en 1932 et lui donne pour mission de réconcilier christianisme, démocratie et modernité. En 1934, il commence à formaliser la doctrine à laquelle son nom reste attaché : le personnalisme. La publication, en 1936, du Manifeste au service du personnalisme constitue la base de cette nouvelle philosophie qui accorde une place centrale à la notion de personne, opposée à celle d’individu, et qui formule des propositions pour définir, en rupture avec l’ordre ancien, ce que pourrait être une nouvelle conception de la société et de la politique.
Rejetant systèmes et idéologies, l’œuvre d’Emmanuel Mounier propose et définit un nouveau modèle de société où chaque homme pourrait librement décider de s’engager au service de la communauté. Aujourd’hui encore de nombreux intellectuels et hommes politiques, en France et dans le monde, se rattachent à ce courant de pensée.

(1) Voir l'article de Guy Coq dans Célébrations nationales 2000 à l'occasion du cinquantenaire de sa mort, p. 80

 

Albert Dauzat
Guéret, 4 juillet 1877 - Paris, 30 octobre 1955

Docteur en droit en 1899 avec une thèse « Du rôle des Chambres en matière de traités internationaux », docteur ès lettres avec un « Essai de méthodologie linguistique », diplômé de l’École pratique des hautes études pour ses travaux sur le patois de la région de Vinzelles, A. Dauzat est d’abord tenté par le journalisme et le roman. À partir de 1910, il remplace Paul Passy au cours de philologie de l’EPHE. Il joue un rôle prépondérant au cours de la 1re moitié du XXe siècle en toponymie et en onomastique en attirant l’attention du monde universitaire sur ces disciplines qu’il vulgarise avec intelligence dans des ouvrages accessibles au grand public comme L’Histoire de la langue française et Les patois.
Il fonde deux revues : Le français moderne en 1935 et Onomastica qui devient en 1947 La revue internationale d’onomastique.
En mémoire de ce grand linguiste, le prix Albert Dauzat a été créé en 1971 pour récompenser tous les deux ans des travaux de toponymie et d’anthroponymie.

 

Maurice Druon commence la publication de son cycle Les rois maudits
1955

Après la publication de la trilogie de La fin des hommes dont le premier volume, intitulé Les grandes familles, avait reçu le Prix Goncourt en 1948, Maurice Druon décida de renoncer à traiter de personnages contemporains et de se lancer dans l’écriture d’un grand cycle romanesque inspiré par l’histoire des derniers Capétiens directs.
Publiés de 1955 à 1960, les six volumes formant la série des Rois maudits attirèrent un grand nombre de lecteurs et remirent
à la mode un genre littéraire illustré au XIXe siècle par Alexandre Dumas et Victor Hugo, le roman historique. L’évocation des vies de Philippe IV le Bel et de ses fils sert de trame à cet ensemble romanesque, plein d’intrigues et de conflits publics et privés. La construction littéraire en est très élaborée et le style parfaitement adapté pour restituer la singularité des nombreux personnages qui ont marqué cette période troublée de l’histoire de France.
La publication en format de poche ainsi qu’une adaptation très réussie pour la télévision ont permis aux Rois maudits d’être l’un des plus grands succès littéraires de la seconde moitié du XXe siècle en France.

 

Maurice Merleau-Ponty publie Les Aventures de la dialectique
1955

Condisciple de Sartre à l’École normale de 1926 à 1930, fondateur avec lui des Temps modernes en 1945, Merleau-Ponty publie en 1955 l’ouvrage de la prise de distance philosophique et de la rupture avec l’orthodoxie marxiste : Les aventures de la -dialectique. La dialectique lui paraît être en effet une notion où se dissout l’honnêteté intellectuelle. Refusant l’inflexibilité d’une démarche dogmatique, il voit un mythe dans l’idée de résolution ultime des antinomies qui, selon lui, loin d’être de simples séquelles du capitalisme, constituent au contraire la trame même de l’histoire. S’il continue à penser que celle-ci a un sens, il y reconnaît cependant un fond de non-sens, où règne une nécessité qui échappe aux entreprises humaines. Cette analyse se double d’une critique de l’étude de Sartre sur « Le communisme et la paix », parue dans Situations.

 

Arts

Louis Testelin
Paris, 1615 – 19 août 1655

Artiste peintre comme son père Gilles (v. 1590 – 1632) et son frère Henri 1616 – 1695), Louis Testelin achève sa formation dans l’atelier de Simon Vouet. Il y rencontre Le Brun avec qui il sera l’un des fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Apprécié pour ses décors de couvents, hôtels et châteaux, il travaille avec Philippe de Champaigne aux appartements d’Anne d’Autriche au Palais-Royal, avec Le Brun au Val-de-Grâce, et peint à deux reprises (1652 et 1653) le Mai traditionnellement offert par la corporation des orfèvres à Notre-Dame de Paris. Recherchant dans ses compositions la rigueur et l’équilibre (La résurrection de Tabitha, 1652, …), parfois au détriment de l’émotion, il jette les bases d’une doctrine esthétique qui s’épanouira dans la grande peinture classique et dont il se repose par des dessins satiriques sur les événements du temps.

 

Jacques-François Blondel
Rouen, 17 janvier 1705 - Paris, 9 janvier 1774

Neveu de François Blondel, théoricien du classicisme, pénétré d’une conception du beau en soi, universel et rationnel, Jean-François Blondel ouvre en 1734 une école privée d’architecture et publie des ouvrages où il condamne les fantaisies et fioritures du rocaille pour prôner la sobriété et l’élégance des lignes pures, l’harmonie des proportions, contribuant ainsi à l’élaboration du style Louis XVI : De la distribution des maisons de plaisance et de la décoration en général (1737) et son Cours d’architecture civile, qui paraît à partir de 1771. Architecte notamment de Metz, on lui doit les plans d’aménagement de cette ville, où il élève le parlement, le palais de l’archevêché et l’hôtel de ville. Il embellit également Strasbourg et Cambrai, où il est l’architecte du palais archiépiscopal. Sa carrière de peintre, marginale et effacée, a en revanche complètement glissé dans l’oubli.

 

Jean Gilles
Tarascon, 1669 - Toulouse (Avignon ?), 5 février 1705

« Eh bien ! Elle servira pour moi » aurait lancé Jean Gilles aux conseillers au parlement de Toulouse qui lui avaient commandé une messe de requiem pour les obsèques de collègues et en discutaient le prix. Répartie prémonitoire : c’est bien pour lui que son œuvre est exécutée pour la 1re fois, sous la direction de son ami Campra, avant de l’être aux funérailles de Rameau (1764) et de Louis XV (1774).
Elle séduit par la synthèse qu’elle opère entre la tradition française (récits et chœurs s’inscrivent dans l’héritage du Grand Siècle versaillais) et le style italien marqué par la souplesse et la fraîcheur de l’invention mélodique. Elle est, par son élégante et puissante gravité, la création maîtresse de celui qui, comme maître de chapelle à Agde, puis Toulouse, laisse un important ensemble de musique d’église (motets, trois Magnificat, un Te Deum, …). Une belle orchestration moderne est basée sur la confrontation des différents manuscrits.

 

Carle van Loo
Nice, 15 février 1705 - Paris, 15 juillet 1765

Issu d’une dynastie de peintres flamands, Carle van Loo est initié très jeune à la -peinture et à la sculpture ; il est lauréat du premier prix de peinture de l’Académie Royale en 1724. Il travaille ensuite à Rome pour le pape et, à Turin, pour le prince de Savoie, avant de s’installer définitivement à Paris en 1734. Il y est rapidement reconnu comme l’un des meilleurs et cumule postes et honneurs. Reçu à l’Académie en 1735, il y sera professeur avant d’être nommé Premier peintre du roi en 1762 et directeur de l’Académie l’année suivante.
L’œuvre de van Loo est représentative du goût de l’époque. Il produit de nombreux portraits, des scènes de genre d’inspiration galante ou mythologique ; les dessus de portes qu’il réalise pour la décoration intérieure de l’hôtel de Soubise sont conservés in situ. Il est aujourd’hui surtout admiré pour ses grandes compositions sur des sujets historiques ou religieux, tels les six grands panneaux illustrant la vie de saint Augustin réalisés en 1753 pour Notre-Dame-des-Victoires à Paris.

 

René-Michel, dit Michel-Ange Slodtz
Paris, 27 septembre 1705 - 26 octobre 1764

Issu d’une famille de sculpteurs, surnommé Michel-Ange à l’École de l’Académie royale, il est en 1728 désigné pour l’Académie de France à Rome, ville où il réalise des œuvres d’inspiration essentiellement religieuse, telles sa Transverbération de sainte Thérèse et, pour Saint-Pierre du Vatican, Saint Bruno refusant les honneurs de l’épiscopat. Pour son art du drapé, son sens du symbole métaphysique, il est aussi très sollicité pour des monuments funéraires.
De retour en France en 1740, il parvient malgré les intrigues à faire reconnaître l’éminence de son talent. Il exécute le -mausolée de Longuet de Gergy, curé de Saint-Sulpice, dont il sculpte aussi les grands reliefs du porche. Surtout, il crée avec Coustou le décor des hôtels de la place Louis XV (de la Concorde), où le monarque traduit les aspirations du temps en matière d’urbanisme. Inspiré par son expérience romaine, il fonde en France un nouveau style où la rigueur classique équilibre la profusion du baroque.

 

Charles de la Fosse termine la décoration de la coupole de l’église du Dôme des Invalides
1705

Élève de Charles Le Brun, Charles de la Fosse (1636-1716) est un peintre français qui, opérant au tournant de deux siècles, a joué un rôle majeur en renouvelant le style de la peinture classique du XVIIe et en ouvrant une voie nouvelle qui sera suivie par les peintres français du siècle suivant. Charles de la Fosse a en effet effectué plusieurs séjours en Italie, notamment à Venise, où il a appris l’art de la couleur et de la fresque.
En 1700, la décoration de la coupole et des quatre pendentifs de l’église du Dôme des Invalides lui est confiée. La réalisation fut longue et ce n’est qu’en 1705 que l’on put admirer l’œuvre terminée. La coupole est décorée par une immense fresque représentant saint Louis dans la gloire, présentant ses armes au Christ en présence de la Vierge et des anges. Cet ensemble célèbre la victoire de la religion catholique sur les infidèles, le triomphe de l’orthodoxie sur l’hérésie. Les quatre pendentifs représentent les quatre évangélistes.
Cet ensemble a été conservé dans son état d’origine et a été récemment restauré.

 

La Nouvelle Méthode du blason, de Claude-François Ménestrier
1705

Jésuite, savant, historien et grand héraldiste, Ménestrier est né le 9 mars 1631 à Lyon. Il professe les humanités et la rhétorique dans plusieurs établissements de son ordre. Travailleur infatigable, il assume également la fonction de bibliothécaire à Lyon et est chargé en 1658 d’organiser les fêtes données par la ville en l’honneur de Louis XIV. Après avoir voyagé en Europe, il se fixe à Paris en 1670 et se fait le renom d’un bon prédicateur. C’est surtout par son œuvre héraldique qu’il marque le XVIIIe siècle. Il éclipse les innombrables auteurs de manuels sur les blasons. Entre 1659 et 1705, il écrit 16 ouvrages qui traitent des blasons, des emblèmes, des tournois, de la chevalerie, de l’origine des armoiries. La Nouvelle Méthode du Blason remporte, en particulier, un succès considérable, attesté par la trentaine de rééditions dont elle fait l’objet. Elle reste une référence jusqu’au XIXe siècle.

 

Joseph Bodin de Boismortier
Thionville, 23 décembre 1689 - Roissy-en-Brie, 28 octobre 1755

Rival de Rameau dans le domaine de l’opéra-ballet (Les Voyages de l’Amour, 1736, Daphnis et Chloé, 1747, …), l’œuvre vocale de Boismortier comporte aussi des motets, des cantates profanes, des airs à boire, … Ses concertos (il est l’auteur du 1er concerto français pour basson) et sonates privilégient la flûte et les instruments pastoraux alors en vogue. Il laisse une grande liberté à la mélodie et construit parfois plusieurs mouvements sur un même thème, sorte de préfiguration du « cyclisme », et concrétise son apport à la théorie musicale en publiant Quinque sur l’octave ou Espèce de dictionnaire harmonique (1734). Admiré pour sa fécondité, on a pu lui reprocher sa facilité, reflet de la Régence, où le gracieux l’emporte sur le sublime, où la sensibilité change de ton et se fait volontiers élégiaque. Victime à la fin de sa carrière de la Querelle des Bouffons, il est redécouvert à partir des années 1970, bénéficiant à juste titre du retour en grâce de la musique baroque.

 

1re représentation de Fidelio de Beethoven
20 novembre 1805

Représenté pour la 1re fois à Vienne le 20 novembre 1805, le Fidelio de Beethoven s’inspire d’un ouvrage de Bouilly, le « poète lacrymal », administrateur d’Indre-et-Loire et accusateur public de 1793 à 1797 : Léonore ou l’amour conjugal, transcription de l’héroïsme d’une Tourangelle pendant la Terreur. C’est un échec, soit que le public soit surpris par les innovations d’un opéra qui ne s’abrite derrière aucun alibi mythologique, féerique ou antique, soit qu’il n’apprécie pas qu’il exalte les idéaux de la Révolution véhiculés par l’armée française installée à Vienne après Ulm le 20 octobre. Mais le compositeur tient à une œuvre qui reflète ses convictions : il la remanie à plusieurs reprises pour aboutir, en 1814, à la version définitive. Des différentes ouvertures, on retient la superbe Léonore III, désormais jouée en pièce de concert, et la postérité a rendu justice à cet opéra, dont l’architecture musicale répond à la générosité des sentiments évoqués.

 

Michel Écochard
Paris, 11 mars 1905 – 24 mai 1985

M. Écochard étudie à l’École des beaux-arts de Paris (1925-1931) avant d’être attaché au service des antiquités de Syrie et du Liban en 1932. Il est profondément marqué par sa découverte de la civilisation islamique, comme le montre Filiation des monuments grecs, byzantins et islamiques : une question de géométrie qu’il publie … en 1978.
C’est un architecte et urbaniste très influencé par les idées de Le Corbusier. Il bâtit le musée de Damas puis fait œuvre d’urbaniste à Beyrouth (1943) et à Damas (1963). Nommé directeur de l’urbanisme au Maroc par le Résident général de France (1946-1953), il résorbe les bidonvilles de Fès, Meknès et Rabat. Il conçoit un plan d’aménagement de Casablanca qui vise à décongestionner la ville en définissant de nouvelles zones d’extension vers l’est  jusqu’à Mohammedia.
Imprégné des recommandations de la charte d’Athènes, il souhaite un « habitat pour le plus grand nombre ». C’est dans cet esprit qu’il travaille à Dakar et à -Conakry mais aussi à la ZUP de Martigues.

 

Pierre-Louis Corentin Jacob dit Tal-Coat
Clohars-Carnoët, 12 décembre 1905 - Saint-Pierre-de-Bailleul, 12 juin 1985

Né en 1905 dans le Finistère, Pierre-Louis Jacob a une enfance difficile car il est pupille de la Nation. D’abord clerc de notaire, il se consacre totalement à la peinture dès 1924 et prend le pseudonyme de Tal-Coat, soit
« Front de bois » en breton.
Jusqu’en 1939, ses œuvres sont figuratives. Il peint de nombreux portraits dans le style expressionniste ; celui de Gertrude Stein lui vaut le prix « Paul Guillaume ». En 1940, Tal Coat se réfugie à Aix-en--Provence. Son style de peinture évolue, devient de plus en plus fluide et minimaliste.Grand admirateur de Cézanne, ami d’Alberto Giacometti et d’André Masson, il cherche son inspiration dans l’observation de la nature, étudiant particulièrement -l’influence des mouvements des éléments sur la lumière.
Dessinateur infatigable, Tal Coat est également un créateur d’estampes très original ainsi qu’un grand illustrateur de textes littéraires et poétiques.
En 1964, Aimé Maeght lui demande de réaliser une grande mosaïque pour l’un des murs du bâtiment qu’il construit pour installer sa fondation.
Artiste reconnu et célébré de son vivant, Tal-Coat meurt en 1985.

 

Scandale des « Fauves » au Salon d’automne
1905

C’est au Salon d’automne de 1905 que des tableaux d’un nouveau groupe de jeunes artistes inconnus, qui s’appelaient Matisse, Derain, Marquet et Vlaminck, furent exposés pour la première fois. Ces œuvres furent particulièrement remarquées car elles manifestaient avec une certaine violence la même volonté d’exaltation des couleurs pures et d’affranchissement des règles de la perspective et du modelé des formes.
À l’exception de quelques rares visiteurs, le public et les critiques crièrent au sacrilège et dénoncèrent avec véhémence cette nouvelle forme de peinture qu’ils assimilèrent à des bariolages barbares et enfantins, des juxtapositions de taches de couleurs crues disposées sans rigueur.
Ce scandale eut pour effet de mettre en lumière de jeunes artistes qui, en raison de leur volonté affirmée de tuer ceux qui les avait précédés, revendiquèrent fièrement la -qualité de « fauves ». Ce groupe ne resta uni que quelques années mais l’audace de son inspiration a profondément influencé la peinture européenne du vingtième siècle.

 

Décès de quatre gloires de la sculpture
Barrias, Crauk, Guillaume, Thomas - 1905

L’année 1905 fut marquée par la disparition de quatre sculpteurs qui avaient occupé une place éminente dans le monde de l’art français durant la seconde moitié du XIXe siècle. Le souvenir de ces quatre artistes, aujourd’hui un peu oubliés, mérite d’être rappelé.
Il s’agit de :
– Louis-Ernest Barrias (Paris,1841-1905)
– Gustave Crauk (Valenciennes, 1827- Meudon,1905)
– Eugène Guillaume ( Montbard, 1822- Rome,1905)
– Gabriel-Jules Thomas (Paris, 1824-1905)
Formés tous les quatre à l’École des beaux-arts de Paris et tous lauréats de Prix de Rome, ils purent séjourner à la Villa Médicis, au contact direct avec la sculpture antique qui les marqua profondément. Cette même solide formation explique probablement qu’ils purent tous devenir de véritables artistes officiels. Ils exposèrent régulièrement au Salon, bénéficièrent d’importantes commandes publiques liées aux grands chantiers du Second Empire
et du début de la IIIe République. Ils reçurent de leur vivant toutes les distinctions et honneurs auxquels seuls les plus grands artistes peuvent prétendre.
Les œuvres d’Eugène Guillaume et de Gabriel Thomas se caractérisent par la fidélité au style néoclassique qui avait marqué l’art de la sculpture durant la première moitié du XIXe siècle. Elle est inspirée par la même recherche de la beauté idéale, la même rigueur austère dans le traitement et le choix des sujets, la même sincère et respectueuse fidélité aux dogmes de l’art classique.
L’œuvre de Gustave Crauk est moins originale, elle se situe entre tradition et réalisme. Au contraire, le style du plus jeune de ces quatre sculpteurs, Louis-Ernest Barrias, s’inscrit résolument dans le courant réaliste et naturaliste de l’époque.
Les réalisations de ces quatre sculpteurs sont aujourd’hui encore très présentes dans le paysage parisien et méritent d’être redécouvertes. À titre d’exemple, nous nous limiterons à signaler que c’est Louis-Ernest Barrias qui remporta le concours lancé en 1879 par le préfet de la Seine pour un monument symbolisant la défense de Paris pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Ce groupe dénommé « La défense de Paris » fut érigé en 1881 sur une colline de Courbevoie et est à l’origine du nom de ce quartier, devenu le centre d’affaires que l’on connaît. On peut aussi rappeler que le célèbre « Monument à l’Amiral de Coligny » que l’on peut voir rue de Rivoli, en face du Louvre, est l’œuvre de Gustave Crauk. On peut enfin découvrir des œuvres de ces quatre artistes au musée d’Orsay.

 

Suicide de Nicolas de Staël
16 mars 1955

Né à Saint-Pétersbourg en 1914, fils d’aristocrates russes devenu élève de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles en 1932, Nicolas de Staël rencontre Georges Braque en 1944. L’influence cubiste marque beaucoup de ses œuvres mais il peint aussi dans le goût de l’école de Paris.
Soutenu par Jeanne Bucher et le collectionneur J. Bauret, s’il est conduit vers l’abstraction, il produit également des natures mortes et il retrouve le réel avec ses toiles sur le Parc des Princes et les footballeurs. Selon André Fermigier, il a le don de « rendre sensible à la fois la substance et l’apparence ».
Il superpose et juxtapose les couleurs, cherchant le dialogue de la couleur et du dessin, confronté avec des maîtres, « Cézanne et Bonnard dans les pattes à chaque virage ».
Installé à Antibes en 1954, il s’y défenestre dans son atelier, mettant fin à des années de création picturale fécondes – un millier de toiles en dix ans – et scellant, à la -charnière du figuratif, son destin de peintre angoissé par son art.

 

Georges Enescu dit Enesco
Liveni-Virnav, 19 août 1881 - Paris, 4 mai 1955

Roumain de naissance, français d’adoption, applaudi sur les grandes scènes musicales d’Europe et d’Amérique, Enesco fut de ceux qui étendirent leur faculté créatrice jusqu’à être aussi des passeurs de talent, mentor entre autres de C. Ferras et de Y. Menuhin. Élève de Fuchs à Vienne, de Fauré et Massenet à Paris, violoniste, chef d’orchestre, compositeur, il retient dès 1897 l’attention de Colonne, qui crée l’année suivante le Poème roumain du jeune musicien. Ses œuvres, relativement peu nombreuses en raison peut-être de la multiplicité même de ses dons, réconcilient une écriture classique et la chaude ampleur du folklore roumain, réinventé pour intégrer la modernité. Sa musique de chambre, rhapsodies, quatuors, sonates, en reste la part la plus jouée, mais ne doit faire oublier ni ses symphonies, ni son opéra, Œdipe, d’une orchestration plus dépouillée, sévère dans le choix des voix : créé en 1936 à Paris, il traduit une confiance en l’homme qui reflète l’élévation de la pensée du compositeur.

 

Consécration de Notre-Dame de Ronchamp
25 juin 1955

La reconstruction de la chapelle de Ronchamp, détruite pendant la 2e Guerre mondiale, s’inscrit dans le courant qui place les édifices religieux dans le mouvement de la création artistique. Chagall, Léger, Lurçat ont laissé leur empreinte au plateau d’Assy, Matisse à Vence, … C’est à Le Corbusier, père des « cités radieuses », qu’est confié le site de Ronchamp ; il y réalise une chapelle qui inaugure de nouvelles potentialités dans son œuvre. Tout en restant fidèle à son matériau de prédilection, le béton, il renonce à l’abrupt des angles droits pour privilégier des formes douces, arrondies, maternelles et crée une continuité en réutilisant pour partie des pierres de l’église détruite. Le subtil emboîtement des volumes, l’intégration dans le paysage en font, comme l’avait voulu Le Corbusier, « un lieu de silence, de prière, de paix, de joie intérieure ». En 1975, Jean Prouvé complète l’édifice par un campanile et une pyramide commémorant les combats de 1944.

 

Création de l’association des cinémas d’art et d’essai
1955

Neuf ans après la création du Centre national de la cinématographie et deux ans après l’actualisation de la loi sur l’aide publique à la création de films, l’association des cinémas d’art et d’essai se constitue.
Elle obtiendra un abattement fiscal de 20 % sur la « jeune » TVA1 au bénéfice de salles programmant, en proportions -données, des films de qualité peu connus, des films ayant un caractère de recherche et de nouveauté, des classiques de l’écran.
Mais, si elles ont renforcé l’action des 14 850 associations de ciné-clubs projetant des films ayant terminé leur carrière commerciale (à leur apogée – 1964 –, 8 200 000 entrées), ces salles n’ont pas enrayé le déclin de la fréquentation des salles de cinéma, parallèle à la croissance du nombre des téléspectateurs.

 

Sortie du film Lola Montès de Max Ophuls
1955

Né en 1902, Max Ophuls débuta sa carrière cinématographique en Allemagne. Il dut se réfugier en France en 1933, puis aux États-Unis en 1940. Resté très profondément européen, il revint en France en 1950 et y réalisa ses quatre derniers films qui sont unanimement considérés comme ses œuvres majeures. Ces films sont, par ordre chronologique, La Ronde, Le Plaisir, Madame de et Lola Montès. Ce film, sorti en 1955, sera son dernier. Ces films sont tous marqués par la même nostalgie d’un monde disparu où la sensualité, la légèreté et l’élégance masquaient une dure réalité sociale.
Le film Lola Montès n’eut pas à sa sortie le succès qu’il méritait. Cette injustice est désormais réparée car il est unanimement considéré comme une grande œuvre du septième art. Martine Carol y trouva son meilleur rôle en incarnant le rôle-titre, personnage mythique d’aventurière fatale dont le pouvoir de séduction est directement lié à celui de détruire. Le dernier message de Max Ophuls est pessimiste : le monde se réduit à une piste de cirque où des personnages, programmés par une main invisible, jouent leur destin de vie et de mort devant un public indifférent.

 

Sciences et techniques

 

Vauban est nommé ingénieur du roi
1655

Né à Saint-Léger de Foucheret (actuellement Saint-Léger-Vauban, Yonne) en 1633, Sébastien le Prestre de Vauban est issu de la petite noblesse rurale. Après une éducation sommaire et chaotique, il s’engage à 17 ans dans le régiment du prince de Condé, en rébellion contre Louis XIV. Il y fait ses premières armes et révèle des dons exceptionnels pour la prise et la défense de positions militaires. Il prend part aux sièges de Clermont-en-Argonne et de Sainte-Menehould. En 1653, il tombe dans une embuscade et est capturé par l’armée royale. Mazarin a déjà remarqué ses qualités et lui propose de changer de camp. Vauban accepte, Mazarin l’envoie au service du chevalier de Clerville, alors commissaire général des fortifications. Il y apprend le métier d’ingénieur militaire. En 1655, âgé de 22 ans, il reçoit son brevet d’ingénieur ordinaire du roi. Il prendra part à presque tous les sièges du règne de Louis XIV et construira les forteresses que l’on admire encore aujourd’hui.

 

1er voyage à Paris de Huygens
1655

Remarqué dès 13 ans par Descartes, les études et les voyages de Huygens l’ancrent d’emblée dans le réseau international de la vie scientifique du temps. Il relève des défis mathématiques et s’investit dans le polissage des lentilles et la construction de télescopes. En 1655, c’est grâce à un instrument de sa propre fabrication qu’il détecte le 1er des satellites de Saturne, découverte dont il fait part aux mathématiciens de Paris lors du voyage qu’il y effectue la même année, au cours duquel il est quant à lui informé des travaux de Pascal et de Fermat, échanges qui favorisent -l’association de l’observation et du calcul.
Dès l’année suivante, il découvre la véritable forme des anneaux de Saturne, mystère que l’insuffisance de ses instruments avait empêché Galilée d’élucider. Élu en 1663 à la Royal Society de Londres, il s’appuie sur cette expérience lorsqu’en 1666 Colbert l’invite à mettre en place l’Académie royale des sciences.

 

Delambre rend hommage à Pierre François André Méchain
24 juin 1805

Pierre Méchain, né à Laon le 16 août 1744, ingénieur et astronome, commence sa carrière comme cartographe pour la Marine et collabore avec Lalande, à qui il succédera. Il découvre 12 comètes et démontre que l’ « astre » découvert par Herschel en 1781 est en fait la planète qui sera plus tard nommée Uranus. Membre de l’Académie des sciences en 1782, il est en 1788 chargé de la Connaissance des temps puis, en 1792, en application de l’adoption deux ans plus tôt par la Convention du système métrique, du -prolongement jusqu’à Barcelone du méridien Dunkerque – Rodez, afin d’établir la mesure exacte du mètre. Élu à la nouvelle Académie des sciences à son retour en 1795, nommé en 1798 directeur du Bureau des longitudes, il reste préoccupé par des écarts qui tiennent aux conditions de l’expérience et non à la validité des -calculs. La mission qu’il entreprend en 1803 lui sera fatale : il succombe à la fièvre jaune le 20 septembre 1804 à Castellon de la Plane et Delambre lui rend un vibrant hommage le 24 juin 1805.

 

Jean-Eugène Robert-Houdin
Blois, 7 décembre 1805 - Saint-Gervais, 13 juin 1871
Jean-Eugène Robert Houdin dit Robert-Houdin est issu d’une famille d’horlogers. Initié aux secrets de l’art familial, il élargira ses connaissances en étudiant la mécanique et il mettra en œuvre toutes ses connaissances en fabriquant des automates. Il eut ensuite l’idée de concevoir des petits spectacles associant la démons-tration de ses étranges machines avec la présentation de tours de magie.
Reconnu comme le premier prestidigitateur moderne, il s’installe à Paris en 1845 et y organise des « soirées fantastiques » dans un théâtre qui portera son nom et deviendra un des lieux les plus fréquentés de la capitale. Sa célébrité dépasse les frontières et devient internationale, tous les souverains de passage à Paris souhaitant découvrir ce nouveau type de spectacle artistique qui associe subtilement les technologies les plus modernes à la poésie de la magie traditionnelle.
Robert-Houdin renonce au spectacle en pleine gloire en 1856 et consacre les -dernières années de sa vie à des recherches scientifiques dans des domaines divers.

 

1805-1905, bicentenaire de la route Paris-Milan par le col du Simplon et centenaire de la voie de chemin de fer
Pour mieux surveiller la République italienne, Bonaparte annexe en 1802 le Piémont à la France et, détachant le Valais de la République helvétique, il fait -commencer la route du Simplon destinée à relier directement Paris à Milan par le Valais, la rive sud du lac Léman et le col du Simplon, choisi pour sa faible altitude et sa position stratégique. Les travaux débutent en 1801 sous la direction de l’ingénieur Céard. 30 000 ouvriers et 18 millions
de francs sont nécessaires à la réalisation de cet ouvrage grandiose qui comporte 613 ponts, des galeries de protection contre les avalanches, des refuges et un hospice. Le chantier se termine en 1805 ; mais les facilités de transport ne seront assurées qu’en 1810. Cent ans plus tard, c’est dans un tout autre contexte que le tunnel du Simplon est décidé. La France doit attendre l’accord de la Suisse et de l’Italie, donné en 1898, pour relier Paris, Lausanne et Milan par le chemin de fer. Ce projet, devenu réalité en 1905, symbolise l’effacement des distances et la multiplication des échanges entre l’Europe du Nord et l’Italie.

 

Nomination de Claude Bernard au Collège de France
1855

Docteur en médecine depuis 1843 et en sciences naturelles depuis 18531, Claude Bernard mène activement, depuis 1847, des recherches sur la physiologie humaine dans le laboratoire du docteur Magendie2 au Collège de France. Il a déjà fait d’importantes découvertes, notamment en démontrant que le pancréas produit des
substances qui détruisent les molécules de graisse et en ce qui concerne le fonctionnement du système nerveux.
Ces découvertes justifient qu’il soit élu, dès 1854, à l’Académie des sciences et que, cette même année, une chaire de physiologie expérimentale soit spécialement créée pour lui à la Sorbonne.
François Magendie décède en 1855 après avoir exprimé le vœu que Claude Bernard lui succède à la tête du laboratoire du Collège de France. Cette volonté sera respectée et cette nomination constitue une étape essentielle dans la carrière du « père de la physiologie moderne ».

 

Flourens découvre le rôle du cervelet dans la coordination des mouvements
1855

Né dans l’Hérault en 1794, Pierre Jean-Marie Flourens, disciple de Cuvier, est un physiologiste reconnu pour ses recherches sur les localisations cérébrales, la composition des os et les fonctions du système -nerveux. Ses découvertes lui valent un poste de professeur au Collège de France, où il est chargé de la chaire d’histoire naturelle des corps organisés.
Les travaux de Flourens influencent durablement l’anatomie, la chirurgie et la -physiologie. Son mémoire Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux (chez les vertébrés), publié en 1824, conclut que la masse cérébrale comporte quatre parties, ayant chacune des fonctions spécifiques. Il contredit ainsi Gall et alimente la polémique sur les localisations cérébrales. Il explique également les fonctions de la mœlle épinière et celles du cervelet, siège des forces qui coordonnent et règlent le mouvement, l’équilibre et la station. Précurseur de Leriche, il s’intéresse au contrôle de la douleur et prône les effets anesthésiques du chloroforme. À sa mort, en 1867, Claude Bernard, son -successeur à l’Académie française, lui rend un vibrant hommage.

 

Bunsen invente le brûleur à gaz
1855

Lorsque, vers 1855, Bunsen définit le principe du brûleur qui porte son nom, il est déjà une sommité reconnue en matière de chimie organique, titulaire depuis 1852 d’une chaire de chimie à Heidelberg. Loin d’être un jouet scientifique pour les TD de physique-chimie, cet instrument, grâce au mélange, antérieurement à la combustion, de l’air et du gaz, permet d’obtenir une très haute température tout en maintenant le caractère non lumineux de la flamme, spécificités nécessaires à l’étude du spectre révélé par la décomposition de la lumière à travers un prisme. Cette découverte devait conduire Bunsen à interrompre sa collaboration avec Roscoe sur les propriétés chimiques de la lumière pour fonder avec Kirchhoff une discipline nouvelle : la spectroscopie, moyen de connaître la composition des étoiles ou de tout autre corps par l’analyse de la lumière qu’ils émettent, ouvrant ainsi une ère révolutionnaire dans l’exploration de l’univers.

 

Expérience de télémécanique au Trocadéro par Édouard Branly
29 juin 1905

Après les recherches menées dans les années 1890 sur la conductibilité des corps et la mise au point du « cohéreur », instrument de la T.S.F. naissante, Branly est, au tournant du siècle, le 1er à s’inté-resser à la télémécanique. En 1905, il publie Distribution et contrôle d’actions produites à distance par les ondes électriques, où il présente les résultats obtenus grâce à un appareil de son invention qui utilise autant de roues animées par un mouvement d’horlogerie, selon le principe de l’arbre à cames, qu’il y a d’éléments à mouvoir. Le 25 juin, il fait une communication devant l’Académie des sciences et, le 29, a lieu une démonstration publique organisée à l’initiative de la comtesse Greffulhe, dont la correspondance avec Branly compte plus de 150 lettres ou billets. Elle a lieu dans la grande salle de l’ancien -Trocadéro, devant des ambassadeurs, des -personnalités politiques, des membres de l’Institut, … Elle permit au grand public de découvrir la réalité de la T.S.F. et consacra la gloire de Branly.

 

Premier vol de la Caravelle
27 mai 1955

Premier avion disposant de deux réacteurs placés à l’arrière de l’appareil, le prototype SE-210 Caravelle effectue son premier vol un peu moins de deux ans après le lancement des études. Son brevet pour la disposition des réacteurs sera exploité à la fois en U.R.S.S. (Iliouchine II-62 en 1963) et aux États-Unis (DC-9, 1965).
Le 12 mai 1959, Air-France lance l’exploitation sur la route Paris-Rome-Istanbul pendant que Sud-Aviation développe la Caravelle III disposant, avec ses deux turbo-réacteurs Rolls-Royce, d’une autonomie de 1 640 kilomètres pour trans-porter de 64 à 99 passagers, à une vitesse de croisière de 779 km/h.
En 1964, la Super-Caravelle aura une -autonomie de 2650 km à une vitesse de 835 km/h mais sa charge utile restera limitée à 105 passagers. Elle est alors, avec les Boeing 707 et 720, parmi les avions de transport les plus importants.
La production des Caravelle a été arrêtée après la livraison de son 280e exemplaire. Leur bruit au décollage (104 décibels) ne respectait pas les nouvelles normes.

 

Un hélicoptère Alouette II établit le nouveau record mondial d’altitude
6 juin 1955

Grâce à sa turbine Artouste II de 530 chevaux, développée sur une idée de Charles Marchetti, une Alouette II atteint l’altitude de 8 209 mètres le 6 juin 1955 ; elle bat le record de 7 472 m détenu depuis le 17 octobre 1954 par l’hélicoptère américain Sikorski qui utilisait la même turbine française.
En juin 1958, une Alouette II équipée d’un moteur Artouste III atteindra 9 583 m puis 10 984 m. Le premier sauvetage héliporté à plus de 4 000 mètres d’altitude fut effectué par une Alouette II.
Disposant d’une vitesse maximale de 185 km/h et d’une autonomie d’environ 560 kilomètres, les hélicoptères Alouette II, très utilisés pendant la guerre d’Algérie, furent produits jusqu’en 1975, en version civile (342 unités) et en version militaire (963 unités).
Fabriqués sous licence aux États-Unis et en Suède (22 appareils) mais surtout exportés dans 46 pays, au bénéfice de 126 clients pour des missions militaires ou civiles, les hélicoptères de Sud-Aviation ont préludé aux succès de l’Aérospatiale, tant avec ses Airbus qu’avec ses fusées.

 

Présentation de la DS 19 Citroën
Octobre 1955

Le 5 octobre 1955, dans le cadre du salon de l’Auto, la firme Citroën présente le nouveau modèle qui remplace la célèbre Traction avant. Cette nouvelle automobile conserve le moteur de 1934, poussé à 1911 cm3, d’où le nom de DS 19.
Le premier projet pour remplacer les Tractions datait de 1938 mais les études n’avaient réellement commencé qu’en 1946, sous l’égide du styliste Bertoni et des ingénieurs Lefebvre et Magès.
La DS 19 utilise en série la suspension hydropneumatique des dernières Traction avant 15/six ; elle se distingue par l’aéro-dynamisme de sa carrosserie, son pare-brise bombé, son volant mono-branche, son embrayage semi-automatique.
De 1934 à l’été 1957, Citroën avait vendu 758 857 tractions ; en vingt ans, 1 455 746 exemplaires de DS 19, d’ID et de DS 21 puis DS 23 seront écoulés, hommage au modernisme que saluait Roland Barthes : « un nouveau Nautilus (permettant de passer) d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite ».

 

Maurice Gignoux Lyon, 19 octobre 1881
Grenoble, 20 octobre 1955

Géologue réputé pour ses travaux de stratigraphie, Maurice Gignoux est à l’origine d’une nouvelle approche de la géologie. Auteur en 1913 d’une thèse remarquée sur les anciens rivages de la Méditerranée occidentale, il débute sa carrière comme assistant de Wilfrid Kilian, à Grenoble. Il organise ensuite le service de géologie de l’université de Strasbourg et participe à la fondation de l’école du pétrole. Il publie en 1926 Géologie stratigraphique, ouvrage réédité quatre fois. Mais les Alpes l’attirent. Il obtient la chaire de géologie de Grenoble. Là, aux côtés de Léon Moret, il -étudie le front des zones internes des Alpes et développe sa théorie de l’écoulement par gravité des roches au cours des plissements. Cette découverte lui vaut la Penrose Medal de la société géologique des U.S.A., distinction rarement attribuée à un Européen.
Il prend également une part importante à l’étude des barrages dans l’immédiat après-guerre. Il publie Géologie des barrages en collaboration avec R. Barbier en 1954.

 

Première retransmission d’une rencontre internationale de football
1955

Un an après la première transmission en direct d’un match de rugby (France-Angleterre, 10 avril 1954) et un an avant les débuts de la première émission télévisée hebdomadaire Sport-Dimanche, une rencontre internationale de football est retransmise pour la première fois.
S’il n’y a encore qu’environ 260 000 téléviseurs en France alors que 64 % des foyers américains en sont équipés, c’est le début de la médiatisation des grands événements sportifs internationaux. Avec les jeux olympiques, les coupes du monde de football et les coupes d’Europe attireront bientôt un grand nombre de téléspectateurs.
Les droits des retransmissions ont explosé au fil des décennies. En contre-partie, la Ligue de football professionnel s’est engagée par contrat avec la Fédération française de football, pour contribuer aux investissements en faveur des clubs amateurs.

 

Création du mot Ordinateur
1955

Le stade de la mécanographie et des cartes perforées étant dépassé grâce aux -premières mémoires de masse à tores de ferrite, la société I.B.M. commence à -commercialiser des machines où se développe le langage fortran.
Pour désigner ces machines automatiques permettant de conserver, élaborer ou restituer des données en fonction de programmes enregistrés à base d’opérations arithmétiques et logiques, à la demande d’I.B.M., Jacques Perret conçoit le mot ordinateur.
Un an avant le Tradic, premier ordinateur à transistors et trois ans avant les discussions américano-européennes sur le langage universel Algol, sont aussi posées les bases d’Arpanet, premier réseau d’ordinateurs et ancêtre d’Internet. Il faudra attendre 1962 pour que Philippe Dreyfus invente le mot informatique pour désigner la science du traitement de l’information.